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 Mariska Kovács ▬ « Words will never do, sad but true. »

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DOSSIER
Nombre de décès  : 0
Circonstances des décès  :
Métier  : Bûcheron.

MessageSujet: Mariska Kovács ▬ « Words will never do, sad but true. »   Sam 11 Oct 2014, 02:15



« I know you're right, you win, I don't want any part of it ; you know what I'm like. I give in, even though you started it. Last time I checked, had it under control, but now everything is unclear : help me correct it, I know that I'm wrong. »
Nom : Kovács.
Prénom : Mariska.
Surnom : Aucun.
Sexe : Féminin.
Âge effectif : 23 ans.
Âge apparent : 23 ans.
Date de naissance : 20/03/2032, Székesfehérvár, Hongrie.
Date de mort : 16/05/2055, Budapest, Hongrie.
Orientation sexuelle : Bisexuelle.
Groupe : Commotus.
Nationalité : Hongroise.
Langues parlées : Hongrois, Anglais, et quelques tentatives foireuses dans d'autres langues.
Ancien métier : Étudiante.
Métier actuel : Bûcheron.
Casier Judiciaire


▬ Crimes commis :
▬ Circonstances du décès :
▬ Péché capital principal :
▬ Péché capital secondaire :
▬ Rapport à l'alcool :
▬ Rapport aux drogues :
▬ Addictions :
▬ Mauvaises attitudes récurrentes :
▬ A été victime :


Physique


« Imagine que la débile sur la photo c'est ma sœur jumelle, et tout ira mieux. »

Mariska est grande et fine, du haut de son mètre soixante-quatorze et des kilos qu'elle devrait encore prendre pour satisfaire la balance. La jeune femme n'est ni particulièrement belle ni particulièrement laide, se contentant d'une apparence qui la case dans une saine moyenne dans laquelle elle se complaît tout à fait. Pas besoin d'attirer les regards pour se sentir bien dans sa peau – mais bon, ne pas faire grimacer les autres c'est bien aussi, personne n'ira prétendre le contraire. Que dire au détail près ? Mademoiselle a des yeux d'un brun on ne peut plus commun, un teint de peau un rien trop pâle et des lèvres un peu trop fines. Des sourcils qui ont tendance à vite se froncer (ah, elle a toujours la fâcheuse impression d'attirer toutes les calamités), recouverts la plupart du temps par des mèches en désordre, qui n'ont rien de plus que d'autres si ce n'est leur couleur verte pétard relativement prononcée. Oui, Mariska ne passe pas inaperçue dans la rue : aucunement parce qu'elle a le déhanché de Miss Monde, mais parce que ses longues mèches sont passées par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel depuis qu'elle est en âge de se les teindre. Durant toute sa scolarité, ils ont illustrés ses états d'âmes les plus divers et variés, lui laissant la honte amère de poser sur les photos en pseudo-gothique à la tignasse noire jais parcourue de mèches bleues ou en punk attardée avec une perruque naturelle de cheveux roses sur la tête. Par goût et par envie de différenciation, ils n'ont jamais retrouvés leur couleur naturelle – bruns – depuis des années et des années. Actuellement, Mariska les a donc verts, une couleur qui lui plaît bien, mais rien n'exclue qu'elle décide de passer au blanc le mois suivant.
Pas qu'elle se préoccupe vraiment de ce que peuvent penser les autres, de toute façon.
Sur son corps longiligne (parce qu'elle ne peut pas vraiment s'habiller avec ses cheveux, même s'ils lui arrivent en bas du dos), la jeune femme ne passe que des tenues qu'on pourrait qualifier de « mixte ». Pour faire plus clair : les petites robes et les jupes n'ont pas leur place dans son armoire, pas plus que les hauts à dentelles et trop flashy. Elle ne se targue pas de posséder un physique androgyne puisqu'on peut difficilement la prendre pour un homme, elle n'en a pas du tout les traits. Elle met juste ce qu'elle trouve joli et confortable, comme tout un chacun, et il s'avère qu'elle préfère les chemises, les sweats et les pantalons, voire carrément les vêtements du rayon masculin (c'est fou comme les vendeurs pensent que toutes les filles adorent enfiler des hauts qui laissent voir la moitié de leur ventre ou de leur soutien-gorge – pitié...). Des chaussures plates pour aller avec le tout, parce que si Mariska n'a rien de personnel contre les robes (elle ne tempête pas lorsqu'elle doit en enfiler une pour les grandes occasions), elle n'arrive pas du tout à marcher avec des talons. Pas même à rester immobile. Elle le sait d'expérience et ne veut plus jamais revivre quelque chose d'aussi humiliant. En plus, ça fait mal aux pieds, et elle est déjà assez grande comme ça, pas besoin d'en rajouter.

En somme, Mariska évite de se prendre la tête. Commune, pas vraiment féminine, et ça lui convient. S'habiller comme elle veut ne risque pas de la tuer ou lui bousiller ses perspectives d'avenir.


Caractère


« T'es chiante comme fille, tu le sais, ça ? »

Pourtant Mariska est une fille sérieuse, responsable, jamais sujette aux doutes et aux éclats de colère – enfin, c'est ce qu'elle voudrait. D'accord, elle parle plus vite qu'elle ne devrait, d'accord, elle regrette souvent ce qui s'échappe de sa bouche dans la seconde ; mais chassez le naturel, il revient au galop ! Elle a beau abandonner le sien au bord de la route, il persiste à jouer les boomerangs et lui gâcher la vie. Mais elle persiste, sait-on jamais, avant d'envoyer valser le mobilier.
Encore un défaut qui pourrait lui valoir l'échafaud. La vérité, c'est que Mariska a beau être gentille et serviable, aimer aider les autres quand la chose est dans ses cordes, sa patience est tellement limitée qu'elle s'énerve vite et à tendance à tourner les talons en proférant mille injures (bouchez les oreilles des enfants). Rajoutez à cela une susceptibilité qui pointe un peu trop vite le bout de son nez, et vous en êtes quittes pour de longs quiproquos et disputes, du genre cour de récré, puisque les arguments de la jeune femme sont loin d'être aussi percutants qu'elle le voudrait. D'accord, elle avoue tout ; il lui arrive d'être immature. Un peu. Pas tant que ça. C'est une adulte, après tout, et une adulte ne se plaint pas en criant son ressenti, et se roule encore moins par terre quand elle veut montrer son désespoir et son désaccord.
Mais elle fait des efforts ! Avant de crier ou de jouer les serpillières, elle essaye de se retenir, ce qui se manifeste le plus souvent par un sourire crispé et un rire nerveux. Quand elle le laisse filer entre ses dents serrées, l'explosion n'est jamais loin.
Mariska part vite en besogne, parce qu'elle reste une jeune femme impulsive et prompte aux éclats de colère, quoi qu'elle en dise et quoi qu'elle en pense. Le problème dans tout ça, ce n'est pas un comportement dont elle aurait pu, en d'autres circonstances, s’accommoder : c'est qu'elle ne doit pas agir ainsi. Elle veut être mature et capable de gérer ses problèmes et ceux des autres, pas être une gamine qui s'amuse d'un rien et angoisse à l'idée de devoir porter trop de responsabilités sur ses épaules et tout rater. Mariska a pioché un rôle qui ne lui convient pas mais qu'elle doit assumer. Pas le choix. Si elle ne s'arrangeait pas pour encadrer ses amis et sa famille, qui le ferait ? Mariska, c'est celle qui ne boit pas et ramène tout le monde, que ça lui plaise ou non. Papa et maman seraient fiers d'elle.
C'est tout ce qui compte.

Alors qu'au fond, une fois en confiance, elle peut laisser tomber ce masque de sérieux et d'agacement, se laisser aller (même peut-être un peu trop) et rire plus fort que les autres. C'est juste qu'elle ne doit pas, et qu'elle s'en veut chaque fois que ça arrive.
Chacun à sa place, et tout ira bien. Pour sûr, la jeune femme est quelqu'un de fier et déterminé qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, et c'est déjà ça de pris.


Histoire


▬ Février 2054, Budapest, Hongrie.

Biiip biiiip.

Un grognement s'échappa d'une joue collée contre une feuille de calculs ; une main tâtonna à la recherche du portable qui vibrait contre le bois du bureau, maladroite, hésitante, et faillit le faire tomber avant de pouvoir le coller à l'oreille encore engourdie.
La jeune femme se redressa sur sa chaise, le dos douloureux, et marmonna une suite de malédictions étouffées dans le combiné avant de décrocher.

« Oui, quoi ?

- Mariska ? C'est Krisztofer. Désolé de te déranger, mais on a un petit problème... »

Nouvelle injure qui fit soupirer l'interlocuteur à l'autre bout du fil – lequel avait la bonne grâce d'être bien plus désolé pour elle que pour lui. Mariska n'était pas devin, mais pas besoin de pouvoir voir dans l'avenir pour deviner à qui appartenaient les rires qui grésillaient en bruit de fond. Un reste de musique dancefloor arrosait le tout, la forçant à déporter son regard vers le réveil digital. 2H30.
Et dire qu'elle avait prévu de réviser et s'accorder une bonne nuit de sommeil bien méritée. Fichus examens, fichu Lóránt.

Je t'avais prévenue, maman. Faudra pas te plaindre.

« J'arrive, bougez pas. »

Un « merci » presque timide fit office de tonalité. A peine debout sur ses bottes, la jeune femme retrouvait toute la lucidité que lui avait honteusement chapardé une concentration minée par l'heure tardive. Le manteau passé sur ses épaules et les clés dans la main, elle claqua la porte de l'appartement derrière elle, se souciant peu de réveiller le couple d'à côté qui ne se gênait pas pour crier leurs nombreux désaccords (et accords) à des heures toutes aussi incongrues. Le bois des escaliers fit résonner sa course et l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée. Clac à répétition. Une fois assise sur le siège avant de la voiture, elle prit le temps de cogner son front contre le volant. Une minute trente de vérité, c'était tout ce qu'elle demandait. Pourquoi est-ce qu'elle s'embêtait encore à faire ça ?

My gosh, qu'il fait froid dans cette bagnole, pensa-t-elle tout en passant ses nerfs sur les pédales et les essuie-glaces. Le froid s'accumulait un peu trop, cet hiver là.

Pleine de rancœur et d'amertume envers un cœur qui refusait d'apprendre ses leçons et un GPS qui tenait absolument à lui faire la discussion, elle fila à travers les rues éclairées de Budapest.



Il était arrivé un beau matin de Janvier, comme un cadeau que le Père Noël n'aurait pas eu le temps de glisser sous le sapin à temps – comme une très mauvaise blague dont la fillette avait eu beaucoup de mal à se remettre.

« C'est qui ? »

La question, aussi délicate qu'elle pouvait l'être sortie de la bouche d'une gamine vexée de presque huit ans, avait fait s'enfoncer un peu plus le petit garçon dans le canapé du salon. Son père l'avait prise par les épaules avec mille précautions et Mariska avait tenté en vain de saisir au vol la réponse dans ses yeux bruns.
Néant total, d'autant plus surprenant qu'elle ne le voyait que très rarement arborer ce genre d'expression. Instinctivement, elle voulut lui demander s'il avait mal quelque part.

« C'est ton cousin, ma chérie, et il va rester avec nous quelques temps. »

De fâché à suspicieux, son regard n'avait plus lâché l'intrus qu'elle semblait déjà fusiller de tout son petit corps tendu. Ça, son cousin ? Mariska connaissait bien sa tante Bianka, son oncle Laszlo et son oncle Levente ; ses cousins Marcell, András, Oliver et Abel ; ses cousines Alexa et Lia. Le ventre rond de Petra. Ils étaient tous là, à deux pas, tout autour du salon sur du joli papier glacé, à la montagne ou à la mer. Ils allaient et venaient régulièrement, assez souvent pour que Mariska ne s'étonne pas de les voir grandir et vieillir.
Mais lui, elle ne l'avait vu nulle part. Ni en vacances, ni aux réunions de famille. La sentence tomba comme un couperet de guillotine confus.

« C'est pas mon cousin.

- Si, écoute... c'est le fils de mon frère. De mon petit frère. Comme il a des problèmes, il ne peut plus s'en occuper. »

Et sa maman ? Cette question lui trotta dans la tête sans parvenir à trouver le chemin jusqu'à ses lèvres. Mariska pensait toujours que les enfants naissaient dans des choux, mais aussi qu'on ne construisait pas une maison sans un papa et une maman.

« Il va rester là le temps que son papa aille mieux, alors tu dois être gentille avec lui. Hmm ? »

Elle avait acquiescé sans y penser, et avait regardé sa mère débarrasser la chambre d'invité sans un mot. Peut-être qu'au matin, son père serait passé le reprendre, et qu'elle ne verrait plus jamais ses yeux fatigués. Enfant unique, centre d'attention et reine de son petit monde, qu'on bouleverse ses habitudes ne l'enchantait pas – surtout pour quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
Une semaine s'écoula, puis deux, puis trois, et bientôt les mois se succédèrent sans aucun changement. Les murs de la chambre, tellement impersonnels, se parèrent de posters, les étagères trouvèrent en diverses peluches et livres un semblant de vie.

Et Lóránt n'était jamais reparti.



La voiture ne mit pas longtemps à freiner sur le trottoir, si fort que Krisztofer en eut un sursaut : immédiatement, il se tourna vers ses amis et leur intima d'un geste des mains d'arrêter de massacrer le dernier tube à la mode. Comme ses gesticulations ne servirent à rien, il envoya ses converses dans le genoux du plus proche. Avant qu'il ait pu lui déverser une cascade d'injures décousues à la figure, Krisztofer le prit par le bras et le força à tourner la tête vers la rue. Pouce contre sa joue, il articula distinctement à son oreille :

« Mec, ta cousine est arrivée.

- Hein, qui ?

- Ta cou-sine est a-rri-vée !

- Ma cou-...

- LÓRÁNT ! »

L'information remonta trop lentement au cerveau du poivrot précoce qui, occupé à dévisager les contours du visage de l'intruse, se retrouva violemment secoué d'avant en arrière. A deux centimètres de ses yeux furieux et de ses traits ébahis qui devaient s'y refléter, il eut l'illumination salvatrice.

« Woh, Mariska !

- Qu'est-ce que tu fous, hein ? Je croyais t'avoir dit que j'avais un examen demain et que je voulais que tu te tiennes tranquille ?!

- Uuuh...

- Laisse le, Mariska, c'est ma faute. »

La jeune femme lâcha le garçon et le regarda s'écraser à terre comme un sac à patates sans la moindre culpabilité. Si ses jambes avaient possédé une volonté propre, elles auraient rajouté des bleus à ses hoquets. Bras croisés et menton levé, maintenant digne, elle ferma les yeux sans pouvoir apprécier les notes qu'amplifiait l'impasse plongée dans l'obscurité. Il était tard, elle avait froid, Lóránt était complètement bourré et son ami chantait faux ; super soirée. C'était le pompon.
Krisztofer lui offrit un sourire désolé qu'elle ne vit pas. Seul le raclement des baskets contre le bitume lui signala qu'il avait gentiment relevé l'alcoolique incapable de tenir sur ses deux jambes.

« Nan, c'est pas ta faute, dit-elle finalement avec ce qui pouvait passer pour de l'agressivité, manquerait plus que tu t'en veuilles pour chacune de ses cuites, on serait pas sorti. »

Elle récupéra son fardeau d'une poigne de fer dont Lóránt se plaignit à grands cris. Mariska joua les sourdes, remercia Krisztofer tout en lui glissant un « bon courage » rempli d'empathie accompagné  d'un bref regard au garçon qu'elle ne connaissait pas et qui continuait à pousser la chansonnette, puis se dirigea vers la voiture dont les feux clignotaient encore. Elle ouvrit la portière, jeta son cousin à l'arrière et s'affala à son tour devant le volant.
Ses ongles courts pianotèrent un instant sur le tableau de bord. Elle foudroya le jeune homme à travers le rétroviseur, décidée à l'attacher chaque nuit à son lit. S'il fallait ça pour éviter qu'il rentre complètement HS six soirs par semaine, elle jurait qu'elle allait le faire. Et si les chauds lapins d'à côté se plaignaient de ses cris de drogué en manque, elle leur collerait la police sur le dos pour tapage nocturne.

Pourquoi le monde entier s'acharnait à lui pourrir la vie ?

« T'es assez sobre pour soutenir une conversation ou faut que je te foute sous la douche quand on rentre ?

- J'vais bien, marmonna Lóránt tout en se débattant avec sa ceinture de sécurité, j'ai à peine bu.

- Bha ouais, ça crève les yeux. Un conseil : te lance pas dans la chanson, tu chantes faux. Mais pire que moi, c'est complètement grave. »

Un cri surpris lui indiqua qu'elle avait peut-être démarré un rien trop brutalement. Sans un remord pour ses pneus, le bitume ou le crâne de Lóránt, elle s'engagea sur la route sous un concert de klaxons mécontents. Trop énervée pour répliquer quoi que ce soit de constructif, elle dut se retenir d'envoyer un magnifique « fuck » à ses camarades conducteurs, qui n'aurait pas arrangé son cas mais aurait eu le mérite de faire passer tout ce qu'elle pensait du monde entier à la seconde.

Fuck fuck fuck.

Au lieu de ça, Mariska jura sous sa barbe malheureusement inexistante et cessa enfin de martyriser l'accélérateur.
Quel con, quel con, mais quel c-...

« Hey, Mariska ? »



▬ Décembre 2041, Székesfehérvár, Hongrie.

« … Quoi. »

La fillette glissa au garçon assis près d'elle un regard assassin, appuyé par le couteau qu'elle venait d'enfoncer dans sa part de gâteau. Lóránt, pas du tout impressionné par cette menace de mort implicite, lui désigna sa propre part, bien à l'aise au centre d'une jolie assiette blanche. Même chocolat, même nappage, même décorations : Vilma et István avaient pris l'habitude d'uniformiser chaque détail pour éviter les crises de jalousie. Tout était prétexte à montrer à l'autre que papa et maman ou tonton et tatie nous préférait.
Et cette fois-ci encore, même au réveillon...

« Ma part elle est plus grosse que la tienne.

- Hein ? N'importe quoi, menteur ! Je te crois pas !

- Bha regarde par toi-même alors !

- Tu dis n'importe quoi », répéta Mariska en se penchant malgré tout vers la sucrerie sous le regard anxieux de ses parents. Après un bref examen de rigueur, la petite fille qui ne ratait jamais un calcul à l'école tendit une main mortellement sérieuse vers sa mère, laquelle eut l'espoir fugace de penser qu'elle voulait simplement une autre part.

« Oui, ma chérie ?

- J'ai besoin d'une règle.

- Pardon ? (sincèrement interloquée, elle jeta un bref coup d’œil à son mari) Mais pour quoi faire ?

- Pour voir si la part de Lóránt est plus grosse que la mienne.

- Mariska, voyons, c'est stupide !

- Ahaha, je t'avais dit !

- Je veux une règle !

- Mariska, sois sage, sinon tu ne mangeras pas de gâteau tout court. »

Vexée, la fillette sortit elle-même de table pour se diriger à grandes enjambées vers la cuisine, insensible aux appels impatients de son père.

« T'façon y'en a que pour Lóránt, dans cette maison ! » Lança-t-elle depuis la boîte à couture de sa mère, d'où elle tira un long mètre ruban. Elle ne laissa le temps à personne de rétorquer quoi que ce soit avant de se jeter sur sa chaise, arme en mains, pour prendre les mesures de la pauvre part de gâteau qui n'avait rien demandé. Impuissante, Vilma fixa une partie de son matériel s'enfoncer dans le chocolat tandis qu'István remâchait des mots qui semblaient toujours l'accuser d'avoir pris cette décision plus d'un an auparavant.
Difficile de penser, à l'époque, que la cohabitation se changerait en guerre rangée pour leur affection.

« T'as deux millimètres de plus que moi ! protesta Mariska en fichant le ruban maculé de nourriture sous le nez de son cousin, c'est pas juste !

- Je te l'avais dit !

- C'est bientôt fini, oui ? »

D'un coup de couteau rapide et précis, l'informaticien amputa la part de Lóránt des deux millimètres en trop et l'enfourna dans sa bouche sans plus de cérémonie. Ébahis, les deux enfants le regardèrent mâcher sans rien oser ajouter. Vilma étouffa un rire amusé derrière sa serviette verte.

« Voilà, on vous aime tous les deux pareil. Alors arrêtez de dire n'importe quoi et de vous battre pour des broutilles, ça ne va pas arranger vos relations. »

Lóránt laissa filer un « oui » timide et Mariska fit la moue, les yeux rivés au père Noël qui lui souriait depuis son morceau de gâteau et ressemblait étrangement à son oncle László avec une longue barbe de vieux monsieur. La fillette n'aimait pas que ses parents disent ça ; elle ne voulait pas partager avec Lóránt. C'était ses parents, pas les siens, ils n'étaient même pas obligés de l'aimer autant qu'elle. Qu'il retourne chez lui.

Au bout de presque deux ans, Mariska n'espérait plus le voir passer la porte en sens inverse. Il n'empêche qu'elle ne s'était toujours pas habituée à sa présence, et qu'elle s'étonnait parfois encore de le voir assis en face d'elle au petit-déjeuner. Avant, elle était toute seule avec ses parents, il n'y avait personne pour l'embêter et avant, elle ne devait tenir la main de personne pour aller en cours. Avant, sur la photo au-dessus de la cheminée, il y avait elle et ses parents. Elle au milieu, ses parents de chaque côté. Il n'y avait pas la place pour deux entre eux, et c'était sans doute pour ça qu'ils ne lui avaient pas fait de petit frère ou de petite sœur.

Quand elle y pensait, même les meilleurs gâteaux perdaient leur saveur. Mariska était jalouse.
Elle s'était remise à prier pour que Dieu atomise Lóránt, mais elle ne savait pas vraiment si ce genre de souhait était à son goût.



« Maman ? Maman ? Tu te réveilles ? »

Le bras marbré de bleus retomba à son côté comme une pierre qu'on aurait lancé dans l'eau pour s'amuser : l'enfant qui la veillait ne savait pas faire de ricochets.
Doucement, il passa ses mains sur son visage froid aux yeux entrouverts, sur ses lèvres qui refusaient obstinément de prononcer son nom.

« Maman ? (il tenta d'imiter la voix grave de son père) Eszter ? »

Toujours rien.
Maman réveille-toi, s'il te plaît. J'ai faim, j'ai froid, j'ai peur.
Maman ?



« … Quoi. » Lâcha la jeune fille entre deux grincements de dents, basculée de droite à gauche par ses embardées. Un jour, elle allait s'assommer toute seule en prenant un tournant trop serré.

Lóránt se tut et son visage crispé indiqua à sa cousine que soit il cherchait ses mots, soit...

« Je te préviens, si tu vomis sur la banquette, tu vas passer ta nuit à tout nettoyer avant que j'aille en cours.

- C'pas ça...

- Alors quoi.

- Je suis désolé. »

Elle ne s'y attendait pas et ce fut à son tour de fermer la bouche comme une idiote. Il n'y avait pas de panneaux, mais elle était certaine de dépasser la vitesse autorisée. Elle avait pas grillé un feu rouge, tout à l'heure, à force de regarder dans le rétroviseur pour s'assurer que Lóránt ne s'étouffait pas avec sa salive ?
Elle aurait pu lui dire que ça allait, qu'elle était habituée, que ça ne lui faisait plus ni chaud ni froid. Seulement son corps passait sans cesse de brûlant à glacé histoire de bien lui montrer que c'était faux, et tout son être se révoltait à l'idée d'y être « habituée ». Habituée à quoi, ramasser son cousin ivre mort devant toutes les discothèques et bars de la ville ? Chouette, tiens ! Il pouvait bien s'excuser tant qu'il voulait, ça changeait rien.

« C'est facile de dire ça, rétorqua-t-elle sans penser à le ménager, mais si tu pouvais éviter d'avoir à être désolé, ce serait quand même vachement mieux.

- Eh, j'ai fait des efforts !

- Des efforts ? Et t'as fait des efforts ? Parce que j'en vois pas des masses, c'est toujours le même cirque !

- Parce que tu crois que t'es mieux ? Toujours à crier et tout me reprocher, jamais contente !

- Tu passes tes journées Dieu sait où pour aller te saouler en boîte après ! Je pense que j'ai de quoi me plaindre, oui !

- C'est pas tes affaires.

- Quand je dois venir te chercher à une heure pareille parce que tu menaces de cracher ton estomac sur le trottoir, si, ce sont mes affaires ! Tu veux quoi, merde, finir comme ta mère ? Claquer d'une overdose dans ton appart' ? »

Le mot en trop était sorti sans qu'elle pense à le rattraper. Lóránt enfouit son visage dans ses genoux avec un grognement indistinct que Mariska n'arriva pas à identifier : juron ou hoquet ? Il n'avait même pas réussi à s'attacher, au final.
Sa colère retomba en l'entendant sangloter. Elle faillit se frapper le front contre le volant pour la énième fois avant de se souvenir qu'elle conduisait.

Pourquoi Dieu l'avait pas atomisé comme elle le lui avait demandé ? Ça aurait été plus simple pour eux deux.

« Hey, Lóránt. Désolée, j'aurais pas dû dire ça. Mais tu sais que c'est vrai. »

Alors fais gaffe, okay ? Il ne répondit pas, mais Mariska n'en attendait pas tant.

Quand la voiture mordit sur le trottoir face à l'immeuble et que la jeune femme coupa le moteur, Lóránt ne se redressa pas pour sortir. Mariska se sentait lasse, mais lasse...

Je suis pas sa mère, même pas sa sœur. Pourquoi c'est toujours moi qui doit m'en charger ?



▬ Septembre 2044, Székesfehérvár, Hongrie.

« Hey, vous êtes frère et sœur ?

- Non. »

Coupé par la fillette qui venait de le dépasser d'une foulée volontairement longue, Lóránt haussa les épaules et adressa un sourire d'excuse à son camarade interloqué.
Nouvelle tête à l'école, nouvelles explications, nouvelles colères. Difficile d'ignorer le regard assassin de la brune, deux mètres devant eux.

« On est cousins, expliqua le garçon en reprenant sa marche, le lourd sac de cours pesant sur ses épaules, c'est nos papas qui sont frères.

- Oh, okay... C'est parce que vous vous ressemblez et que vous avez le même nom, du coup je pensais... »

Le pauvre rentra la tête dans les épaules de peur de se faire frapper tellement Mariska fronçait les sourcils. Mais elle reprit sa marche sans un mot, passant ses doigts gantés sur la palissade qui séparait les jardins de la rue. Frrrrr.
De temps à autre, elle leur lançait un regard par-dessus son épaule pour s'assurer qu'ils la suivaient toujours. Les garçons discutaient de leur école et de leurs nouveaux professeurs ; Lóránt expliquait à son ami tout ce qu'il fallait savoir sur untel ou untel pour éviter de se faire punir. Ça au moins, c'est clair, songea la fillette en évitant une flaque d'eau boueuse délicatement lovée dans un nid de poule au milieu du trottoir, pour éviter les punition tout en faisant jamais ses devoirs, c'est un champion. Mais pour le reste...

Elle était presque désolée de la mauvaise influence qu'il allait avoir sur l'autre garçon, fraîchement débarqué d'une famille ra-vie d'avoir déménagé à Székesfehérvár. Ra-vi-ssant s'était exclamée la femme d'une curieuse de voix de basse qui avait fait sursauter Mariska ; on est ra-vi d'être là, avait enchaîné le mari en tapant bien fort le dos de son père (et vu ses grosses mains, la fillette avait presque eu peur qu'il lui file une hernie discale). Pauvre papa. Au moins, ils avaient appréciés la tarte. Mariska pouvait jurer que ses parents devaient faire partis d'une espèce en voie d’extinction, à vouloir absolument refourguer des tas de sucreries faites maison à chaque nouveau voisin. Et comme leur définition de « voisin » était aussi large que la ville en elle-même...
Lóránt, pour sa part, s'était déjà entiché de Krisztofer au point de l’appeler « Kris » , ce qui donnait atrocement envie à sa cousine de minauder « mon petit chat » chaque fois qu'elle devait lui couper la parole. Au fond, elle lui enviait cette facilité qu'il avait à se montrer familier avec le premier venu.

Enfin, s'il avait pu avoir une notion du privé pour aller avec, ça aurait été mieux.

« Et en fait c'est parce que nos parents ils...

- Woh Lóránt, il s'en fout, arrête-toi là.

- Mêle-toi de tes affaires, Mariska !

- Eh, c'est bon, vous battez pas ! C'est cool. »

Krisztofer ravala un rire en les regardant se tourner le dos avec un grognement de rigueur. A les voir se disputer comme ça, ce n'était pas étonnant que tout le monde fasse la méprise. Si Lóránt ne lui avait pas détaillé son arbre généalogique quelques minutes plus tôt, il aurait presque pu penser que Mariska lui avait menti.

« Vous vous ressemblez quand même, hein.

- Rien à voir, marmonna Mariska en enfonçant son menton dans son écharpe en laine, lui il est débile et moi je suis intelligente.

- Eh !

- Il perd à tous les duels de cartes qu'on fait, un vrai bleu.

- Mariskaaaa...

- Il sait pas shooter droit dans un ballon, et la dernière fois qu'on a joué aux jeux vidéos, le seul truc qu'il a réussi à faire c'est planter le jeu on sait pas trop comment.

- MAIS ! »

Le gamin bondit sur ses bottes et tira sur le sac de sa cousine dans l'espoir de lui faire regretter d'être née. Dommage pour Lóránt, Mariska lui prenait toujours quelques bons centimètres et ses cours de karaté lui avaient appris une ou deux feintes utiles. Collé à la palissade beige, il laissa s'échapper un gémissement de mourant qui alerta le molosse de l'autre côté du grillage. Mains sur les oreilles, Krisztofer regarda la plus grande mettre son cousin au supplice. C'est en la voyant se pencher sur lui et lui tordre le bras dans le dos qu'il eut le déclic.

« Vous avez les mêmes cheveux ! »

Mariska en lâcha Lóránt qui roula sur le pavé avec un hoquet surpris. Le temps qu'il se redresse et se plaigne de ses genoux et ses fesses humides, Mariska avait saisi sa queue de cheval et l'analysait mèche par mèche.

« T'es sûr ? »

Il aurait pu lui suggérer qu'elle avait le cancer qu'elle n'aurait pas eu l'air plus sérieuse. Perturbé par un ton qu'il jugeait hors de propos, Krisztofer passa d'une jambe à l'autre, mal à l'aise. Il avait l'impression de jouer sa vie sur cette réponse.

« Euh... oui ? »

Mariska braqua ses prunelles sur Lóránt et fit la grimace. Il soutint son regard sans ciller : elle découvrit alors autre chose, auquel elle n'avait jamais fait attention jusque là.

Ils avaient les mêmes yeux.



István fixait sa fille qui le fixait sans bien savoir à quoi rimait ce jeu de « tu me tiens par la barbichette » sans barbichette : quand enfin la collégienne lâcha prise et souffla par les narines, frustrée, il osa s'enquérir de son curieux comportement.

« Quelque chose te tracasse ? »

Elle le foudroya du regard sans raison et à sa plus grande incompréhension, tira une mèche de ses cheveux. Le père de famille poussa un cri surpris et regarda son aînée filer comme une voleuse par la porte du salon, tout ça pour lui lancer depuis l'escalier :

« C'est ta faute ! »

Encore abasourdi par cette drôle de scène, István reposa sa tablette sur ses genoux et croisa les bras contre sa poitrine, pensif.

« C'est vraiment une drôle d'expérience, d'être parent.

- Tu as dit quelque chose, chéri ?

- Non, rien, je me parlais à moi-même. »

Il jeta un œil derrière l'accoudoir et sentit son cœur rater un battement en croisant les sourcils froncés d'un petit garçon qu'il confondait souvent avec un autre qui, au même âge, avait eu exactement la même figure
Notre mère nous disait souvent qu'on se ressemblait beaucoup.

« Lóránt, tu m'as fait peur !

- Tonton, Mariska a dit qu'elle voulait se teindre les cheveux.

- ... Quoi ? »



Mariska avait su que la nuit allait encore être longue quand Lóránt l'avait ignorée et s'était pris la première marche en voulant monter les escaliers comme un grand. Après une petite séance de « non », « si » et autres retours à l'envoyeur, la jeune femme était enfin parvenue à remorquer son cousin jusqu'à l'appartement et à le balancer sur le tapis de la salle de bain. Le contact froid du pommeau de douche contre sa joue ne le dérida pas, mais l'eau gelée à travers ses mèches brunes lui arracha un cri d'horreur quasi immédiat.
Telle une reine du mal, Mariska se tenait au-dessus de lui tandis qu'il l’injuriait copieusement depuis l'émail de la douche.

« C'est bon, t'es dans de meilleures dispositions ?

- Je l'étais déjà avant ! Putain c'est froiiiid, sa mère...

- C'est fait pour. Encore un jet, l'alcoolo, ou tu te sens prêt à discuter ?

- Fous-moi la paix bord-... OKAY OKAY, je me lève, lâche juste ce truc ! »

Il reçut une serviette dans la figure pour toute marque de compassion. Le jeune homme prit le temps d'enfiler un t-shirt et un jean propre avant de rejoindre sa cousine dans le salon de leur appartement commun, où elle triait des magazines avec tant d'ardeur qu'il aurait pu jurer que sa vie en dépendait.
Oh.

« Merde.

- A force de les maltraiter comme ça, c'était clair que tallais en déchirer un.

- Ta gueule. (puis après cette remarquable répartie, elle le fusilla à nouveau du regard) Assis, maintenant.

- Eh, je...

- ASSIS J'AI DIT. »

Il se laissa tomber sur la première chaise qui lui passa sous la main, sa tête le lançant désagréablement. Ses yeux rouges peinaient à se fixer sur un point en particulier – encore moins sur
Mariska, qu'il devinait sans mal furieuse à en risquer une combustion spontanée.

« Donc, reprit-elle en se retenant visiblement de hurler, hier t'étais là quand je t'ai dit que je voulais pas que tu fasses de conneries, mais tu devais pas m'écouter. Parce que sinon, j'aurais pas eu à me lever cette nuit pour aller te ramasser là-bas.

- Si, mais... c'était pas prévu, ok ? Je devais vraiment rester calme et puis...

- Et puis quoi ? Une ribambelle de verres est apparue devant toi comme par magie ? »

Elle ne cautionna pas son soupir exaspéré et le lui fit savoir en claquant un des magazines contre la table.

« Je rigole pas, Lóránt. C'est trop te demander de rester calme, ne serait-ce qu'une fois par semaine ? Parce que si tu t'en tapes de tes études, c'est pas mon cas, je te signale.

- C'est Henrik, grogna le jeune homme que les décibels en trop torturaient douloureusement, il s'est pointé sans prévenir et tu le connais, il...

- Nan, je le connais pas.

- Ben il est porté sur la bouteille et voilà. »

Pas besoin d'être dieu pour savoir que dans l'état où il était, elle allait devoir se contenter de cette parodie d'explication. Menton calé dans la paume de sa main, elle le fixa jusqu'à ce qu'il se sente mal.
Cela dit, vu ce qu'il avait ingurgité, il pouvait tout aussi bien grimacer à cause de ses maux de tête ou d'estomac. Désespérée, Mariska souffla comme un ballon de baudruche qu'on aurait crevé. Dix, quinze, vingt, trente ? Au bout de combien d'allers-retours allait-elle s'habituer et laisser tomber ?

Merci maman, c'était vraiment une idée pourrie de me le refiler.
Je suis pas...

« Tu me désoles, Lóránt, fit-elle pourtant avec le ton d'une marâtre, tu devrais aller te coucher avant que je m'énerve. »

Il était tard, elle avait un examen le lendemain, et un thermos entier de café n'allait pas être de trop pour tenir le coup toute la journée. Les yeux rivés aux gros titres d'un magazine de sport, elle l'écouta tituber jusqu'à sa chambre et une fois la porte claquée, elle s'autorisa à cogner son front contre la table.

C'était le même cirque toutes les semaines, tous les jours. Si ça l'amusait de foutre ses études en l'air et s'envoyer trois bouteilles chaque nuit, ça ne l'amusait pas de devoir aller le chercher aux quatre coins de la ville, à le ramasser saoul et parfois sans souvenirs de la veille. Ses parents avaient insisté pour qu'il vienne vivre avec elle : et elle en avait assez de devoir jouer la grande sœur modèle et sans failles. Ce n'était pas son rôle, ce n'était pas à elle de faire ça.

La chaise racla doucement le parquet et en appuyant sur la clenche, elle s'aperçut  que Lóránt n'avait pas fermé la porte de sa chambre. Elle se le répéta un bon million de fois en cherchant sa silhouette à travers le voile opaque d'obscurité ; la culpabilité de son père, ce n'était pas à elle de la réparer.

« Lóránt... »

Si tu continues, tu vas finir comme ta mère.
Et ton père...


Les reniflements cessèrent et elle le vit tirer les draps sur lui, comme si se soustraire à sa vue allait le faire disparaître. Sans un soupir ni un commentaire, elle s'allongea tout contre lui, les yeux rivés au plafond dont elle peinait à discerner les nervures peintes en violet.
Le mois dernier, elle lui avait fait remarquer avec tact et délicatesse que la déco « système sanguin » ne lui plaisait qu'à moitié.

« Je sais que tu dors pas.

- T'en sais rien, tu peux pas savoir. »

La réponse, murmurée à l'oreiller, avait tout d'un sanglot ravalé à temps. Ses chaussures glissèrent au sol, elle passa un bras par-dessus les épaules qui tremblotaient.
A chaque fois, elle se promettait de le laisser seul.

« Je veux juste que tu fasses attention, tu le sais bien. »

A chaque fois, elle se mordait la langue et se disait que ses larmes avaient tout du crocodile et que s'il cherchait du réconfort, ce n'était pas auprès d'elle qu'il allait le trouver. Chaque soir, Lóránt rentrait saoul et elle trahissait ses promesses.

« Je suis désolé. »

Mariska lui tapota doucement le dos tout en songeant que c'était ce qu'elle faisait de mieux.
Quelque part entre l'envie de hurler et de pleurer, sa conscience lui adressa un pied de nez qu'elle ignora.



« Tu étais peut-être la prunelle de leurs yeux, mais tu n'es pas la mienne. »



▬ Octobre 2054, Budapest, Hongrie.

« Attends. Deux secondes, le temps que je remette mes pensées en place. »

Un silence, suivit de près par une longue expiration. Mariska prit le temps de vider tout l'air de ses poumons avant de donner un grand coup de poing dans le mur, dont la violence fit presque hurler Lóránt.
Maintenant, c'était à elle de crier.

« T'ES SÉRIEUX OU TU TE FOUS DE MA GUEULE LA ?

- Tu crois vraiment que j'inventerais ça pour le fun ?! Même moi ça me fait pas rire ! »

Elle analysa longuement ses yeux humides et la peur qui tirait ses traits – bien logée entre l'indignation de n'être pas pris au sérieux et la fatigue de nuits blanches passées à se demander quoi faire. Merde, en parler, c'était peut-être trop difficile ?
La douleur remonta de ses phalanges égratignées à son bras, jusqu'à son épaule. Mariska cligna des yeux et fit un effort surhumain pour ne pas se remettre à vociférer. Tout va bien. Ne rends pas la communication plus compliquée.

C'est pour ça qu'il hésite toujours à te parler, souviens-toi.

« Okay, okay, donc. T'es sûr de toi, t'as fait des test ?

- Oui.

- Quand ça ?

- Y'a, hmm... »

Ses yeux bruns cherchèrent à percer un trou dans sa peau, à hauteur de ses clavicules. Il déglutit.

« Trois semaines.

- TU SAIS CA DEPUIS TROIS SEMAINES ET TU... »

La suite se transforma en bouilli inintelligible de menaces et d'insultes. La jeune femme envoya la chaise la plus proche valdinguer, histoire de faire passer l'envie permanente qu'elle avait de s'écraser la tête contre le mur. Passer ses nuits à jouer le taxi d'un Lóránt bourré passait encore, mais devoir gérer un truc pareil...

La main contre le front, elle chercha à tâtons le rebord de la table, contre lequel elle s’appuya,  soudain lasse.

« J'espère que tu te rends compte que c'est grave, au moins.

- Oui, merci, ça je s-

- Que tu peux en mourir et –

- Je SAIS, Mariska, je sais.

- Mais comment je vais pouvoir dire ça aux parents, moi... »

Lóránt s'enfonça dans un silence de repenti pour ne pas énerver plus sa cousine, déjà sur le point d'exploser. Il regarda ses baskets se balancer à un centimètre du tapis orange, tentant vaille que vaille de reconstituer les événements des semaines précédentes. Les shots et les cocktails défilaient dans sa mémoire, sans qu'il parvienne pour autant à mettre un nom ou même des traits précis sur les inconnus avec lesquels il avait passé ses nuits. Saoul, plus personne ne faisait attention.
Le goût sucré du dernier verre lui revint sur la langue comme une mauvaise blague.
Une très mauvaise blague.

Bordel, je vais crever.

Le calme avait réussi à apaiser Mariska. Elle agita les mains pour évacuer la tension et lui demanda, un trémolo en trop dans la gorge :

« Bon, euh, tu sais comment tu l'as attrapé ?

- Hein ?

- Drogue, relations pas protégées...

- Euh... »

Cette hésitation faillit la replonger dans une colère noire ; elle préféra troquer la fureur pour l'humour.

« Bha ! De toute façon, vu tes antécédents familiaux, ça pourrait tout aussi bien être héréditaire. »

La pique ne fit pas plaisir au jeune homme, mais Mariska ne se sentait pas d'humeur à prendre ses sentiments blessés en compte : si sa mère était morte camée jusqu'à la moelle, c'était quand même pas sa faute.
De nouveau stable sur ses deux jambes, Mariska attrapa le téléphone.

« Ok, c'est parti.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- J'appelle l'hôpital, on va pas te laisser crever gentiment comme ça, non ? Ça existe, des traitements contre ça. »

Ses doigts faillirent composer le numéro de ses parents par pure habitude. Lóránt fit écho à son trouble en lui rappelant, avec le ton anxieux d'un enfant coupable :

« Tu vas le dire quand à tes parents... ? »

Ses lèvres s'entrouvrirent. Maintenant, débile.
Elle pouvait lire la déception de ses parents comme si elle avait été peinte à la craie sur un tableau noir.

Son cœur se serra sans qu'elle puisse rien y faire.

« Bientôt, bientôt. T'inquiète pas pour ça tout de suite, on verra après. »

Qu'il soupire de soulagement la conforta dans son pieux mensonge.



« Maman, réveille-toi... »

« Mais je suis pas sa sœur, moi ! »

« Son père ne peut pas s'occuper de lui, pour l'instant, alors il va rester avec nous. »

Et sa maman ?

« Mariska, j'ai fait un cauchemar... »

« Les enfants, on ne se chamaille pas ! »

« Vous êtes frère et sœur ? »

Tous les jours depuis qu'il le lui avait annoncé, elle se réveillait en sursaut et en sueur, avec l'envie de se mordre la langue jusqu'au sang.

« Si ça t'amuse de rater tes études, moi pas, alors tu te tiens sage et tu me fous la paix, pigé ? »

J'avais rien demandé, moi, rien demandé...



« Le Sida ?! »

Krisztofer s'étouffa dans son diabolo-fraise et Mariska se contenta de lui tapoter l'épaule, l'image même de la tranquillité qu'elle n'était pas.
Ça bouillonnait toujours de rage, à l'intérieur.

« Ouais. On va à l'hôpital demain, pour voir pour le traitement. »

Ça faisait trois putain de jours qu'elle avait à peine fermé l’œil pour ce connard qui alignait les grasses matinées ; il allait avoir intérêt à se rattraper.

« Mais, je... enfin, il va guérir, hein ? »

Ils échangèrent un regard de connivence, bien loin de ceux qu'ils s'adressaient en soirée quand ils avaient dix-huit ans.
Personne ne voulait jouer carte sur table avec une mise aussi cruelle. Le jeu n'en valait pas la chandelle.

« … bien sûr. Manquerait plus qu'il crève, tiens, il me doit encore du fric. »

Elle parvint à lui tirer un de ces rires timides qui lui donnaient l'air si gentil ; elle mordit dans la paille de son thé glacé, comme si elle avait voulu passer toute sa frustration sur le plastique.

C'était lui qui tombait malade, et c'était elle qui ne dormait plus. Où était la logique dans cette équation ?



Penché sur la cuvette des toilettes, Lóránt laissa enfin filer le sanglot qui lui restait coincé en travers de la gorge. Mariska n'eut pas cette chance ; agenouillée près de lui, elle passa un bras autour de ses épaules et le serra doucement contre elle.

« J'en ai marre, je veux que ça s'arrête... »

Ils s'étaient renvoyés la balle dans un ping-pong infernal duquel ils étaient tous deux sortis perdants. L'humour le faisait pleurer plus qu'il ne le faisait rire, et elle n'arrivait plus à se concentrer en le sachant malade dans la pièce d'à coté.

Elle avait fait tout ce qu'elle pouvait pour empêcher ça, pourtant. Elle avait pris les clés à des heures indues, juste pour être certaine qu'il finisse bien la nuit dans son lit, au chaud et sain et sauf.

Sain et sauf, tu parles. Il avait réussi à attraper la peste sur le trottoir, et il était incapable de dire avec qui il avait passé ses soirées. Et elle, elle était incapable de faire en sorte qu'il aille mieux.

« Heureusement que j'ai pas de frère, j'aurais vraiment fait une sœur pourrie...

- Quoi ? »

Elle lui passa un mouchoir sur la bouche, et un autre sur les yeux, qui se remplirent à nouveau de larmes. Mariska soupira, et recommença.

« Arrête de pleurer, le médecin a dit que ça allait passer, ok ? Faut juste que tu continues à prendre tous tes médocs' et tu vivras aussi vieux que moi. C'est pas si dur que ça, non ? »

Elle vit sa mâchoire trembler ; au moins, il n'avait plus la nausée. Elle le redressa avec toute la délicatesse et la patience du monde, surprise qu'il l'enlace une fois sur ses deux jambes. Avant qu'elle ait pu le repousser ou lui demander, l'air faussement dégoûtée, s'il avait de nouveau envie de vomir, il murmura tout bas :

« C'est faux en plus, tu le sais.

- Quoi ? »

Il ne répondit qu'avec un vague sourire qu'elle ne vit pas. Elle le ramena jusqu'à sa chambre, où il s'écroula sans rien ajouter.

Redis-le, pour voir ?

« Ce que tu peux être con, ma parole. »

Un rire nerveux sortit de sous les couettes multicolores, auquel elle se sentit obligée de renchérir :

« Et cinglé avec ça, ça s'améliore pas. »

C'était peut-être le moment de crier « bas les masques » et de demander enfin de l'aide.



« Papa ? Euh, c'est Mariska. Oui, il y a quelque chose dont on devrait parler, euh... je suis pas sûre que ce soit vraiment pratique au téléphone. »

Elle tira trop fort sur une de ses mèches récemment peinte en verte.

« Vous pourriez pas venir à Budapest pour une petite semaine ? »



Mariska aurait menti si elle avait dit ne pas s'attendre à ce que ses parents sautent immédiatement dans le premier train venu ; elle aurait aussi menti si elle avait dit ne pas s'être attendue au savon du siècle qu'ils leur passèrent, à elle et Lóránt, une fois au courant de toute l'affaire. Son cousin se prit un quart d'heure supplémentaire de morale parentale pour son attitude scandaleuse – par là, entendez la promiscuité sans protection.
Adossée au mur de la petite cuisine, Mariska soupira. Les éclats de voix lui parvenaient encore, plus calmes, moins hystériques ; Lóránt leur expliquait le plus calmement possible les différentes phases de son traitement et tous les médicaments qu'on le forçait à prendre. Sa voix, plus geignarde que plaintive, leur arrachait de temps à autre de petits rires forcés.

Absente, elle fit passer son pouce sur l'écran tactile de son portable.

1 nouveau message
Kris ▬ 19h43
Tout va bien ?

Sa tête pivota contre le mur. Elle se pencha pour jeter un œil au salon, pensant voir Lóránt plonger la main dans la poche de son jean. Interrompre une conversation pour répondre à un SMS était le cadet de ses soucis, la politesse l'étouffait rarement ; elle ne le vit même pas sursauter.
Pourquoi est-ce que tout le monde agissait comme si c'était elle qui avait un problème ?

Mariska fit glisser son portable sur le carrelage, jusque sous la table. A côté, la conversation allait bon train, ponctuée d'exclamations en tout genre.

Elle aurait presque aimé qu'ils se fâchent plus.



Ce n'est jamais assez.
Et c'est toujours toi qui me le rappelle.

Sans toi, je pourrais vivre avec.

Mais tant que existeras, ce ne sera jamais assez.





MEMORY LOSS.


     
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Avatar : Kido Tsubomi ▬ Kagerou Project.
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Dernière édition par Mariska Kovács le Mer 20 Sep 2017, 20:55, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: Mariska Kovács ▬ « Words will never do, sad but true. »   Mer 23 Déc 2015, 19:26

Félicitation
Vous êtes officiellement validée

MARISKA GAZON
Ta fiche est correcte, rien à redire, tout est okay (surtout le casier judiciaire). Donc voilà je valide la petite herbe coriace. Ça fait longtemps qu'elle attendait au fond des présentations, je sens qu'elle va être joie d'enfin trépasser et pouvoir faire la fiesta avec les gentils décédés et autre faune locale plus ou moins sympathique. évè
SINON L'HISTOIRE JE. (ne dirais pas non à une version de cent pag/EXPSLOE/) J'aime Lrnt j'aime Mariska j'aime Kristazz. Je sens que j'aime le papa aussi je t'autorise à le foutre partout. Ne te retiens surtout pas. ET LA RELATION DE MARISKA ET LRNT VOIL A JE SUIS FAIBLE CA ME REND TRIST E JE TE HAIS. Je veux les entasser sur un lit et les rouler dans une couette et m'étaler dessus. ;A;
Krisznt. Lrszzz.



Bon, un peu de sérieux.

Tu peux dès à présent recenser ton avatar, ton métier et demander une chambre pour t'en faire un petit nid douillet. Tu peux également poster une demande de RP ou créer ton sujet de liens. Ton numéro va t'être attribué sous peu (hihi) et tu vas être intégrée à ton groupe dans l'instant. Tu arriveras dans la pièce Sud.

Je n'ai jamais validé autant de comptes à la suite wow.
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Mariska Kovács ▬ « Words will never do, sad but true. »

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