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 Valentin Horville ▬ « Now there's no time to shine my rusty halo. »

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Coincé depuis le : 17/06/2015



DOSSIER
Nombre de décès  : 1
Circonstances des décès  :
Métier  : Croupier.

MessageSujet: Valentin Horville ▬ « Now there's no time to shine my rusty halo. »   Ven 24 Juil 2015, 01:18



« Show your kids the truth, and hope they never lie, instead of reading in a letter that they've gone to something better : 'Bet you're sorry now, I won't be coming home tonight.' »
Nom : Horville.
Prénom : Valentin, Clément, Antoine.
Surnom : Val', Carotte.
Sexe : Masculin.
Âge effectif : 17 ans.
Âge apparent : 17 ans.
Date de naissance : 02/03/1795, Lyon, République Française.
Date de mort : 02/11/1812, Paris, Empire Français.
Orientation sexuelle : Bisexuel.
Groupe : Commotus.
Nationalité : Français.
Langues parlées : Français, quelques notions d'Allemand.
Ancien métier : Aucun.
Métier actuel : Croupier.
Casier Judiciaire


▬ Crimes commis :
▬ Circonstances du décès :
▬ Péché capital principal :
▬ Péché capital secondaire :
▬ Rapport à l'alcool :
▬ Rapport aux drogues :
▬ Addictions :
▬ Mauvaises attitudes récurrentes :
▬ A été victime :


Physique


Valentin ne passe pas inaperçu – non parce que sa grande taille et son charme à toute épreuve fassent s'évanouir les demoiselles ; mais parce que son physique atypique reste gravé sur la rétine.
Du haut de son mètre soixante-treize, Valentin n'est en vérité ni très grand ni très petit et rentre parfaitement dans la norme de l'époque. Il possède deux jambes, deux bras, un nez, une bouche et des yeux, n'est pas bossu ni boiteux et n'est pas un laideron. De fait, son visage aux accents facilement mutins n'a rien d'extraordinaire et s'il ne savait pas être aussi expressif, serait aisément oubliable.
Valentin sait se mettre en valeur et impressionner la galerie. Il a appris au fil des années à tendre ses traits comme il le faut pour simuler joie, colère et tristesse sur commande. Même si ses expressions paraissent spontanées, il calcule le plus souvent la moue adéquate afin de se faire apprécier et de tirer avantage de la situation. Valentin est un manipulateur charismatique dont le physique, s'il avait été plus discret, n'aurait pas autant joué en sa faveur.

Avec ses cheveux d'un roux carotte indécemment bouclés et épais, on se retourne beaucoup sur son chemin afin de jeter un second coup d’œil à cette tignasse qui refuse qu'on la discipline. Une teinte plus sombre et une matière plus sage auraient fait de lui un monsieur passe-partout dont il a souvent regretté l'impossible discrétion. Le jeune homme a souvent été qualifié par ses cheveux, plus ou moins poliment, et repéré de loin rien qu'à sa couleur ou ses boucles folles. De paire avec ses cheveux roux, il a la peau très claire dont le soleil est l'ennemi principal, mouchetée de taches de rousseur sur toute sa surface. Certains n'ont que quelques jolies petites taches sur les joues ou, peut-être, sur les épaules ; Valentin en a absolument partout, de ses joues à son front en passant par son menton, de ses bras à ses épaules et son torse, où elle se font plus discrètes mais présentes. Aucune partie de son corps n'y échappe, monsieur ayant aimé se rouler sans rien au soleil dans son enfance. Plus claires en hiver, elle ressortent particulièrement sous la lumière, donnant là encore à son visage banal une touche de fantastique quotidien. Les taches associées aux boucles achèvent de lui conférer un physique difficile à oublier ou coller à quelqu'un d'autre par erreur.

Valentin est Valentin, et n'a jamais été pris pour un autre dans sa vie.

Des yeux d'un vert clair complètent le tableau. Quant à son corps, Valentin a toujours été fin, pas bien large d'épaules ou musclé. Souple, en revanche, il excelle à la course ou au saut d'obstacles et dans une catégorie plus utile, à l’escrime qu'il n'a jamais cessé de pratiquer. Son poids plume et sa silhouette fluette ne l'avantageant pas dans toute bagarre au corps à corps, il préfère filer à l'anglaise quand les choses tournent au vinaigre et à s'échapper sans se retourner, ce qui lui a valu d'être qualifié de « lâche » par nombre de ses détracteurs.
Valentin le prend néanmoins bien, puisque chez lui, la ruse prévaut sur la force brute.


Caractère


Valentin est un renard ; il est rusé, agile, manipulateur et beau parleur. Il ne rechigne jamais à tricher  pour obtenir ce qu'il veut et sait se montrer déterminé jusqu'à l’écœurement quand quelque chose lui tient à cœur.
Valentin est un jeune homme qui a très tôt compris que son physique seul ne lui ouvrirait aucune porte. Il a très tôt compris que s'il voulait devenir quelqu'un, poussé en cela par son frère aîné, il devrait travailler, se forger une culture exemplaire et s'attirer ainsi l'admiration des autres. Valentin n'a jamais voulu devenir soldat pour défendre sa patrie, il n'a jamais pensé aller à la guerre et hormis l'escrime, quelques fois l'équitation, le sport ne l'attire guère. Ce que Valentin préfère, c'est faire travailler son cerveau grâce à des énigmes et des casse-têtes.

Le jeune homme est un garçon de tête, intelligent, qui sait se servir de ce qu'il apprend dans la vie de tous les jours, que ce soit pour impressionner les autres ou mieux les manipuler. Sa soif de connaissance ne s'arrête pas aux sciences exactes et aux nouvelles découvertes, elle s'étend à la mécanique de la personnalité, aux rouages de l'individu, à tout ce qu'un être peut employer pour faire ployer un autre individu, à l'inciter, sans qu'il s'en rende compte, à abonder dans son sens. Valentin a beaucoup appris de ses rencontres et ses amitiés, notamment à observer chaque détail pouvant avoir son importance. Il a appris à être éloquent, à reproduire sans peine toutes les émotions possibles et imaginables, à se changer en caméléon pour pouvoir graviter dans tous les cercles à sa portée.
Il est difficile de connaître les véritables pensées et opinions de Valentin, car il les garde cachées et change souvent de discours pour s'adapter à la situation présente. Il a une capacité d'adaptation spectaculaire et sans failles.

Bien entendu, tirer les ficelles comme un marionnettiste ses marionnettes a entraîné une difficulté à s'attacher ou faire confiance ; Valentin sait se méfier de tout et reste constamment sur ses gardes. Il manque parfois d'empathie et peut se montrer désagréable voire cruel seulement dans le but d'obtenir ce qu'il souhaite. Les larmes des autres ne sont pas son problème.

Il a également tendance à jeter un jugement arbitraire et bien trop personnel sur certaines choses. Sa personnalité avenante et colorée peut vite devenir sarcastique et moqueuse et il sait à merveille rejeter la faute sur les autres et se laver les mains de ses propres erreurs. Il a souvent du mal à assumer ses faux pas et cherche à s'en dédouaner par tous les moyens.
C'est que Valentin n'aime ni être blessé ni sermonné. Il déteste qu'on lui donne des ordres ou des conseils et slalom entre les piliers du bon sens lorsque tel est le cas. Chaque trahison laisse sur sa peau une marque indélébile ; il hait par-dessus tout qu'on se joue de lui comme il se joue des autres.

Au-delà du jeune homme charismatique et intelligent, du renard manipulateur et moqueur, Valentin sait aussi se montrer compatissant et généreux envers les personnes qu'il aime, et rendre service à un ami n'est pas une corvée pour lui, qu'elle implique ou non du danger.


Histoire


1812

Ses pas résonnaient contre le pavé de la ruelle, ricochaient contre les murs aux pierres inégales et aux fenêtres fermées. Valentin savait que personne ne s'engouffrait dans ce cul-de-sac sale que les toits couvraient à demi ; il y avait emmené Émilie, une fois, pour lui compter fleurette comme aucun autre garçon ne le faisait – et ne le ferait jamais. Lorsque ses bottes marquèrent un arrêt brutal, son manteau lui glissa des épaules, et sa gorge laissa s'échapper un souffle rauque et asthmatique.

Derrière lui, la cavalcade reprit.

Et lui n'arrivait à penser qu'aux beaux sourires d'antan.



Août 1798, Lyon

« André, pas aussi près du bord, tu vas tomber et te noyer !

- Je fais attention ! » Rétorqua poliment une petite voix aiguë depuis la berge, où des mains inquisitrices plongeaient dans l'eau pour taquiner les poissons qui y ondulaient.

Jupe remontée sur ses genoux, sa sœur s'amusait à plonger les pieds dans l'onde claire, suivant d'un œil amusé le manège des poissons affolés à sa droite.

« Louise... »

La voix de Rosalie mourut dans sa gorge lorsqu'elle sentit le regard de son mari peser sur ses frêles épaules ; elle lui adressa une moue vexée d'enfant et passa une main protectrice dans les cheveux de son plus jeune fils, qui jouait sur ses genoux.

« Je sais, j'ai promis de les laisser jouer. Mais ils...

- ... ne vont pas se noyer, puisqu'on garde un œil sur eux. Et l'eau ne leur arrive pas à la taille.

- Je sais, mais... »

Elle tenta de lui faire entendre raison par ce qu'il appelait en riant ses « yeux de chaton ». Peine perdue, elle dut se contenter de lancer des regards inquiets à ses deux aînés tout en gardant les lèvres nouées – Rosalie avait toujours été une mère trop attentive, trop inquiète, et la fausse-couche qu'elle avait subie un an seulement après la naissance de Louise avait laissé des cicatrices bien plus profondes qu'en surface.
Il lui avait fallu plus de trois ans pour être capable de porter un nouvel enfant, et plus de trois semaines à son époux pour la dissuader de passer ses nuits éveillée à son berceau.

Depuis, elle avait une peur morbide de la mort, et poussait de hauts cris chaque fois que ses enfants s'approchaient d'un objet tranchant, d'une rivière, d'un coin de table, d'un sol glissant.

André poussa une exclamation surprise lorsque les écailles d'un poisson frôlèrent la paume de sa main. Rosalie tressauta et tendit par réflexe son bras vers lui.
Avec un sourire en coin, Richard rappela l'enfant.

« André, peux-tu venir ici un instant ? »

Le petit garçon, qui allait avoir dix ans en Octobre, s’exécuta sans protester et avec un sourire. Une fois son fils à portée de mains, le père de famille ôta le benjamin des genoux de sa mère sans se soucier de ses couinements outrés et le passa à son aîné.

« Surveille ton frère, veux-tu ? Ta mère pense que l'eau va vous faire fondre si vous tombez par malheur dans la rivière. »

Rosalie le regarda se redresser, l'air d'un enfant ayant volé un gâteau, et recula instinctivement.

« Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Moi ? Rien...

- Richard, qu'est-ce tu... NON ! »

Le cri perçant fit sursauter Louise, qui chercha immédiatement ses parent des yeux : elle les trouva à quelques pas d'elle. Sa mère, jetée sur l'épaule de son père, se débattait avec une rage contestable.
Les poings qu'elle écrasait dans le dos de sa brute de compagnon ne semblaient lui faire ni chaud ni froid.

« Lâche-moi, sinon je te jure que tu le regretteras !

- Et comment ? Tu feras chambre à part le soir ?

- Richard, pas devant les enfants ! Lâche-m... ! »

La fin de la phrase se perdit entre les gentils remous cristallins de la rivière, de laquelle Rosalie émergea hébétée. L'état de grâce ne dura malheureusement pas et elle se remit à hurler en prenant ses volants trempés à témoin :

« REGARDE CE QUE TU M'AS FAIT ! Il faudra des heures pour récupérer cette robe, et tu sais très bien que mes cheveux sont intenables lorsqu'il sont mouillés !

- Ah, moi je trouve ça plutôt adorable.

- Tu... tu n'es qu'un... »

Suivit un mot qui fit ouvrir des yeux ronds à tous les membres de la famille – Valentin mis à part, qui riait déjà à gorge déployée de la colère de sa mère.

« Je pense qu'elle va vraiment faire chambre à part », confia Louise à son père, ce qui ne lui tira ni commentaire désobligeant, ni soupir déçu, mais juste un grand éclat de rire. Ses enfants l'imitèrent vite et Rosalie croisa les bras, l'image même de la dignité abîmée, que sa fierté ne pouvait autoriser à lâcher le moindre éclat.

Il y avait eu beaucoup d'après-midi comme celui-là, sous un soleil chaud d'été ou une pluie fine de printemps. Des scènes dont Valentin ne se souvenait que lorsque l'odeur de l'herbe ravivait sa mémoire, ou quand sa sœur se mettait à rire après une plaisanterie de leur père. Tant de choses qui ne lui revenaient jamais spontanément mais dont il était toujours heureux d'entrapercevoir un morceau.

Enfant, il ne chérissait pas autant ces moments – pourquoi tenir à ce point à des scènes capables de se rejouer, encore et encore ?



Jusqu'à ce qu'un jour, on change de décor, de personnages, et que les étés près de la rivière paraissent tout à coup bien lointains.



1812

Une main se posa sur son épaule ; il poussa un cri, pivota trop vite sur ses talons et se cassa la figure sur le pavé.
Au-dessus de lui, son assaillant ouvrit de grands yeux foncés – surpris.

« Valentin, c'est moi ! Pourquoi tu ne t'es pas arrêté ? »

Le concerné jeta un regard abasourdi à la voix qu'il ne connaissait que trop bien, le tout par-dessus le bras qu'il avait érigé comme un rempart entre l'inconnu et son visage. Juste au cas où. Mon dieu, as-tu tellement de choses à te reprocher ?

« Ah, Joseph... »

Le jeune homme écarta les bras avec un soupir, heureux de n'être plus le monstre auquel il avait mis tant d'ardeur à échapper. Valentin accepta la main qu'il lui tendait, reconnaissant, avant de s'excuser.

« Je suis désolé, je pensais que... Enfin, ça n'a pas d'importance. »

Les sourcils froncés de son ami ne le convainquirent pas d'en dire plus. Malgré le fait qu'il savait que beaucoup de choses gagnaient à être avouées, Joseph savait aussi qu'il y avait un gouffre entre la théorie et la pratique : et parce que lui non plus ne disait pas tout, il le laissa tranquille.

Le silence enveloppa de nouveau la ruelle pour deux courtes minutes qui parurent toute une éternité à Valentin.

« Tu... as quelque chose à me dire ? »

Joseph secoua la tête et laissa filer une nouvelle minute sans un mot. Il sentait la cigarette et portait sa mine des mauvaises jours, lui courait après sans daigner lâcher l'affaire. Il avait quelque chose à lui dire.
Valentin avait passé tant de temps à lui parler et à le regarder qu'il pensait pouvoir lire en lui comme dans un livre ouvert.

Dieu savait pourtant que Joseph mettait un cadenas à tous ses sentiments.

« Ils ont refusé. »

Les lèvres de Valentin s'entrouvrirent, stupéfaites.

« Quoi ? 

- Ils ont refusé, répéta son ami avec plus de violence, en me répétant que ce n'était pas la peine d'insister.

- Mais pourquoi ? (sa voix lui semblait plus aiguë ; la détresse de Joseph l'atteignait trop facilement) Pourquoi ils...

- Qu'est-ce que j'en sais, moi. Il m'a dit de demander à mon père. Évidemment, il ne m'a rien dit. »

Son rire sonnait faux. Valentin baissa les yeux vers les pavés gorgés d'obscurité. Il pensa à Raphaëlle, qui devait pleurer, et Hélène à qui personne n'avait rien dit, et surtout pas Émilie. Il le lui avait interdit. Il porta ses ongles rongés à sa bouche sans savoir quoi ajouter.

Ils auraient dû lui dire, les convaincre de faire autrement, les forcer à faire autrement.
Ça allait mal se terminer.

« Et si je... Si je demandais à Émilie de...

- Ne lui dis rien. (son ton tranchant ne souffrait pas la moindre protestation) Ce serait pire encore. Laisse-là en dehors de ça. 

- Joseph... »

Il aurait aimé l'aider mais l'ennui dans l'histoire, c'était qu'il ne l'écoutait jamais.
Un pas lourd les fit sursauter. Joseph en lâcha la cigarette qu'il avait allumée et se tourna vers le gaillard massif qui venait d'arriver, ses larges épaules leur coupant toute retraite possible. Il cligna des yeux, bouche pincée, et lança à Valentin un regard interrogateur.

Le rouquin se signa mentalement et força son plus beau sourire.

« Qui c'est ?

- Pas un ami. »

Il adorait les euphémismes, qui avaient le don d'atténuer une réalité trop tranchante qui avait tendance à lui laisser les poignets à vif.
Il fit un pas en arrière, au bord du malaise.

« On va avoir des problèmes, là.

- Tu veux que j'aille chercher de l'aide ? »

Sa fierté s'étant envolée à tire d'ailes, il hocha vivement la tête. Aussitôt, Joseph franchit le muret qui séparait un jardin de la petite rue et disparut sans laisser le temps à son ami de lui lancer une dernière plaisanterie. C'était fou comme il courrait vite, Joseph ; même en essayant de toutes ses forces, même en tendant les bras, il n'arrivait jamais à le rattraper.

Deux yeux d'un bleu glacial le firent frissonner. Avec tout l'aplomb qui lui restait, il lança à Gustave :

« T'aurais pu m'envoyer une invitation, c'est plus poli. »

Son rire gras n'était ni avenant, ni élégant.

« Ben tiens, et te laisser le loisir de t'enfuir ? Pas cette fois. Tu t'es assez fichu de nous, Horville. »

Ce sont des cartes, rien que des cartes, pas de quoi achever un homme.

« Mon ami est parti chercher de l'aide. Tu riras moins quand les autres arriveront.

- Ahaha, ça, j'en doute. »

Valentin aperçut l'éclat métallique dans la poche de son agresseur. Son sourire se fana.



Le bonheur se résume à des choses simples ; tellement simples qu'un vulgaire bout de papier peut tout mettre à bas en quelques secondes, tout ce qui a pris des années et autant d'amour et de patience pour être forgé.
Un coup de vent, et puis plus rien.

Un coup de feu, et le néant.

« Monsieur Richard Horville ? »

Ils auraient dû s'en douter, à l'instant même où la porte avait révélé l'uniforme – le même qu'il portait le jour où il leur avait annoncé, avec cette expression d'heureuse modestie, avoir été accepté dans l'armée. Ce garçon d'à peine vingt ans, comme replié sur lui-même, leur avait tendu le papier d'une main tremblante qui avait pourtant dû serrer maintes armes sans flancher. Son père l'avait prise, et Valentin ne l'avait jamais vu aussi dévasté.

Sa mère s'était évanouie. Louise l'avait rattrapée de justesse.

« Pourquoi ? »

Il ne lui avait pas répondu. Qu'y avait-il à répondre ? Valentin savait bien qu'un fossé s'était creusé entre eux ce jour-là, tandis qu'il retenait des larmes qu'un simple carré de papier avait suffi à faire monter. Pourquoi lui, pourquoi pas un autre ? Pourquoi tu l'as laissé partir ?

Il avait commencé à se détester. A le détester. Et à en vouloir au monde entier.



Avril 1802, Lyon

« Allez Valentin, debout ! »

Le petit se mit à geindre lorsqu'une poigne plus forte que la sienne lui ôta le nez de la poussière. Il resta assis à faire la moue tandis que son frère tentait vainement de le redresser.
A bout de force, il s'accroupit face à lui et prit la même expression contrariée.

« Si tu te vexes à chaque fois que tu tombes sur une difficulté, tu n'iras pas loin !

- Tu dis ça car tu réussis tout », bougonna le cadet en traçant des cercles sur le tapis à l'aide de son arme de fortune.

La réponse donna à penser à son aîné, qui resta un moment silencieux. Puis il se laissa choir et pris le petit dans ses bras malgré ses protestations, aussi véhémentes que les coups qu'il tentait de lui asséner. Fermement calé contre sa poitrine, il abandonna finalement la lutte et soupira par le nez.
Une main se posa sur son épaisse chevelure, accompagnée d'un petit rire.

« Voilààà. Arrête donc de faire la grimace ! Tu sais, moi aussi je dois m'entraîner pour réussir. Je n'y arrive pas du premier coup.

- Menteur. Tu arrives à tout, et moi à rien.

- Parce que je suis plus âgé que toi... J'ai eu sept ans pour m'entraîner avant toi. Quand tu auras mon âge, toi aussi tu seras aussi fort. »

D'abord soupçonneux, Valentin redressa le menton pour accrocher le regard clair de son frère. Il lui demanda tout bas :

« Tu es sûr ?

- Sûr et certain. Tu as eu sept ans, tu es encore jeune... J'en aurai quatorze bientôt. Quand tu en auras quatorze, tu verras la différence. »

Il ramassa l'épée de bois que le plus jeune avait fait tomber. Il la posa entre ses paumes et ferma un à un les petits doigts réticents. Valentin se plaignait souvent qu'elle était lourde, mais André l'agitait comme si elle avait été une plume. André se battrait bientôt avec de vraies armes, plus sophistiquées encore qu'une simple épée. Il lui avait dit qu'on ne faisait plus la guerre comme ça.

« C'est dur en ce moment, et j'espère que quand tu seras grand, la France sera enfin en paix. Papa nous a raconté, plusieurs fois, comme tout était différent dans sa jeunesse, comme on pouvait se consacrer à autre chose que la guerre.

- Mais tu l'aimes, toi, la guerre. »

André lui sourit avec indulgence.

« Non, je ne l'aime pas. Mais j'aime savoir mon pays libre, alors je veux le défendre. C'est comme ça que ça se passe. Si nous le défendons bien, les plus jeunes, comme toi, seront libres d'apprendre autre chose... comme la géographie, ou les sciences, ou même à écrire de jolis livres. »

Valentin était perplexe, car il ne savait pas écrire de belles choses, et que ses notions de géographie se limitaient à Lyon et ses environs. Il ne se voyait pas faire de grandes découvertes et être acclamé à Paris. Il voyait bien André l'être, en revanche, car il était intelligent.

« Tu voudrais, toi, écrire de jolis livres. »

Il ne posait jamais de question. Son frère l'enserra doucement et il le sentit hausser les épaules.

« Je pourrai peut-être, un jour. En attendant, tu dois être plus déterminé. »

Il profita de la mollesse que la discussion avait engendrée pour le redresser d'un coup sur ses pieds. Valentin poussa un cri, mais déjà André lui demandait de reprendre les armes. Il serra l'épée fictive entre ses mains, empêcha ses bras de trembler, et l'envoya dans la jumelle que tenait son frère.
Derrière la porte, Louise les observait en silence.



« Et qu'est-ce que je sais de plus que toi, maintenant ? Sinon que je refuse de finir en chair à canon, et que tu aurais dû le refuser, toi aussi. »





Il était seul.



Juillet 1809, Paris

L'atmosphère était tantôt glaciale, tantôt brûlante, et les quelques invités qui faisaient l'effort de ne pas arborer un masque mortuaire côtoyaient ceux donnant l'air d'avoir envie de se jeter d'un pont ; Valentin détestait ça et échappait à ses parents comme aux visages connus. Ceux-ci, souvent accaparés de tous côtés, ne faisaient que vaguement attention à lui. Quant à Louise, même si la cérémonie était en l'hommage d'un mort, ça n'avait pas empêché quelques gentlemen de vouloir lui soutirer un mot ou deux. Il avait un temps hésité entre se glisser hors de la salle et lui porter secours mais avait décidé qu'elle était assez grande pour se débrouiller seule.

A reculons, le garçon avait passé la porte grande ouverte et avait trouvé refuge dans le couloir frais. Personne ne l'y dérangerait.

Il avait mis quelques bonnes secondes à remarquer le garçon adossé contre la tapisserie, le regard dans le vide.

Valentin était un physionomiste – il arrivait que les noms lui échappent (malheur !) mais jamais les visages. Les personnes banales et discrètes ne passaient pas sous son radar ; impossible d'avoir un jour parlé à un personnage si singulièrement beau sans s'en souvenir.
Ses traits rembrunis ne paraissaient pas aimables et ses yeux très sombres étaient surmontés de sourcils froncés. Sa tenue noire se fondait dans la masse et si ses cheveux bruns auraient pu être ceux de n'importe qui, il avait ce quelque chose d'harmonieux dans les traits qui le distinguait du reste du monde. Un peu comme Louise ou André, de son vivant, ou même son père.

Valentin ne s'aperçut qu'il le fixait que lorsque l'inconnu se tourna vers lui, perplexe. Il resta un moment bouche ouverte sans savoir quoi dire, puis préféra la conversation à la fuite.
Il faisait trop chaud dans la pièce d'à-côté.

« Valentin Horville, se présenta-t-il, faute de plus grande inspiration ou discours grandiloquent. Son vis-à-vis hocha la tête et lui répondit brièvement :

- Joseph de Landerolt. Toutes mes condoléances.

- Oh... merci. »

C'était sans aucun doute la plus intense des conversations qu'il ait eu à soutenir de sa vie. Sa mère aurait été fière de son éloquence.

« Je ne t'avais jamais vu ici.

- Je ne viens pas d'ici. Ma famille est revenue pour la cérémonie. Nos parents se connaissent, je crois bien.

- Tu ne vis pas à Paris ? »

Joseph leva un sourcil interrogateur dans sa direction.

« Je ne vis pas en France.

- Ah. »

Décidément, il était à court de répartie. L'indolence des jours les plus chauds de l'été mêlée au chagrin le rendait plus veule que de coutume.

« C'était ton frère ? » Demanda Joseph après quelques minutes de silence, le faisant sursauter comme un voleur.

Les yeux bleus tranquilles d'André et les taches de rousseur qui mouchetaient ses joues s'imposèrent à lui. Son cœur fit un nœud serré et son estomac suivit. Il n'aimait pas penser à lui car il savait qu'il ne le reverrait jamais. Personne ne l'avait habitué aux adieux.

« Oui.

- Vous vous entendiez bien ?

- Il avait sept ans de plus que moi, mais je l'admirais énormément.

- Vous aviez de la chance. »

Oh ?

« Tu n'as pas de frère ?

- Si. Deux. Mais on ne s'entend pas très bien. La différence d'âge, sans doute. »

Il suivait les contours du visage ovale d'une femme sur un portrait face à eux en parlant.

« … ou bien je ne suis pas un grand-frère admirable. »

Le malaise passa jusque dans ses paumes moites. Il les essuya contre son pantalon, gêné et curieux. Ce garçon avait quelque chose de lourd sur le cœur – il aurait tenté d'en savoir plus (il avait ce très vilain défaut que sa mère détestait, il était vrai) si la porte n'avait pas pivoté sur un claquement de talon.
Un silhouette haute apparut sur sa droite, le surprenant tant que son cœur rata un battement.

« Joseph. »

Son voisin se raidit mais redressa immédiatement le dos, droit comme un i. Celui-là aussi, quoique plus âgé, avait un visage magnifique et une prestance qui ne laissait pas indifférent. Valentin aurait pu en être jaloux s'il n'enterrait pas son frère.

L'homme, dont les cheveux dorés étaient coupés courts, inclina la tête dans sa direction. Songeant qu'il devrait s'agir d'un ami de son père, le rouquin lui rendit poliment le geste. Non sans une grimace habilement dissimulée derrière sa manche, Joseph le suivit jusque dans la salle bondée.

Une fois les conversations étouffées derrière le bois et le verre, Valentin était de nouveau seul avec ses pensées. Il colla ses omoplates à la tapisserie, savourant pour une courte seconde le soulagement qui emplit ses poumons. Puis, comme un poison insidieux rampant dans ses veines, la peine le percuta de plein fouet.

Il remercia le ciel que personne ne soit présent pour le voir pleurer.



Juin 1812, Paris

L'odeur du tabac lui faisait tourner la tête ; la tête posée contre l'accoudoir, Valentin ferma les yeux l'espace d'un instant.
Le diable en personne en profita pour se jeter sur sa poitrine et lui couper le souffle. Il ne vit d'abord que des étoiles, n'entendit que les protestations de Joseph, puis une voix lui murmura à l'oreille :

« Je t'ai manquée ? »

Ses mains trouvèrent le tissu léger de sa robe. Il la prit par la taille pour l'installer convenablement sur lui, encore sonné.

« Bonsoir, Émilie. Ça faisait longtemps.

- Une semaine toute entière, gronda la sirène en colère, repoussant une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille, dès qu'il se pointe, tu perds tout sens des réalités. »

Assis à l'autre bout du canapé, Joseph haussa un sourcil, éloignant la pipe de sa bouche.

« Tu parles de moi ?

- Évidemment, que je parle de toi. (la pauvresse s'affaissa dans un soupir théâtral incroyablement bien maîtrisé) Ma sœur ne me parle plus que de toi et mon amant préfère passer ses soirées à attraper une vilaine maladie de poitrine plutôt que me tenir compagnie.

- Je pensais que tu aimais ces soirées ? S'interrogea Valentin, surpris.

- Ce n'est pas la question. Je me sens en compétition. »

Joseph lui fit savoir qu'il n'en avait rien à faire en levant les yeux au ciel. Du reste, il savait qu'Émilie n'était pas sérieuse, et qu'elle aimait se donner en spectacle plus qu'autre chose. La jeune femme n'était jamais vexée ni pour elle, ni pour les autres.
Savoir que Joseph en convoitait une autre que sa sœur ne la faisait pas broncher.

« Ladies, les interrompit Georges en tenant à bout de bras trois verres qu'il distribua, on ne s'ennuie pas ?

- Plus maintenant, le remercia Émilie, la moitié du verre déjà disparue, tu ne voudrais pas jouer du piano, Joseph ? Georges t'accompagnerais, bien entendu.

- Je viens d'arriver, protesta le blond en écarquillant les yeux, Annette a dû partir car son frère la cherche.

- J'aimerais bien qu'il la trouve avec toi, sourit le rouquin, ce serait amusant à voir.

- Ah. Ah. Tu penses que son frère à elle aimerait que tu la tripotes ? »

Valentin leva les mains pour faire montre de son innocence. Émilie ricana.

« Oh, mon frère est trop plongé dans ses livres pour s'inquiéter de ma vertu. D'ores et déjà envolée, ajouta-t-elle en s’accrochant au cou de son ami, donc il n'y a pas lieu de s'en faire.

- J'ai compris, grimaça Georges en redressant son mètre quatre-vingt quatre, je vais aller jouer du piano. Tu viens, Joseph ?

- Je joue, rectifia-t-il en posant ses affaires sur la table basse en marbre, tu nous briserais juste les oreilles.

- Mon talent n'a pas de limites », l'approuva Mozart avec un large soupir.

Une fois les garçons fondus dans la foule, Émilie releva la tête vers Valentin, passant une main dans ses épais cheveux.

« C'est terrible, je m'ennuie déjà, souffla-t-elle avec un sourire, comment est-ce que tu comptes me distraire ?

- Oh, j'ai quelques petites idées. »

Sans attendre, il prit ses lèvres, son mal de tête envolé.



Il n'aurait pu mettre des mots sur la douleur qu'il tentait de reléguer dans un coin de son esprit. Il avait besoin de s'occuper les mains, sans quoi elle revenait le hanter.

« Il y a bien d'autres moyens de faire un deuil, lui asséna presque violemment son père, le regard dur, et j'aimerais que tu y penses, au lieu de te perdre de la sorte.

- Je ne me perds pas. Je vis.

- Tu te blesses, rétorqua-t-il, et je sais que tu le sais.

- Je ne sais rien.

- Plus que tu ne veux bien me le dire. »

Ces conversations stériles étaient leur quotidien depuis la mort d'André. Auparavant, il n'aurait pas supporté de lui faire honte ou de lui donner du chagrin, mais il avait besoin de quelqu'un à blâmer, et il avait donné son accord pour qu'il parte.
S'il avait protesté, André ne serait pas parti.

« Je n'ai jamais voulu vous enfermer. Vous êtes libres de choisir la voie qui vous plaît, du moment qu'elle ne mène pas à... ce que tu sembles chercher à tout prix. »

Il serait encore en vie.

« Retourne dans ta chambre, et réfléchis à ce que je viens de te dire. »

En sortant, Valentin savait qu'il trouverait sa mère affolée dans le couloir, qu'elle le serrerait contre lui et lui dirait qu'elle l'aime, quoiqu'il arrive.
Il avait trouvé tellement plus simple d'occulter ce qui ne lui plaisait pas, les reproches de son père et les regards tristes de sa sœur.



« Je sais. J'aurais dû l'écouter. Tout est ma faute. »

Pardon maman. Tu vas pleurer à cause de moi. Je ne voulais pas.











     
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MessageSujet: Re: Valentin Horville ▬ « Now there's no time to shine my rusty halo. »   Lun 29 Aoû 2016, 21:47

Félicitation
Vous êtes officiellement validé ♥️

Non.

Je porte plainte, je le valide pas. VIENS TE BATTR E D'OU TU TUES DES BÉBÉS COMME CA CASSE TO/PLEURE/

Je n'ai rien à dire au niveau de la structure et du contenu, tout y est et tout est bon. Je n'ai pas vu de fautes, même s'il doit bien y en avoir au moins UNE cachée dans un coin - rien de dramatique, en tout cas. Les descriptions sont cool, Val est un petit renard roux qui a besoin d'être apprivoisé et aimé, l'histoire me fait pleurer, même courte, et je te hais. Tout le monde commence à avoir l'habitude vu que je le dis à chaque validation. Mais je vous hais. Tous. Même les gens futurs. COMME CA ON EST AU CLAIR ENTRE NOUS je vous ferai tous regretter de me rendre triste. Un jour.



(en fait t'as pas rempli l'avatar et tout, je devrais te recaler juste pour ça ////: )
Ah et y'a pas encore de genre. Coin pour dépouiller les innocents, à Asphodèle, mais c'est de mon côté que ça doit être géré donc en fait tu t'en fiches. Fais ta vie, je m'occupe du reste.



Allez mon enfant, va ensorceler les manants.

Tu peux dès à présent recenser ton avatar inexistant, ton métier et demander une chambre pour t'en faire un petit nid douillet. Tu peux également poster une demande de RP ou créer ton sujet de liens. Ton numéro va t'être attribué sous peu mais pas trop, ça dépend de ma volonté et de mes capacités mentales ce soir, et tu vas être intégré à ton groupe dans l'instant. Tu arriveras dans la pièce Est.

En route, mon petit curly.
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Valentin Horville ▬ « Now there's no time to shine my rusty halo. »

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