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 Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »

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- D 00 021950 37 00 B -
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Coincé depuis le : 21/12/2015



DOSSIER
Nombre de décès  : 0.
Circonstances des décès  :
Métier  : Rien, pour l'instant.

MessageSujet: Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »   Mer 23 Déc 2015, 01:32



« I've seen the anger and I've seen all the dreams, and I've watched an existence torn apart by the seams ; and though I may seem helpless, I will do all that I can do. Oh, I've seen a part of people that I never really want to share, I've seen a part of people that I never knew was there. »
Nom : Tenley, Bellamy de son nom de jeune fille.
Prénom : Elinor, Rebecca.
Surnom : Elie, Noore, Beckie.
Sexe : Féminin.
Âge effectif : 35 ans.
Âge apparent : 21 ans.
Date de naissance : 16/02/1915, Angleterre, Londres.
Date de mort : 18/02/1950, Angleterre, clinique Bennett.
Orientation sexuelle : Hétérosexuelle.
Groupe : Quietus.
Nationalité : Anglaise.
Langues parlées : Anglais, Allemand et Français.
Ancien métier : Femme au foyer.
Métier actuel : En recherche de travail, on va dire.
Casier Judiciaire


▬ Crimes commis :
▬ Circonstances du décès :
▬ Péché capital principal :
▬ Péché capital secondaire :
▬ Rapport à l'alcool :
▬ Rapport aux drogues :
▬ Addictions :
▬ Mauvaises attitudes récurrentes :
▬ A été victime :


Physique


Elinor est belle, ça oui ; mais pour ce que ça m'a apporté, vous dirait-elle, elle aurait tout aussi bien pu souhaiter ne pas l'être.
D'une taille moyenne du haut de son mètre soixante-trois, la jeune femme est toute mince et fluette, avec guère de poitrine, de hanches ou de cuisse. C'est un petit gabarit aux poignets fins à bout duquel on vient facilement, et qui n'aime de surcroît pas vraiment le sport. Légère et naturellement souple, elle a une démarche presque aérienne, loin de ceux qui martèlent le sol pour annoncer leur arrivée. Quand elle marche, qu'elle le veuille ou non, Elinor ne fait pas le moindre bruit. Elle aime qu'on la compare à une princesse ou une fée, une créature éthérée, peut-être une sirène qui se baignerait dans les lacs à l'abri des regards ; derrière ses yeux d'un bleu clair, expressifs, Elinor se prête volontiers à beaucoup de fantaisie. Ses cheveux sont longs et blonds, si fins qu'ils ne tiennent jamais en place lorsqu'elle essaye de les dompter en chignon ou queue de cheval. Clairs, ils s'accordent parfaitement au teint pâle de la demoiselle, qui n'apprécie pas le soleil sans un bon chapeau sur le crâne. Il faut dire que sa peau rougit facilement et que si être rouge comme une écrevisse n'est certes pas très esthétique, elle déteste surtout peler : petite, ça la faisait pourtant beaucoup rire, persuadée qu'elle était de muer comme un serpent. Aujourd'hui, le côté incommodant et douloureux de la chose a surpassé ses rêveries d'enfant.
Elinor déteste les pantalons, et a Asphodèle, a opté pour l'uniforme le plus similaire à ses goûts très féminins. Petite, sa mère l'habillait de dentelles et de soie, de petites marinières adorables et de chaussures vernies. Elle en a gardé le goût prononcé des robes, et n'a jamais songé à s'habiller comme un homme. Cela plaisait peut-être de temps en temps à sa sœur, mais à elle, pas du tout : et afin de ne pas avoir l'impression de crouler sous le poids de l'or, elle ne portait que quelques bijoux à la fois, des chaînes fines et des pendentifs discrets. A ses oreilles percées, elle a toujours préféré les petits diamants brillants.
Elinor a tout du cliché de la fille de bonne famille, modeste dans son habillement et ses manières et très belle. Point de gestes trop amples ou de mines de suffisance, elle se tient droite et lève la tête, mais sait à quel moment baisser les yeux pour ne pas avoir l'air vulgaire ou impertinente. Elle a quelque chose de noble et de lumineux que l'on peut attribuer à son physique opportunément avantageux ou à la rigueur de son éducation ; il y a néanmoins en elle une partie de gentillesse désintéressée que l'on ne peut pas ignorer.


Caractère


Car des arrières-pensées, Elinor n'en a pas. Elle a été élevée dans la foi, dans le respect de l'autre, dans la charité et la générosité à l'égard d'autrui. Son éducation a consisté en un apprentissage scolaire concret, de la bonne maîtrise des langues et du français, mais également du calcul et de notions d'Histoire et de Géographie. Sans se vanter d'être particulièrement intelligente, Elinor a toujours su tirer partie de ce bagage que ses parents ont toujours ordonné qu'elle ait. Le minimum, disaient-ils, est d'être bon et bien instruit : mais c'est surtout dans sa piété et sa générosité qu'Elinor a toujours trouvé un refuge à son goût. Ni ambitieuse ni manipulatrice, elle a maintes fois usé de son argent pour soulager les plus démunis, avec la sensation de bien faire et surtout de faire tout ce qui était en son pouvoir. Car la pauvreté l'a toujours attristée, et l'injustice la dégoûte toujours autant. La jeune femme est gentille à l'extrême, gentille au point même d'en être quelque peu naïve et de se faire abuser. Car quand Elinor aime, elle ne voit ni les dangers ni les défauts, et elle se donne toute entière sans rien laisser. Elle aime avec passion, et a beaucoup de mal à retirer son affection une fois qu'elle l'a donnée ; la trahison lui fait d'autant plus mal, et va jusqu'à l'empêcher de dormir, jusqu'à lui ruiner la vie si elle ne fait rien pour régler les choses avant que tout ne dégénère.
Elinor pense aux autres avant de penser à elle, et cela devient un défaut lorsqu'elle en arrive à se négliger pour autrui. La santé des autres passe avant la sienne, c'est quelque chose de tout à fait naturel chez elle, et personne ne pourra jamais le lui ôter de la tête. Elinor a le sacrifice dans les veines, celui qui vous pousse à mourir par amour – sans chercher à voir s'il y a une autre solution pour ne pas briser le cœur des siens.
Et en cela, Elinor est fragile, si fragile qu'elle se brise au moindre choc. Elle ne supporte ni le deuil ni la pression, et peut facilement perdre la tête quand elle n'arrive plus à gérer les choses. Elle se blâme, prend tout pour elle, et peut même devenir violente lorsque désespérée. Il faut dire qu'elle a tendance à penser qu'elle peut tout encaisser, et que ses minces épaules peuvent porter tout le poids du monde sans effort. Elinor manque de réalisme, parfois, et se retrouve par sa propre bêtise dans des situations d'où elle n'arrive pas à sortir et où elle attend, prostrée, l'aide de ses proches – car Elinor a toujours été bien entourée et que la solitude est un mot qui ne lui dit rien. Elle est intimement persuadée que, où qu'elle soit, il y aura toujours quelqu'un pour la tirer d'affaire, la maladroite jeune fille.


Histoire



« Le vide est bien plus terrifiant que l'obscurité. Il engloutit tout ce qu'il attire en son sein. »



▬ 12 Juin 1920, campagne de Londres, Angleterre.

Elinor flottait dans une bulle d'argent pailletée d'or ; toute à sa joie d'avoir enfin trouvé des fées avec lesquelles passer la journée, elle ne se rendit compte qu'une fois les cris de sa sœur parvenus à ses oreilles qu'une voiture s'était engagée dans l'allée.
Aussitôt, elle lâcha les ailes de ces demoiselles, quitta le bord de l'étang tel un diable sorti de sa boîte. Les haies qui bordaient le chemin de sable chaud lui laissèrent entrevoir les cheveux blonds de son père, et le chapeau de paille de sa sœur aînée. Lorsqu'elle arriva à son tour devant l'entrée, elle faisait peine à voir, avec ses boucles emmêlées et ses volants en désordre.

« Elinor, où as-tu encore été te cacher ? »

La fillette tentait de remettre de l'ordre dans ses mèches pâles, tâche ardue que sa mère ne facilitait pas en lui pinçant gentiment la joue. Elle la repoussa avec une gentille impatience et, comme si elle posait pour le plus joli des tableaux de famille, tendit deux bras impatients vers son père.

« Papa, porte-moi ! »

Une fois hissée contre son épaule, elle respira les effluves de lavande, auxquelles s'accrochaient encore l'odeur de la poussière et des fumées de Londres.  Ses yeux trop clairs se plissèrent pour mieux distinguer les fossettes du sourire qu'elle ne voyait qu'à contre-jour.
De tous ses frères et sœurs, elle n'était pas celle qui lui ressemblait le plus ; Dieu savait pourtant à quel jeu de miroir ils se livraient quand ils faisaient la grimace.

« Est-ce que tu m'as ramené un cadeau ? »



Elinor vivait dans une grande maison près d'un lac où les libellules venaient danser dès que les giboulées se retiraient et cédaient la place aux beaux jours d'été. Elle était née dans un hôpital de Londres mais avait grandi ici, dans un manoir aux pièces qu'elle ne connaissait pas encore par cœur, choyée par ses parents, par son frère John et sa sœur de deux ans son aînée, Hermine, avec laquelle elle faisait les quatre-cent coups.
Elle avait grandi entre le salon et ses nappes immaculées, le grand escalier aux sculptures d'angelots et sa chambre où les tentures du lit à baldaquin rivalisaient de dorures scintillant au soleil. Elle avait été élevée comme une princesse, à l'abri du monde dans cette propriété achetée par son père pour s'éloigner de l'air vicié de Londres. Dans un parc où les allées pavées serpentaient entre les arbres aux feuillages coupés de telle sorte que des dizaines de silhouettes semblaient émerger de la terre. Quand Elinor se perdait entre rêves et réalités, elle leur faisait la courbette, les plis de sa jupes bleu marine entre ses petits doigts blancs.

Un jour d'été 1919, alors qu'elle avait eu quatre ans au début de l'année, ses parents étaient revenus avec un petit frère, qui avait mis un point final à leur belle et grande famille. Ils avaient tous posés devant l'objectif pour l'occasion, et la photo avait été affichée dans le salon, près de celle d'un autre frère qui n'avait vécu que deux ans et qu'Elinor n'avait jamais connu. Il avait une plaque dans un coin du parc, où elle mettait des fleurs ramassées sur le chemin chaque fois qu'elle se promenait.

Elle n'avait connu ni la faim, ni le froid, ni les privations des plus pauvres. Elle avait été élevée dans une foi désintéressée, percluse de charité et d'empathie.

Lorsque son père lui dit, ce fameux jour où ses boucles ne tenaient plus, que le prochain samedi serait spécial, elle pensa naïvement qu'il parlait de l'anniversaire de son petit frère, qui allait bientôt avoir un an.

Elinor n'avait, à cinq ans, connu le deuil qu'au travers de visages figés sur toile ou sur papier, dont les regards convergeaient tous dans sa direction lorsqu'elle se promenait dans le grand couloir menant à la salle à manger.



▬ 19 Juin 1920, campagne de Londres, Angleterre.

« Pourquoi est-ce qu'ils ont dit qu'il devait rester là, déjà ? »

Elle fronça le nez, perdue dans sa réflexion, jetant de temps à autre de petits coups d’œil furtifs au garçon assis dans le fauteuil en face du sien. Après avoir donné une tape sur ses genoux pour l'empêcher de battre des jambes, John consentit à lui répondre à voix basse :

« Sa sœur est morte récemment. Avec les préparatifs pour l'enterrement, c'est mieux qu'il reste ici, au calme.

- Oh. »

Ce fut tout ce qu'Elinor parvint à articuler, avec un « ah » de compréhension qui arriva trop tard. Ses parents parlaient avec un homme aux traits marqués par la fatigue et aux cheveux plus gris que châtains – il ne devait pourtant pas être plus âgé que son grand-père, qui n'avait pas autant de rides.

George et Alicia Tenley étaient de vieux amis, à la fois du côté de son père et de sa mère. Ils vivaient en plein cœur de Londres, et Elinor était trop jeune pour se souvenir qu'ils avaient parfois rendu visite à ses parents ces dernières années. Elle voyait George comme pour la première fois, dont le sourire était chargé de larmes. Elle ne savait pas non plus que des sept enfants que le couple avait eu, seuls deux avaient survécu à la petite enfance – ils enterraient leur fille aînée, Alicia, le surlendemain.
Le benjamin, Anthony, était assis dans leur salon, plus curieux qu'affligé. Il avait un an de plus qu'Elinor et un an de moins qu'Hermine, et treize ans le séparaient de sa sœur Alicia, née au début du mariage de ses parents. Après la naissance d'Anthony, Madame Tenley avait eu des complications qui avaient bien failli lui coûter la vie, et plus aucun autre enfant n'était né.

Ils veillaient sur leur fils unique avec une attention maladive.

« Je vous remercie du fond du cœur. »

Jugeant que l'air de la campagne était bien meilleur que celui de Londres pour le petit garçon qui n'arrêtait pas de tousser, ils désiraient le laisser ici pour quelques semaines.
Une fois le grand homme parti, Elinor suivit les recommandations de son père et alla se présenter avec son frère et sa sœur, pleine de bonne volonté.

Anthony ne cessa de leur sourire et d'ouvrir de grands yeux impressionnés. De si près, Elinor put voir que l'iris gauche du garçon, naturellement verte, était bizarrement tachée de marron. Elle trouva ses yeux si beaux qu'elle regretta de ne pas avoir les mêmes.

« Anthony Tenley. J'espère que je ne vous dérange pas. »

Sa voix flûtée était chantante. La fillette sut qu'elle allait l'apprécier.

« Pas du tout, répondit John avec cette compréhension que seuls les plus âgés peuvent se vanter de posséder, tu es ici chez toi. »

Tout ce que son frère disait, il le pensait ; John était honnête et droit. Elinor l'admirait beaucoup.

« Tu veux venir voir notre lac ? Il y a des fées là-bas ! »

La proposition d'Hermine brisa définitivement toute retenue, et le plus âgé roula des yeux au plafond tout en leur intimant gentiment de déguerpir du salon.



« Vous passez toujours par-là pour aller au lac ?

- Non, on peut aussi passer par la grande allée, mais c'est plus amusant par là. »

Elinor gloussa, se laissant toujours pousser une âme d'aventurière lorsqu'elles passaient par les petits bois qui bordaient la propriété ; la semi-obscurité des lieux leur faisaient craindre à chaque pas l'attaque traître de dangereux animaux, comme la musaraigne qui avait filé entre les jambes d'Anthony quelques minutes plus tôt. Ce dernier, plus habitué aux rues animées qu'aux arbres de campagne, agitait frénétiquement les bras pour se débarrasser des plantes grimpantes qui lui enserraient les coudes.

« On est bientôt arrivés ? »

Sa demande plaintive fit rire les deux filles, qui avançaient plus vite que lui malgré leurs jupons.

« Preeesque. C'est juste après ce pont de singe. »

Hermine planta ses bottines à trois centimètres d'un large tronc dont l'écorche à demi-arrachée en surface servait de passerelle à une rivière minuscule. Anthony fixa un long moment l'eau gargouiller tandis que les deux sœurs échangeaient un regard complice. Avec une gestuelle affectée de grande dame, l'aînée ouvrit le passage à leur invité.

« Si monsieur veut bien se permettre... »

Il n'avait pas l'air d'un garçon facilement irrité ou prompt à étaler hardiesse et virilité aux yeux de tous ; rien dans son regard doux ne trahissait le brave soldat qu'il voulait plus tard devenir. Non sans appréhension, il posa un pied sur le bois.
L'écorche gémit et ploya sans lâcher. Hermine le suivit, une main sur son chapeau, l'autre accrochée au poignet d'Elinor.

Son sourire était plus souvent taquin que tendre. Elle donna une tape dans le dos d'Anthony et partit en courant, traînant toujours sa cadette ravie à sa suite.

« Rattrape-nous si tu es un homme ! »

Ce qu'il ne put faire, tant elles cavalaient vite. Le soleil se mirait sur le petit lac, à l'abri dans son écrin de verdure. Elinor plongea vers la berge et fit signe à ses amis de se taire.
Curieux, Anthony se pencha à sa suite.

« Regarde, les fées ! »

Au milieu des longs brins d'herbe et des éclats de soleil, elles dansaient, leurs ailes brassant l'air sans un bruit. Silencieux, les enfants les regardèrent terminer leur valse sans oser entrouvrir les lèvres.



Chaque fois que la pluie s'écrasait contre les carreaux de sa chambre, Elinor priait pour que les fées près du lac n'aient rien, qu'elles aient trouvé un endroit où s'essorer et s'abriter.



▬ 20 Mars 1924, Londres, Angleterre.

Elinor avait pour ordre de rester près de sa mère et de ne surtout pas s'éloigner. La petite fille était obéissante et ne touchait qu'avec les yeux : son petit sac à la main, elle se balançait sur ses talons, admirant le va et vient constant des artisans.

Une fois par mois, Cavan emmenait sa famille en ville, où ils faisaient de l'aumône et de la charité un devoir. Ils sortaient du lot dans ces quartiers pauvres où les tissus vifs n'étaient pas à la mode et où la crasse imprégnait jusqu'aux trottoirs. Les mendiants, qui n'était parfois pas plus vieux qu'elle, s'accrochaient au premier venu, la moue suppliante.

Elinor avait pitié d'eux, son père le lui avait appris. Il disait souvent que la richesse ne devait servir qu'à soulager plus pauvre que soi. Que la générosité n'était pas un don de Dieu, ni une qualité, mais une évidence. Les mains pleines, il passait dans ces quartiers et donnait ce qu'il mettait de côté et ne confiait pas aux associations que parrainaient ses amis.
John et Hermine imitaient leur père et gardaient pour ces pauvres gens une partie de leur argent de poche. Elinor, qui n'avait pas dix ans, n'y avait pas encore le droit, et elle devait se contenter de tenir les longues jupes de sa mère. La tristesse la brûlait de ne pas pouvoir faire sourire les gens comme le reste de sa famille.

Ce jour-là, elle tourna la tête à temps pour voir une toute petite fille se réfugier sous le bras d'une autre enfant, qui semblait être sa grande sœur. Ses yeux noisettes scrutaient avec envie sa silhouette habillée de bleu pâle, son chapeau serti de fleurs et ses chaussures vernies. Sa tenue avait beau être sobre, elle ne l'était jamais assez.
Alors qu'elle regrettait ses poches vides, Elinor eut une idée.

Choisissant un moment où sa mère ne la regardait pas, elle fila jusqu'à la fillette qui en recula de surprise. Tout doucement, elle ôta son chapeau et le mit sur les boucles brunes de l'inconnue. Pour un instant, le temps sembla s'arrêter, et la terre de tourner.
Les bruits de la rue reprirent vite leur droit.

« Ce sont des hortensias, ils t'iront bien. »

Un sourire timide se fraya un chemin jusqu'à ce visage dont les joues se colorèrent de rouge. Elinor battit en retraite, non sans un signe de la main, jusqu'à sa mère qui lui fit les gros yeux en la voyant tête nue.

« Elinor, mais où est-ce que tu as mis ton chapeau ?

-Euh, je... je crois que je l'ai perdu ? »  

Elle lui offrit un sourire candide en guise d'excuse. Sa mère comprit vite, et passa des doigts gantés dans ses cheveux.

Elle l'aimait, elle était fière.



Mais jamais elle ne serait aussi fière d'elle que de son frère John.

Il était grand, beau, intelligent, promit à un avenir radieux. Il était tout le portrait de leur père, avec ses yeux d'un bleu pâle et ses cheveux clairs. D'eux quatre, il était celui qui lui ressemblait le plus.

Il y avait tant de photos de lui dans leur grande maison, tant d'admiration dans les yeux des autres. Tant de poids et d'espérance qu'il ne semblait soulever que d'une main, sans le moindre effort. Elinor avait entendu des hommes très riches et puissants lui proposer la main de leur fille, parfois encore au berceau – et leur père refuser poliment, clamant que le mariage tenait plus de l'inclination que de la fortune.

Elinor et Hermine se cachaient derrière le paravent pour l'entendre jouer du piano ou réciter des poésies. Elles le regardaient tirer au fusil en été, dans le champ près de la maison.

Personne au monde ne valait autant que John.



« Mais la guerre, docteur. Elle a failli me le prendre, lui aussi. »



1929 fut une année terrible – mais ils s'en sortirent.
Tout le monde n'eut pas cette chance.

Non, Elinor, tout le monde n'a pas eu ta chance.



Le soleil brillait trop fort ; les yeux baissés vers la lettre qu'elle froissait nerveusement entre ses mains, Elinor relut une nouvelle fois la date manuscrite.

15 Août 1934.

Elle scrutait depuis le balcon de sa chambre l'allée menant jusqu'à la cour, où deux de leurs chiens montaient la garde. Elle avait les mêmes mimiques que lorsqu'elle était enfant et attendait patiemment que son père rentre du travail.

Elle avait beau avoir dix-neuf ans, le tintamarre du moteur au loin réussissait encore à lui arracher de beaux sourires – et une cavalcade pressée le long des escaliers en colimaçon.
Dans le hall, sa sœur l'attendait en trépignant, Oliver dans son ombre. Les trois se pressèrent par la porte grande ouverte et se jetèrent au cou de leur frère, lequel tituba un instant sous la violence de l'assaut.

« Hey, ne me serrez pas comme ça, vous allez m'étrangler !

- Tu nous a tellement manqué !

- Où est-elle ? »

John se dégagea de leur étreinte avec un sourire en coin. Il déverrouilla la porte passagère et aida sa femme à descendre de la voiture, un lourd panier en osier dans les bras. Délicatement, il en extirpa le nouveau-né, qui ne poussa qu'un gazouillis brouillé pour toute réponse.

« Jamais je n'aurais pensé que de jeunes gens comme vous seraient à ce point pressés de voir un enfant », les railla Imogen, dont les courtes boucles formaient comme un chapeau autour de son visage tout rond.

Elinor se pencha vers sa nièce avec un murmure d'admiration. Elle qui était un peu poète (ou essayait de l'être) avait tendance à dire que les yeux bleus des jeunes enfants reflétaient le ciel. Les quelques cheveux éparses sur le crâne du nourrisson étaient sombres et ondulés, comme ceux de sa mère. Le nez en trompette donnait envie d'appuyer un doigt dessus pour embêter le petit bout, qui suivait avec intérêt le manège des mains au-dessus de lui.

« Elle est magnifique, souffla Hermine avec l'approbation sonore d'Oliver, quel âge a-t-elle, déjà ?

- Elle va bientôt avoir trois mois. Nous serions venus vous rendre visite plus rapidement, mais Imogen devait se reposer.

- Quand ce sera à votre tour d'accoucher, vous vous rendrez compte à quel point tout ça est fatigant », fit la jeune mère avec un soupir exagéré.

Elinor se mit à rire tant elle ne la croyait pas ; il fallait dire qu'elle ne se souvenait que très peu de sa propre mère après la naissance d'Oliver, et que celle-ci n'aimait pas s'étendre sur les détails qui ne lui plaisaient pas. Ses enfants étaient toute sa vie, et enfanter chacun d'eux avait été un véritable bonheur.

D'autres têtes apparurent dans l'encadrement de la porte, et une voix leur cria avec bonne humeur de se dépêcher de rentrer, qu'ils puissent enfin commencer à déjeuner.

« Oncle Johann et tante Agatha sont ici, leur confia Oliver en levant les yeux au ciel, Arnold n'arrête pas de crier et Hilda jure que son fils est bien plus beau que ta fille.

- Oooh, vraiment ? Allons lui donner tort, alors. »

Il offrit son bras à sa femme et Hermine prit le panier et la petite. Juste avant de passer le pas de la porte, Elinor et Oliver lui offrirent une gourmette en or de la part de toute leur famille.

Constantine Augusta Bellamy
Née le 25 Mai 1934



























« Je suis enceinte. »

Oh, Elinor, regarde-toi, le chagrin a dilué le rouge de tes joues d'enfant.



Les lames des ciseaux, brillantes sous le soleil qui perçait à travers la fenêtre, se reflétaient contre la grande psyché. Adossée au mur, peinte en or de bas en haut, elle avait toujours été le miroir préféré d'Elinor.
Assise à même le sol, la jeune femme prit une pleine poignée de ses longs cheveux blonds. Elle fit claquer les ciseaux, l'air tout aussi absente que ce soir où leur père l'avait retrouvée, trempée dans le parc, à faire les cent pas. Je suis enceinte.

Plongée dans ses pensées en noir et blanc, elle n'entendit pas les gonds pivoter. Elle ferma très fort les yeux, jusqu'à en avoir mal aux paupières, et approcha les lames de ses mèches fines.

Je n'ai pas besoin de quelque chose qu'il aimait tant.

« Elie ! »

La main de sa sœur se posa sur le poignet tremblotant ; elle laissa instantanément choir les ciseaux. Deux bras l'enlacèrent pour l'empêcher de se débattre, ce qu'elle ne fit qu'à demi.
Les sanglots lui secouèrent si violemment les épaules qu'Hermine en lâcha un hoquet surpris.

« Laisse-moi, laisse-moi...

- Non, Elie, tu ne vas pas bien. Là, là, ne pleure pas... »

Elle aurait aimé lui dire que tout allait bien se passer, mais elle n'en avait pas la plus petite certitude. La pauvre restait cloîtrée dans sa chambre, errante, se lamentant comme une Banshee égarée. Hermine avait si peur de ne plus la retrouver saine au lendemain qu'elle passait parfois la nuit à ses côtés. De gros cernes noirs soulignaient ses jolis yeux bleus.

Comment expliquer tout ça à John lorsqu'il viendrait prendre de leurs nouvelles ? Elinor avait hurlé, supplié à genoux qu'on ne dise rien à son frère aîné. Elle avait trop peur de le décevoir.

Leurs parents se consultaient en silence sans savoir quoi faire. Hermine passa une main rassurant dans les cheveux de sa cadette, qui pleurait toujours.

« Là, Elie, là... »

Comment apaiser ta douleur, petite sœur ?



Elle ne criait plus mais pleurait en silence, ce qui était presque pire aux yeux de ses proches, qui la regardaient dépérir en essayant vainement de la faire sourire. Ni les fleurs, ni les cadeaux, ni l'amour qu'ils lui avaient toujours porté ne parvenaient à la dérider.
Son reflet lui renvoya l'image terne d'une femme à la beauté fatiguée. Elle entendit  distinctement les pas résonner dans le couloir, et passa la brosse dans ses cheveux, pour se donner l'illusion d'être encore présente. Depuis peu, la colère avait cédé la place à la culpabilité.

Qu'y avait-il qu'elle n'ait pu comprendre, dans toute cette histoire ? Lui avait-elle brisé le cœur ?
Le sien était encore en morceaux à cette heure.

Deux petits coups contre le panneau de bois annoncèrent Hermine.

« Elinor ? J'entre. »

Les bottes qui frappaient le parquet à sa suite ne lui appartenaient pas. Elinor faillit ne pas avoir le courage de poser les yeux sur le nouveau venu.

« Bonjour, Anthony. »

Le jeune homme lui renvoya son sourire fané, visiblement gêné et ne sachant où se mettre. Elle aurait aimé qu'il s'en aille ; qu'ils s'en aillent. Elle aimait être seule.

« Elinor, Anthony et moi avons quelque chose à te dire. »

L'exclamation, d'un ton réservé et prudent mais néanmoins enthousiaste, lui mit la puce à l'oreille. Elle jeta un œil étonné à sa sœur, maintenant à genoux près d'elle.

« Comment ça ? Ne me dites pas que vous...

- Que nous... oh, non, pas du tout ! Elliot ne serait pas très content. (elle rit doucement à l'évocation de son fiancé, avant de reprendre un masque plus sérieux) Elie, nous avons pensé à quelque chose, pour que tu puisses garder le bébé. Puisque tu ne veux pas dire qu'il t'as forcée...

- Parce qu'il ne m'a pas forcée, couina la jeune femme, les deux mains sur son ventre, mal à l'aise à l'idée de reparler de cette éventualité qu'elle avait, deux semaines plus tôt, refusée tout net.

- Je sais bien, et je n'insiste pas. Non, la solution est beaucoup plus simple. Anthony... »

Elle tendit le bras à son ami, qui s'agenouilla à son tour devant Elinor. Les trois se contemplèrent un bon moment, cherchant à saisir au vol le moindre début de réponse, avant qu'Anthony ne dise :

« Elinor, tu n'as qu'à m'épouser. »

Choquée, elle recula sur sa chaise, surprenant ses interlocuteurs.

« Pardon ?

- Épouse-moi ! Reprit le garçon avec plus de détermination dans la voix, de cette façon, personne ne t'embêteras quand l'enfant naîtra. Tu n'auras aucun problème.

- Mais, je... »

Elle butait sur chaque syllabe, cherchait vainement ses mots.

« Anthony, je ne peux pas, je ne veux pas te faire ça, tu as beaucoup d'avenir, tu... »

Comme le texte lui semblait familier. Elle s'arrêta, interdite, laissant au concerné le loisir de la reprendre.

« Et je ne gâche pas mon avenir en t'épousant, je peux te l'assurer. Elie, je reconnaîtrai cet enfant comme étant le mien, ça ne me dérange pas. Tu auras une famille, une maison, tout ce que tu voudras.

- Je ne veux pas être un poids pour toi.

- Qui t'as parlé d'être un poids ? (lui et Hermine échangèrent un sourire plein de tendresse) Il n'y a rien que je ne ferai pas pour toi et Hermine. Si je t'épouse, je le fais de mon plein gré, et ça ne me dérange pas. Quitte à passer le restant de ma vie avec quelqu'un, autant que cette personne soit toi. »

Sa gorge se noua d'émotion. Elinor passa les mains sur son visage rougi par les larmes et la fatigue, sentit ses yeux la piquer désagréablement. Elle passa le dos de ses mains sur ses prunelles humides.

Ah, ils faisaient beaucoup d'effort pour elle, qui ne méritait pas autant de considération.

« L'enfant...

- Sera mon fils, ou ma fille, et aura une éducation en conséquence. Je te le promets.

- Tu promets aussi que je ne te gênerai pas ?

- Je te le promets aussi. »

Ces simples mots la soulagèrent tant qu'elle éclata en sanglots comme on se brise en éclats. Sa soeur la prit contre elle et la berça doucement.

« Elie, tu vois, tout va s'arranger, tout va bien aller. »

Par-dessus la dentelle de la robe d'Hermine, les yeux vairons d'Anthony lui sourirent.

« Tu seras heureuse, tu verras. »

Tu verras.



Elinor Bellamy épousa Anthony Tenley le mois suivant, cachant son ventre légèrement arrondi sous une robe bouffante et immaculée. John fut présent, et même s'il avait deviné, il fit semblant de ne rien savoir ; le propre des grands frères était aussi de savoir mentir pour protéger les sentiments de leurs petites sœurs.
Ils emménagèrent dans une grande maison à la périphérie de la ville, où ils firent construire un beau jardin avec un ruisseau artificiel.
Dans leur nouvelle demeure, la petite serre était l'endroit préféré de la jeune mariée, qui y passait des heures à s'occuper de ses fleurs, jusqu'à ce que sa grossesse l'empêche de trop se déplacer.

Elle accoucha le 8 Septembre 1936 d'une petite fille en parfaite santé. Elle fut baptisée la semaine suivante des prénoms de Virginia Mary ; Hermine fut sa marraine, et le père d'Anthony son parrain.

Elinor la ramena chez eux et découvrit à quel point la nature pouvait faire des miracles.

Cette enfant, qui était née d'amour, n'avait eu la vie saine et sauve que de justesse. Une photographie du nouveau-né trouva sa place entre les différentes photos de famille, et le portrait de la sœur aînée d'Anthony, morte la veille de son mariage, et dont Elinor avait entendu parler pour la première fois ce fameux jour de Juin. Elle avait alors cinq ans.
A vingt-et-un ans, elle avait de nouveau l'impression d'avoir la vie devant elle.

Merci, seigneur, pour toutes vos bontés. Merci du fond du cœur.



Hermine avait épousé Elliot et avait accouché dans la foulée d'un petit garçon prénommé Lucian en Novembre 1937.
Oliver se sentait seul à la maison, sans son frère et ses sœurs près de lui. Elinor rendait souvent visite à ses parents pour l'empêcher de cultiver sa solitude, et parce qu'elle aimait profondément cet endroit où elle avait grandi.

Jamais leur manoir n'avait autant résonné de bonheur, et Elinor allait encore rendre visite aux fées près du lac.

En Août 1938, elle tomba enceinte.



Le 3 Septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarèrent la guerre à l'Allemagne.



« Anthony ? »

D'une main, elle caressait les cheveux de sa fille, endormie sur ses genoux. De l'autre, elle tenait fermement le berceau où reposait son fils, comme si elle avait craint que d'un instant à l'autre, il puisse s'évaporer. Depuis l'âtre, son époux haussa un sourcil inquisiteur.

« Tu penses que nous allons mourir ? »

Le feu crépita et une étincelle ricocha contre le carrelage. Anthony l'écrasa sous sa botte, soucieux, avant de se remettre à sourire.

« Non, Elie. Nous allons gagner la guerre, car il ne peut en être autrement. Tu verras, ce sera bientôt terminé. »

Il s'assit à côté d'elle, faisant craquer le bois du canapé, et passa le bras par-dessus ses épaules. Elinor avait besoin d'une étreinte dans laquelle se réfugier, de promesses en lesquelles croire quand rien n'allait plus. Les journées passées à rire à la campagne, à regarder sa fille courir après les papillons et les fées lui semblaient trop lointaines – elle avait peur de ne jamais les retrouver.
Et ce martèlement de malheur, dans sa tête, qui ne cessait pas...

« Tout ira bien, Elinor. »

Il finissait toujours ses phrases par « tu verras », comme si l'avenir était d'ores et déjà tracé, et qu'il en connaissait la conclusion sans vouloir la lui révéler.



« Even though large tracts of Europe and many old and famous States have fallen or may fall into the grip of the Gestapo and all the odious apparatus of Nazi rule, we shall not flag or fail. We shall go on to the end. We shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our island, whatever the cost may be. We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and if, which I do not for a moment believe, this island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God's good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old. »

Winston Churchill, 4 Juin 1940.



La volonté de tout un pays ne parvint pas à garder l'ennemi hors des frontières : dès Septembre, Londres fut bombardé et Elinor partit se réfugier avec les siens dans la maison familiale, à la campagne. Chaque nuit, pendant des mois, elle pensa entendre les bombes tomber dans le jardin, détruire le lac et les bois dans lesquels elle avait passé son enfance. Chaque nuit, elle ne s'endormait pas et gardait un œil obsessif sur ses enfants, descendant les escaliers pour vérifier que ni son frère, ni ses parents n'avaient disparus.

John était parti combattre. Anthony le suivit. En Février 1941, elle se rendit compte qu'elle était enceinte. Un garçon naquit en Octobre de la même année, qu'ils appelèrent Harlan.

Le temps passa, leur maison était intacte, mais les souvenirs ne l'étaient plus depuis longtemps.

Tic, tac, tic, tac.

Elinor cassa la pendule de la cuisine dans un accès de rage.



Lorsque la nouvelle lui parvint, elle n'eut le courage ni de pleurer, ni de pousser un cri déchirant. Elle garda longtemps la lettre sur la table de la cuisine, ouverte, vaquant à ses occupations comme elle en avait l'habitude. Nettoyage, rangement, vaisselle.
Cavan trouva sa fille les mains plongées dans l'eau bouillante, de grosses cloques sur la peau, la lettre encore intacte près de la corbeille à fruits.

A vingt-huit ans, Elinor était veuve.



▬ 16 Février 1944 Londres, Angleterre.

Joyeux anniversaire.

Harlan parlait de lutins à sa mère, de petites bêtes qu'il avait trouvées dans les pots de fleurs de la serre ; Elinor le berçait en souriant, écartant parfois les mains qu'il lui mettait sur le visage pour appuyer ses propos, souvent décousus. Le petit passait du coq à l'âne avec une facilité déconcertante mais butait encore sur certains mots du quotidien. Il était jeune. Sa mère l'écoutait avec tendresse, ajoutant parfois du grain à moudre à ses histoires abracadabrantes.
La tête brune de Virginia apparut derrière le mur séparant le salon de la cuisine au moment où la discussion revenait sur les fées. Elle attendit en se balançant qu'on la remarque, et le gémissement des lattes du parquet avertirent sa mère, dont le sourire s'agrandit à sa vue.

Elle tendit un bras dans lequel la fillette vint se nicher.

« Bon anniversaire, maman ! »

Harlan mit ses mains devant sa bouche et l'imita, jusqu'à l'intonation, « effroyablé » à l'idée qu'on puisse penser qu'il l'avait oublié.
Aucun signe de Milton, dont la discrétion était pourtant tout sauf légendaire.

« Je t'ai fait un dessin, commença la gamine en présentant son œuvre à bout de bras, là il y a toi, là c'est moi, là c'est papa, là c'est Milton et là c'est l'autre. »

Harlan protesta, ce qui fit rire sa grande sœur.

« Et là c'est Harlan. Tu aimes mon dessin ? »

Comme chaque fois que ses enfants avaient un geste envers elle – ce qui n'était pas rare, ils n'avaient plus qu'elle à la maison, les yeux d'Elinor s'emplirent de larmes. Elle pressa le dessin contre son cœur, embrassa sa fille sur les deux joues.

« Il est magnifique. Merci, Ginnie.

- Moi aussi je t'aime, protesta le petit garçon délaissé en se plaçant entre sa sœur et sa mère, avec la possessivité caractéristique de ses deux ans révolus.

- Je t'aime aussi, mon chéri.

- Mamaaaaan... »

Une voix traînante partit du couloir, où émergea un petit garçon de quatre ans enveloppé de ruban brillant. Il lui dit, les larmes aux yeux :

« J'ai voulu emballer ton cadeau et...

- Mon dieu, Milton, mais ce que tu peux être maladroit. »

Avant qu'il ne fonde en larmes, Elinor confia Harlan à Virginia et entreprit de libérer l'enfant de sa prison dorée. Les petits restés en retrait se mirent à rire, arrachant à leur frère une moue boudeuse, qui allait bien durer quelques heures.

Elinor avait insisté pour repartir habiter chez elle après la mort d'Anthony. Elle ne voulait plus imposer sa présence à ses parents, et ce malgré le fait qu'elle savait pertinemment qu'elle ne les dérangeait jamais.
Ses mains avaient mit un long moment à guérir.

« Tu n'as plus mal ? » avait été le leitmotiv de Virginia les mois suivant leur retour, caressant les mains abîmées de sa mère. Elinor avait passé des heures à la bercer et la cajoler à sa naissance ; sa fille était toute sa vie. Elle aimait ses fils, mais ressentait le besoin de compenser pour le mensonge bâtit autour de la naissance de Virginia, dont les cheveux bruns dépareillaient avec les mèches claires de ses frères. Ses yeux, d'un bleu foncé presque anthracite, ressemblaient à ceux de , et de son nez retroussé à son visage rond, elle était tout son portrait.

Milton ressemblait à s'y méprendre à sa mère, Harlan tenait plus de son père, et Virginia...

« Alors, mon ange, ça va mieux ? »

Milton grogna en direction du canapé et l'enlaça à l'étouffer.

« Bon anniversaire ! »



Mais la nuit, elle ne dormait pas.
Elle s'arrachait la peau des bras.
Angoissait seule dans ce lit fait pour deux.

Avait trop de mal à replonger les mains dans l'eau savonneuse, refusait de manger des pommes ou des oranges, dont la seule vue l'horripilait.

Parfois, elle parlait seule, et quand elle ne parlait pas, elle pleurait.
Et c'était toujours à travers ses larmes qu'elle voyait son visage dans le miroir, la poitrine trouée de balles.



L'année de ses trente ans, la guerre fut gagnée par les Alliés, comme Anthony l'avait prédit. Mais à quel prix ?
John revint amoché mais vivant.
Hermine eut son quatrième enfant et sa première fille.
Elinor voyait toujours le visage fantôme de son mari dans tous les miroirs.

Alors que le monde entier découvrait l'horreur des camps de concentration et l'usage de la bombe atomique, Elinor fut internée.



« Je ne sais pas ce qui s'est passé, balbutia-t-elle en jetant un regard perdu à Hermine, qui appuyait le chiffon sur sa paume déchirée, j'ai... je ne me suis pas rendue compte et... »

Elle s'arrêta là, effrayée par le visage grave de sa sœur et ses traits tendus. Ses longs cheveux dorés cascadaient en désordre sur ses épaules, elle qui aimait tant les avoir attachés ; Elinor tendit sa main valide pour les frôler, mais Hermine recula instinctivement.
Cette réaction la blessa profondément, et sa sœur s'en rendit compte. Pour s'amender, elle lui tapota la joue, pâle et froide au toucher.

Des larmes brillaient dans ses yeux sans daigner couler.

« Ne t'en fais pas, Elinor. On trouvera une solution. »

Une solution à quoi ? Elliot occupait les enfants dans le salon, inventant des jeux de mime dont les ombres s'accaparaient son attention. Elinor voyait trouble, ne parvenait pas à s'arrêter sur un détail en particulier.
La tête lui tournait, la martelait sans répit.

« Tu ne te souviens vraiment pas comme cela a pu se produire ? C'est profond.

- Je sais, mais... Non, je me suis retrouvée là sans savoir comment. »

Assise au sol à hyperventiler en appelant à l'aide. Virginia était venue les trouver, toute seule, en suppliant aux larmes qu'on vienne aider sa mère qui se sentait mal.
Hermine n'en dormait plus. Ce n'était pas le premier accident de la sorte, ni la première fois qu'elle la voyait perdre ses repères.

Si seulement une journée près du lac avait pu tout arranger.

Mais Anthony est mort, et les fées...

« Reste-là, lui ordonna-t-elle comme à une enfant turbulente, je reviens tout de suite. »

Elle disparut dans le salon pour retrouver son mari, laissant Elinor endiguer l’hémorragie qui se tarissait peu à peu. La jeune femme souleva le chiffon, observant la large coupure en travers de sa paume, et les égratignures qui constellaient la tranche de sa main. Ses doigts étaient rouges et elle vacilla, sentant un malaise familier lui revenir. Elle détestait la vue du sang.

Bam, bam, bam, hurlaient les tam-tam sous son front brûlant.

« On ne peut pas la laisser comme ça, murmurait pendant ce temps Hermine à Elliot, dans un coin du salon où les enfants ne pouvaient les entendre, elle ne se souvient même plus comment elle a pu se faire ça.

- Et tu es certaine que ça ne peut pas être un accident ?

- Elliot, elle a serré un éclat de verre dans sa main. Elle a brisé le miroir d'un coup de poing. (elle pressa ses tempes avec un soupir douloureux, fichue migraine) Ce genre de chose n'arrive pas par accident.

- Qu'est-ce que tu proposes ? »

Les rires des enfants ravivaient en elle des souvenirs si beaux qu'elle se sentait l'envie de retourner à la cuisine et serrer sa sœur contre elle en pleurant. Retrouver les beaux jours et la complicité, rien qu'un instant, le sourire qu'elle mettait dans chacun de ses mots. Quand avait-elle arrêté de presser gentiment son bras lorsqu'elle lui parlait ?

Hermine ne le savait pas. Elle avait perdu ses jolies manies, une par une, et elle ne s'en était pas rendue compte.
Pense aux enfants avant, Hermine.

« On ne peut pas la laisser comme ça. Si ça empire, un jour, elle serait capable de... »

Elle n'osa pas terminer, par respect pour Elinor.

« Je crois que nous n'avons plus le choix. »

Elliot la prit dans ses bras et la consola. Hermine était une femme forte et il avait appris à distinguer la tristesse dans ses gestes quand les mots et les larmes ne s'y prêtaient pas.

« Je me sens abominable.

- Tu ne l'es pas. Mais la vie l'est, parfois.

- Souvent. »

Leur histoire avait si bien débutée, pourtant.



Il était une fois, dans un manoir perdu au beau milieu de la campagne, une princesse aux cheveux d'or...


     
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Dernière édition par Elinor Tenley le Dim 31 Jan 2016, 22:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »   Mar 19 Jan 2016, 23:26


Histoire


▬ 18 Octobre 1945, clinique Bennett, Angleterre.

Elle avait tempêté, au début, avait pleuré et s'était accrochée à sa robe en la suppliant de ne pas lui faire ça ; mais une fois le bien-être de ses enfants en jeu, elle n'avait plus rien dit.
Silencieuse depuis qu'Hermine s'était rendue dans le bureau du docteur, Elinor fixait ses bottines de velours, traçant des yeux les arabesques de la moquette au sol. L'endroit était beau et bien entretenu, la clientèle était riche. L'établissement était réservé aux femmes, et les hommes n'étaient admis dans le personnel qu'à très petite dose ; le directeur craignait les rapprochements que facilitait l'état de santé de ses patientes.

La clinique pour hommes, qu'il dirigeait aussi, se trouvait sur l'autre versant de la colline.

« La clinique est très réputée et le docteur est un homme bien. Ils te traiteront en être humain, ici, tu n'as pas à t’inquiéter. »

Du coin de l’œil, elle vit une femme passer, comme en transe, les yeux dans le vague. Un frisson la parcourut, remonta jusqu'à ses omoplates.

Est-ce que c'est à ça que je ressemble, moi aussi ?

« Elinor ? »

Elle rencontra les yeux bruns d'Elliot en levant la tête. Il avait porté ses valises jusqu'au fauteuil où elle attendait qu'on vienne la chercher ; avec douceur, il posa le dernier sac à ses pieds.
Elle le remercia d'un sourire timide.

« Ne t'en fais pas pour les enfants, on s'occupera bien d'eux.

- Vous n'allez pas manquer de place ? Vous êtes six déjà...

- Ne t'en fais pas, la maison est assez grande. Et si tu penses que je n'ai pas l'énergie pour ça, tu te trompes ; en fait, je m'ennuie même. »

Il gonfla le torse jusqu'à la faire rire. Du vivant d'Anthony, ils avaient passés des soirées entières à jouer aux mimes, à imiter de grands personnages. Elliot gagnait toujours à ce jeu.

De son vivant, oui...

Elinor se mordit la langue, ses paupières s'abaissèrent. Son beau-frère ne le vit pas, Hermine ayant apparue au bout du long corridor blanc, suivie d'une infirmière au chignon serré.

Elles sourirent à Elinor dans un bel ensemble. L'inconnue, qui devait avoir son âge, se baissa pour prendre ses valises. Lorsqu'Elinor voulut l'aider, elle la repoussa gentiment.

« Ne vous en faites pas, madame Tenley, je vais les porter jusqu'à votre chambre. Le directeur vous attend. »

La pauvre lança un regard perdu à sa sœur.

« Pas le docteur ?

- En fait, le docteur et le directeur sont la même personne. (Hermine serra une dernière fois sa sœur contre elle, profitant de l'angle mort pour s'adresser une grimace coupable) Nous reviendrons te voir.

- Souvent ?

- Autant que possible. »

Elles se séparèrent bon gré mal gré.
Elinor sentit une petite partie de son cœur passer la porte avec Hermine.

« Par ici, s'il vous plaît. »



Le docteur Bennett était un homme profondément humain et sympathique, rôdé aux difficultés que la vie mettait parfois en travers du chemin. Derrière son bureau acajou aux dimensions modestes, afin de rester le plus proche possible des patients, il sembla bien fatigué à Elinor. Mais aussitôt qu'il entendit la porte se fermer, il rangea la lettre qu'il lisait et son sourire lui fit perdre dix ans.

Timide et impressionnée qu'elle était, il fallut qu'il insiste par deux fois pour qu'elle ose s'asseoir.

« Ne vous en faites pas, l'avait-il immédiatement rassurée, vous serez bien traitée ici. J'ai parlé avec votre sœur, tout se présente bien. Vous avez besoin de repos, et vous en trouverez ici. »

Elle lui expliqua doucement qu'elle avait besoin de ses enfants, mais qu'elle les mettait en danger avec ses absences répétées, et que c'était ce qui l'avait poussée à accepter la proposition d'Hermine. Il l'écouta avec une patience toute paternelle – Elinor aurait mit sa main à couper que lui aussi devait avoir des enfants. Deux, trois ? Elle songea à Madame Tenley qui en avait aimé sept mais n'avait pu en voir grandir que deux. A présent, il ne lui en restait aucun.

Le docteur coupa son monologue pour lui demander ce qui n'allait pas. Elle en fut surprise ; tout le monde ne voyait pas le voile que la tristesse jetait parfois sur ses yeux clairs. Elle haussa les épaules, impuissante et dégoûtée.

« Je pensais à ma belle-mère, qui a perdu tous ses enfants, et combien elle doit être triste, peut-être plus que moi.

- Alicia Tenley ? »

Elinor ouvrit grand ses yeux.

« Ah, ne faites pas cette tête, je la connais. Mon fils... Enfin, il aurait dû épouser sa fille, si elle... »

Lui, qui s'exprimait avec une telle fluidité, ne put terminer sa phrase, laissant Elinor se demander si le temps soignait réellement toutes les blessures. Il reprit sans qu'elle ait pu trouver la réponse :

« Je suis désolé pour Anthony.

- Merci. Il était très courageux, vous savez. »

Elle se permit un petit sourire en coin.

« Maintenant, je comprends pourquoi Hermine vous fait tellement confiance. »

Il laissa s'échapper un rire qui la mit en confiance. Il avait bientôt soixante-dix ans, mais ses yeux bleus étaient alertes derrière le verre épais de ses lunettes à monture dorée.

« Et si vous me faites confiance, vous aussi, nous ferons très vite des progrès. »

Elinor le lui promit, tant elle ne voulait pas que ses enfants grandissent trop longtemps loin d'elle.



Les premiers mois furent agréables – la neige tomba en gros flocons sur la campagne, vite balayée par la pluie et ses rafales qui faisaient trembler les murs la nuit. Le docteur retrouvait souvent Elinor assise près de la baie vitrée du salon, les yeux rivés sur l'herbe tendre et les arbres courbées, à se demander si les fées avaient pu trouver un abri pour la journée. Elle ressemblait plus que jamais à une enfant dans un corps d'adulte.

Puis les visions reprirent, et il la trouva plus souvent cachée dans un coin de la chambre, à pleurer ou crier, des phrases décousues et effrayées à la bouche.

Docteur, je pense qu'elle croit voir et entendre des choses qui n'existent pas, lui avait confié Hermine lors de sa première visite, les doigts pianotant nerveusement sur le bois du bureau.

Donovan Bennett ne l'expliquait pas, comme pour beaucoup de comportements : il fallait creuser la surface pour apercevoir les traumatismes et les éléments déclencheurs. Pour ne pas brusquer ses patientes, il attendait qu'elles laissent s'échapper, durant leurs tête-à-tête, le moindre indice sur leurs angoisses répétées.

Certaines, à son plus grand chagrin, ne sortaient jamais de l'état catatonique dans lequel la tristesse les poussait.



« Parfois je l'entends. Parfois, il n'y a pas que lui. »

Lorsqu'elle se tenait sur la véranda, à observer les silhouettes des autres femmes s'agiter dans le jardin, les arbres prenaient des formes biscornues, humaines, brisées et rafistolées comme à la guerre : il y en avait des centaines, des hommes et des femmes, des vieillards et des enfants. Il s'approchaient d'elle mais s'arrêtaient à hauteur de la rambarde, sans jamais la toucher.
Elinor fermait les yeux, car elle préférait l'obscurité au vide qu'elle lisait dans leurs orbites enfoncés dans leurs crânes décharnés. Ils pleuraient, la suppliaient de les aider. Il y en avait en uniformes, d'autres encore étaient des civils, certains enfants étaient trop petits pour marcher.

Elle aussi, elle pleurait, mais elle parvenait toujours à distinguer les traits de celui qui se tenait tout en avant, prêt à lui effleurer la joue comme il le faisait souvent avant de s'endormir.

« J'aimerais qu'ils disparaissent. »

Les mots que sa mâchoire fracturée formulait, elle n'arrivait jamais à les décrypter.



Doucement, elle dégagea les feuilles mortes de la pierre tombale, sans se soucier de la terre qui se glissait sous ses ongles.

« Bonjour, Augustus. Ça fait un moment. »



▬ 21 Juin 1946, clinique Bennett, Angleterre.

« Tout va bien, par ici ?

- Autant que possible. Le beau temps met la plupart des pensionnaires de bonne humeur. »

Landon leva les yeux au ciel bleu que parsemaient quelques nuages blancs ; un bref coup d’œil au salon lui fit savoir que la plupart des femmes s'occupaient au jardin, à l'ombre des arbres ou sur les chaises posées sur la terrasse.
Le grand terrain, grillagé et surveillé, leur accordait une relative liberté.

« Toujours rien ? »

Donovan secoua la tête, lèvres pincées, plus triste que gêné de devoir lui répondre non.

« Et Madame Collins ?

- Les crises s'espacent, les médicament semblent faire leur effet. On pense diminuer les doses bientôt.

- Et pour Veronica ?

- Elle commence à nous parler, tout doucement.

- C'est bon signe, non ? »

Les deux hommes descendirent les marches reliant la bâtisse principale aux différentes terrasses ; Landon freina brusquement, manquant de faire trébucher le docteur et les multiples rapports qu'il avait sous le coude. Celui-ci protesta pour la forme.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

- Cette femme, là... Je ne l'avais jamais vue. »

Il désigna du menton la blonde accoudée à la table, perdue dans une énième relecture de Raison et Sentiments. La grimace de Donovan ne lui échappa pas, mais il fit semblant de ne pas l'avoir vue.

« Elinor ? Elle est arrivée en fin d'année.

- Elle est magnifique.

- Landon. »

Il était plus difficile, en revanche, d'ignorer l'inflexion lourde de menaces qu'il utilisait chaque fois que son regard se perdait un peu trop.

« Je te l'ai déjà dit : à l'extérieur, ta vie privée ne me regarde pas. Mais ici, ces femmes sont malades, et je refuse que tu leur fasse quoi que ce soit. »

Il connaissait la manière dont il traitait les femmes, dont il les prenait et les jetait dès qu'elles ne lui plaisaient plus – ou ne lui étaient plus utiles. Si au dehors la recherche du plaisir régnait en maîtresse, Donovan refusait catégoriquement de le laisser abuser de jeunes femmes qui n'avaient parfois pas plus de sens des réalités qu'un enfant de cinq ans.
Landon fit un geste évasif de la main et reprit sa marche un rien trop brusquement.

« Ne te fâche pas, je ne fais que regarder. Il n'y a pas de mal, non ? »

Il ne parvint pas à le dérider malgré tous ses efforts.

« Fais simplement ce que je te dis, Landon. Bonne journée. »

La portière de la voiture claqua, et Donovan la regarda s'éloigner sur le chemin de sable avec un pincement au cœur. Il pouvait le tancer en qualité d'ami, il n'en ferait pas moins ce qu'il voulait. Et sa marge de manœuvre était restreinte, et bien que guidée par la morale, impuissante face à l'argent de Landon Brewer, qui restait son donateur le plus généreux.



Il était arrivé derrière elle par surprise, récupérant d'un mouvement vif le pinceau qu'elle avait fait tomber en sursautant.

« Désolé, je ne voulais pas vous faire peur. »

Elinor, cachée derrière le rideau de ses longs cheveux qu'elle n'attachait que rarement, lui lança un regard empli de méfiance.
Ici, elle ne voyait quasiment pas d'hommes ; elle avait beau n'avoir jamais eu peur d'eux, son séjour prolongé ne l'avait plus habituée à leur présence. Elle faillit lui demander s'il avait le droit d'être là, mais opta au dernier moment pour une réflexion plus courtoise.

« Ce n'est rien, j'étais plongée dans mes pensées. Vous êtes... ?

- Oh, excusez-moi, je ne me suis pas présenté ! Landon Brewer, enchanté.

- Vous... Vous n'êtes pas un patient ? »

La question le fit rire, et il lui demanda s'il avait l'air d'une femme. Tandis qu'elle balbutiait que non, gênée, il se permit de tirer un tabouret près du sien, devant la grande toile qu'elle remplissait de vert et de marron.
Elinor fit de son mieux pour reprendre ce qu'elle avait laissé en plan, mal à l'aise à l'idée d'être observée en plein travail. Le docteur Bennett ne la forçait pas à peindre dans la salle commune, puisqu'elle en avait horreur.

C'était un homme très compréhensif.

« Qu'est-ce vous peignez ? »

Elle laissa la peinture verte goûter le long des poils de son pinceau, rassemblant au mieux ses idées éparses.

« … mes enfants, fit-elle finalement en souriant, rajoutant un trait d'herbe près de leurs visages souriants.

- Vous avez des enfants ?

- Trois. Mon aînée va avoir dix ans en Septembre, et je ne serai même pas là.

- C'est votre mari qui s'occupe d'eux ? »

Il lança un regard éloquent à son alliance, mais Elinor ne le vit pas. Ses yeux s'embuèrent instinctivement, et elle replongea dans la contemplation de sa palette, constellée de taches de couleurs.

« Il est mort à la guerre. J'ai la chance d'avoir une sœur et un beau-frère très gentils. »

L'absence de condoléances ne la peina pas mais l'intrigua. Elle osa un regard vers son visage curieusement pensif et sa posture figée. Ses traits n'avaient rien d'extraordinaires, mais il parvenait à avoir l'air beau rien qu'à son sourire. aussi était comme ça, se souvint la veuve en considérant à nouveau son tableau. aussi, oui...

Hey Sunshine.

« Il ne faut pas avoir l'air triste comme ça, reprit brusquement Landon en lui tapotant gentiment l'épaule, il est mort en héros. »

Elle ne lui offrit qu'un maigre sourire pour le remercier. La douleur était toujours là, et ne disparaîtrait pas. Elle avait appris à faire avec. Elle apprenait à faire avec.
Elle faisait de son mieux pour ne pas maculer les collines et les visages de ses dessins de rouge.



Si Elinor n'avait connu ni ni Anthony, elle aurait facilement pu tomber amoureuse de lui. Landon avait tout pour plaire, beau sourire, belle voiture, belles manières et belle carrière. Il possédait tout ce dont une femme pouvait rêver – la fidélité en moins. Ça, Elinor ne le savait pas, et avec toute l'admiration qu'elle avait porté aux hommes de sa vie, dont son père et son frère, elle ne s'imaginait pas les hommes odieux et infidèles.
Oh oui, elle les avait idéalisés, et aucun n'avait failli à ses attentes jusque là.

Elle qui s'était habituée à sa présence, qui l'aimait presque, avait été choquée du baiser qu'il avait voulu lui donner, et plus encore des cris du docteur.

Ils avaient pris soin de son cœur fragile un par un, et qui restait-il pour prendre la relève ?

« Vous n'avez pas à l'excuser, Elinor, ce qu'il a fait est impardonnable, et je le lui avait défendu. »

Elle avait joint ses mains tremblantes contre sa poitrine où reposait la croix qu'elle gardait à son cou depuis son baptême. Leur dispute, plus que ce geste déplacé, avait manqué de la faire éclater en sanglots.

« Docteur, est-ce que c'est vrai, ce qu'il a dit ? (elle baissa les yeux) Que de toute manière, aucune de nous ne guérit ? »

Un soupir partit de l'autre bout de la pièce, où Donovan faisait les cent pas. Il se rapprocha de sa patiente, et lui serra doucement l'épaule, comme il le faisait à ses enfants lorsque leur mère oubliait leurs noms et leur date de naissance.
Ce n'était facile pour personne, et il l'avait su le premier, en retrouvant sa femme perdue au milieu de leur maison.

« C'est faux, Elinor. La médecine fait des progrès chaque année, et nous sommes plus proche chaque jour de découvrir ce qui soulagera définitivement nos patients. Chaque combat est différent. Le vôtre n'est pas perdu – aucun n'est perdu d'avance. »

Il se laissa le temps d'une courte pause avant de reprendre, avec plus d'hésitation dans la voix :

« C'est juste que... Vous souvenez-vous de cette femme, qui passe son temps sous le châtaignier ?

- Oui ? Elle regarde le vide toute la journée, sans bouger...

- C'est sa mère. »

Elinor sentit ses lèvres la brûler et son cœur faire un petit bond douloureux dans sa poitrine.

« … sa mère ?

- Et ma belle-sœur, également. (il haussa les épaules face à sa surprise) A la mort de son mari durant la Grande Guerre, elle s'est étiolée, et la mort de sa fille deux ans plus tard l'a plongée dans un mutisme qui ne se termine pas. Personne ne peut l'expliquer. Je l'ai placée ici, dans l'espoir de pouvoir trouver un traitement adapté. Landon ne cesse de nous financer, parce qu'il a l'espoir qu'on puisse un jour trouver un remède. Mais l'espoir faiblit avec le temps, et il lui en veut. »

- De l'avoir laissé tout seul ? »

Il acquiesça. Prise d'un profond sentiment de mal-être qui la fit frissonner de bas en haut, Elinor passa ses mains sur son visage glacé.
Elle avait envie de pleurer, mais pour la première fois, les larmes ne vinrent pas, laissant au vide qui lui grignotait le cœur le soin d'y faire un trou béant de culpabilité.

Elle accrocha la manche du docteur, le verbe bouleversé.

« Docteur, il faut que j'aille mieux. Il faut que je retourne m'occuper de mes enfants, vous comprenez ? Ils ont besoin de moi. »

Donovan lui sourit.

« Je sais, Elinor. Ça dépend de moi, ça dépend de vous, et ça dépend du traitement. Mais à deux contre un, on peut en venir à bout, n'est-ce pas ? »

Elle le remercia du bout des lèvres, emplie de gratitude.



N'est-ce pas ?



« Il faut que tu t'en ailles. »

Ses yeux étaient comme pris dans du ciment, incapables de se détourner de la silhouette que reflétait la psyché. Mon miroir préféré.

« Tu ne peux pas rester là, va-t-en... »

Elle pouvait presque sentir le froid que ses mains laissaient sur ses épaules en les survolant, comme s'il avait voulu l'étreindre sans y parvenir.
Elle leva les yeux au ciel, laissa s'échapper un sanglot.

« Je t'ai enterré. »

Il restait là à murmurer des mots qu'elle ne comprenait pas.

« J'aimerais seulement que tu arrêtes de pleurer, que tu puisses trouver la paix... »

Il lui faisait écho et le lendemain, elle se réveillerait seule dans sa salle de bain, meurtrie jusqu'à l'âme.



Anthony !
Anthony...



« Anthony... »

Une goutte de pluie s'écrasa sur sa paupière, la forçant à rouvrir les yeux. Pendues sur les feuilles du châtaignier, elles coulaient jusqu'à elle en un « plic » presque audible. Sa robe était humide, la surveillante leur hurlait de rentrer depuis la véranda ; Elinor se redressa, épousseta le tissu pour en enlever les brins d'herbe et la terre, et prit la femme assise à côté d'elle par le coude.

« Venez, Katrina, il faut rentrer. »

Celle-ci se laissa faire, même lorsqu'Elinor remit de l'ordre dans ses cheveux auburns parsemés de mèches grises. L'orage commença à gronder au moment où elles se mirent enfin à l'abri, comme s'il avait attendu sagement qu'elles soient au sec pour zébrer de lumières vives le ciel d'automne.
Elinor demanda à la surveillante la date ; 7 Septembre 1946.

Demain, Virginia allait avoir dix ans.



De chutes en rechutes, Elinor faisait de son mieux pour ne plus les voir – pour faire semblant de ne plus les voir, mais le docteur Bennett savait qu'elle mentait car ses yeux écarquillés semblaient toujours guetter une ombre imaginaire dans le coin de chaque pièce.
Les médicaments la rendaient léthargique, parfois malade et incapable de se lever. Une surveillante qu'elle aimait beaucoup et qui s’appelait Constance lui lisait les lettres qui lui parvenaient de sa famille : Virginia pensait beaucoup à elle, et Milton et Harlan avaient hâte qu'elle revienne.

Tante Hermine et Oncle Elliot sont gentils, mais ce n'est pas pareil sans toi, lui écrivait sa petite fille (déjà si grande) avec la calligraphie d'une élève appliquée et consciencieuse. Elinor dormait avec les lettres sous son oreiller, puisant en elles la force de se lever chaque matin et de faire face à son miroir.

Pendant des mois, il n'y eut rien ; elle crut voir le bout du tunnel.

Puis en début d'année, Hermine lui adressa un billet si court qu'il l'effraya immédiatement. Elle faillit s'évanouir en le lisant.
En jouant à l'extérieur par ce temps froid et pluvieux qui chargeait le ciel de gros nuages noirs, Virginia était tombée gravement malade.



Ses journées n'avaient plus ni début ni fin, et elle pleurait tout du long. Elle hurlait dès qu'on approchait un miroir d'elle, fermait les yeux pour ne voir aucune image déplaisante. Elle suppliait qu'on la laisse rentrer chez elle, près de sa fille qui se sentait mal et qu'elle voyait déjà morte. Le docteur faillit céder puis se reprit et la secoua pour qu'elle se calme ; sans lui, elle se serait laissée mourir de faim par chagrin.

« Ressaisissez-vous, Elinor ! Pensez-vous que votre fille veuille vous voir dans cet état ? C'est pour elle que vous êtes ici, alors faites un effort ! Elle n'est pas morte, priez. Espérez. Ne vous lamentez pas, vous ne faites qu'ajouter à votre détresse et à celle de vos proches.

- J'ai prié pour Anthony, et il est mort malgré tout. »

Il devait calmer les sanglots hystériques qui la faisaient tressauter.

« Mais votre fille ne l'est pas. Les enfants tombent malades, et ils s'en remettent. Votre sœur  fait tout son possible. Vous avez confiance en votre sœur ? »

Parce que la main d'Hermine dans la sienne était une de ces sensations qui ne la quittaient pas depuis l'enfance, elle respira et ravala un dernier sanglot.
Tout autour d'eux, les femmes s'étaient tues, et les fixaient sans oser prononcer un mot.

« Je ne veux pas qu'elle meure, vous comprenez, c'est ma petite fille...

- Je sais, je sais. Ne la pensez pas morte. Elle est encore en vie. »

Une main passa dans ses cheveux ; une jolie rousse lui adressa un sourire maladroit.

« Ça va aller, tu sais, on pensait que mon fils ne se remettrait jamais de sa maladie, et pourtant il vient de se marier.

- Oui, renchérit une autre, bien plus jeune, il ne faut pas perdre espoir ! C'est comme ça qu'on attire la malchance. »

Elinor se retrouva bientôt submergée de messages d'encouragement, et la petite Veronica vint l'embrasser car « son inquiétude lui rappelait celle de sa maman », décédée dans l'incendie de leur maison l'an passé.
Donovan, en retrait, observa avec fierté et satisfaction ce que beaucoup refusaient de voir en ces femmes cloîtrées, blessées et qui tentaient tant bien que mal de panser leurs plaies.



Pour se calmer, Elinor passait son temps à l'extérieur, sous le grand châtaignier qui surplombait le jardin. Elle faisait beaucoup de tricot pour se distraire, de broderie, gardant un œil attentif sur Katrina sans trop bien savoir pourquoi. Une fois assise dans l'herbe, la mère de Landon ne bougeait plus, gardant son regard brun fixé sur l'horizon, peut-être sur un point imaginaire qu'elle seule voyait. La jeune femme était pourtant persuadée qu'il devait s'en passer, des choses, sous ce front bizarrement lisse.

Parfois, elle lâchait ses écharpes et ses taies d'oreiller et lui racontait son enfance, son adolescence, les meilleurs moments comme ceux qui l'avaient marqués à jamais. Elle lui parla longuement de son frère, de sa sœur, de la tombe d'Augustus dans le parc, d'Anthony et son rêve le plus cher, celui de devenir soldat ; des enfants qu'il lui avait donné. Elle passait toujours sous silence, comme si cela pouvait exorciser son souvenir. Elle le fit inlassablement durant des mois et des mois, même après que la lettre de Virginia lui soit parvenue. Landon était allé la chercher lui-même, pour se faire pardonner, et Elinor avait pu lire les premiers mots que sa fille avait tenu à écrire une fois rétablie. Je prends bien soin de moi et de mes frères et je t'aime très fort, ne t'inquiète pas.

Elinor la lui lut, répéta plusieurs fois le nom de Landon.

Mais rien n'y fit.



▬ 18 Janvier 1948, clinique Bennett, Angleterre.

« Ça ne s'améliore pas, n'est-ce pas ? »

Le sourire d'Elinor était coupable, sa colère et sa déception uniquement dirigées vers elle. Le docteur n'avait rien à y voir ; il avait rejoint le panthéon de ces hommes grandioses, de ceux qui donnent un petit bout de leur vie aux autres.

« Je le vois encore. Je n'arrive pas à... Je sais que c'est dans ma tête, vous me l'avez dit. Mais tout paraît si réel... »

Les rapports de ces deux dernières années étalés sur le bureau, Donovan lui demanda de répéter pour la énième fois ce qu'elle voyait.

« Ma main me fait encore mal, quand j'y pense. C'est... J'aimerais juste qu'ils arrêtent de pleurer. C'est terrible, ce qui s'est passé là-bas. Mais je n'y peux rien. Et je ne sais pas comment apaiser leurs souffrances. »

Elle lui dit qu'elle n'arrivait pas à savoir ce qu'Anthony essayait de lui dire. Le docteur Bennett se leva, fit le tour de son bureau pour prendre place dans le fauteuil voisin à celui d'Elinor. Elle enroulait ses longues mèches blondes et ternes autour de ses doigts minces ; on pouvait difficilement comparer leur éclat à celui du soleil, à présent. L'angoisse et l'attente l'avaient minée.

« Peut-être, osa-t-il dans l'unique but de trouver une solution à un problème qui durait depuis trop longtemps, que vous prenez la chose à l'envers. »

Elle parut nager en pleine confusion.

« A l'envers ?

- Oui. Écoutez ça ; vous pensez que votre mari vient vous rendre visite car il ne trouve pas la paix. Mais si c'était le contraire ? Si c'était vous qui ne trouviez pas la paix ? S'il essayait juste de vous aider ?

- Je...

- A-t-il dit « aide-moi » ? Ou a-t-il simplement voulu vous consoler ? »

Par réflexe, Elinor serra ses bras autour d'elle, effleura ses épaules. Repensa à cette main tendue vers sa joue.
Elle dut réprimer un sanglot.

« Vous croyez que c'est pour ça ?

- Je ne sais pas. Mais je sais que je déteste voir ma femme pleurer, parce que je l'aime. »

Et Anthony vous aimait.
Elle s'était remise à fixer le vide, perdue dans ses pensées. Donovan sut que c'était à lui de donner l'impulsion à la conversation, de provoquer une réaction. S'il la laissait se taire, elle se tairait peut-être pour toujours, comme tant d'autres avant elle.

« Mais pourquoi pleurez-vous, Elinor ?

- Je...

- Vous n'en avez pas la moindre idée ? »

Elle chiffonnait le tissu clair de sa longue jupe comme s'il avait pu lui apporter la réponse.

« Parce que mes enfants me manquent.

- Mais vous pleuriez avant ça. »

Elle secoua vivement la tête de gauche à droite.

« Non.

- Hermine me l'a dit. Elinor, essayez de vous concentrer. »

Il pointa un doigt sur ses mains, où les traces de peinture laissaient des rubans de couleur verte, bleue, jaune.

« C'est à cause de , n'est-ce pas ?

- Je ne sais pas. Je ne me rappelle même plus de son visage.

- Mais vous vous souvenez de lui. »

Elinor poussa un soupir pitoyable.

« Racontez-moi ce dont vous vous souvenez. Qui il était. C'est sa faute si vous pleurez. Il faut tout me dire. »

La jeune femme resta silencieuse deux longues minutes, la tête entre les mains. Ses migraines la prenaient aux moments les moins opportuns, quand l'effort devenait une véritable torture.
Finalement, elle ouvrit ses lèvres sèches, la voix blanche.

« Il m'avait dit que... son père était né plus au nord, dans une famille de mineurs. Qu'il était parti parce qu'il voulait une autre vie pour ses enfants. Alors il est venu à Londres, où il a rencontré sa femme... Sauf que l'usine, ce n'est pas vraiment mieux que la mine, on s'y tue tout autant. On n'y gagne pas plus. disait souvent qu'il aurait aimé une vie plus simple, lui aussi, gagner plus et vivre plus longtemps... Mais qu'on échappe pas à son milieu aussi facilement. »

Elle cogna ses paumes contre ses tempes, agacée.

« Virginia lui ressemble. Les mêmes yeux, les mêmes cheveux, le même visage. Mais son visage, je ne m'en rappelle pas. Je vois juste celui de Virginia, et je sais qu'elle lui ressemble. Alors je me contente de penser. »

Un nouveau silence.

« Je l'aimais, docteur. Mais il est parti.

- Et vous pleurez, depuis.

- Je ne sais pas. Je pensais m'en être remise.

- Vous mentez encore. »

Elle lui sourit à demi.

« Il faut croire que je pense mal. Très mal. Toujours. »

Donovan n'avait pas pris de notes ; c'était inutile. Il ne risquait pas d'oublier ce qu'elle venait de lui confier, si triste qu'il peinait à penser qu'elle n'ait pas craqué avant. Peut-être qu'avant, il y avait Anthony, et que sa présence suffisait à maintenir les morceaux ensemble. A sa mort, tout s'était de nouveau désagrégé.

Elle avait repensé à lui.

« Et c'est ma faute si Anthony pleure. Mais je n'arrive pas à arrêter de pleurer. Docteur, aidez-moi, je ne veux pas rester loin de mes enfants... »

Il prit la main qu'elle lui tendait et la serra délicatement, tant il avait peur, d'un instant à l'autre, de la voir s'effondrer.



Le crayon glissa contre le grain épais du papier ; Elinor n'avait jamais été mauvaise en dessin, et le visage d'Anthony gardait cet air familier, ce sourire en coin qu'elle lui avait connu dès sa plus tendre enfance, quand ils passaient leurs journées à crapahuter dans les bois autour du lac. Elle passa une main à la paume grise sur le dessin et le tint à bout de bras pour mieux le voir, comme le faisait Virginia.

Est-ce qu'elle le fait toujours ?

« J'aimerais vraiment que tu arrêtes de pleurer, je n'aime pas te causer du tort. Tu m'as rendue tellement heureuse, ce n'est pas ta faute si tu es mort et si je suis triste. »

Le vent lui porta les notes de musique d'une amie qui s'exerçait à la flûte, en bas de la petite colline.

« Non, ce n'est pas ta faute. »

Un sursaut lui fit lâcher le papier lorsqu'une main se posa sur son bras, les ongles longs s’enfonçant dans le tissu sans la blesser.
Katrina la regardait, l'air de sortir d'un mauvais rêve. Elle n'avait pas parlé depuis tant de temps que sa voix s'échappa comme une voleuse, rocailleuse.

« C'est vrai, ce n'est pas leur faute s'ils sont morts et que nous sommes tristes. »

Une larme dévala sa joue ridée et pâle. Elinor se redressa, prit ses mains entre les siennes pour la réchauffer.

« Katrina, vous m'entendez ? Vous pouvez parler ? »

Elle crut qu'elle allait se taire et en poussa un gémissement de détresse.

« Bien sûr, je crois... Vous m'avez raconté tant de choses. Votre pauvre mari. Vos pauvres enfants. Les miens sont morts.

- Non, non ! Il vous reste votre fils ! Landon, vous vous souvenez ? Donovan... Votre beau-frère m'a dit que c'est vous qui aviez choisi son nom.

- Landon...

- Oui, Landon. »

Elle n'éclata pas en sanglot, pas plus qu'un sourire ne vint égayer son visage maigre.

« Mais ce n'est pas non plus notre faute si nous sommes tristes, n'est-ce pas ? »



Elinor ne voulait pas finir comme Katrina, qui ne se réveillait que pour mieux se détester et se souvenir que la vie avait été cruelle avec elle. Elle ne voulait pas se recroqueviller dans un monde imaginaire, loin de ceux qui lui restaient. Elle avait peut-être perdu Anthony, mais il lui restait ses enfants. Elle mourrait d'envie de les revoir. Elle voulait vivre avec Hermine et Elliot, ne plus jamais partir loin d'eux.

Il y avait tant de gens qu'elle aimait au-dehors, et qui attendaient son retour. L'attente et l'échec étaient insupportables. Elle saisit le premier moyen à sa portée.

A l'époque, on pensait que ça faisait des miracles, on ne savait pas.



« Tu dois être contente d'être revenue, n'est-ce pas ? Moi je suis heureuse. »



Hermine s'était braquée tel un cheval en colère, forçant son mari et ses parents à la faire taire pour rendre les paroles du docteur compréhensibles ; même après avoir été battue à trois contre un (certes, pas de gaieté de cœur, mais tous se languissaient autant qu'Elinor), elle continua de faire le tour de la maison en grommelant, effrayant les enfants.

« C'est une très, très mauvaise idée ! Je vous aurai prévenus !

- Minnie, nous n'avons pas le choix. (il bloqua les poings qu'elle voulut lui écraser contre la poitrine) Elinor le veut, et si nous continuons d'attendre, elle restera là-bas pour le restant de ses jours.

- Il doit y avoir une autre solution ! Ça va la tuer, Elliot !

- Toute opération comporte des risques, mais nous ne saurons pas tant que nous ne l'aurons pas fait.

- C'est ma sœur, je ne veux pas la voir souffrir.

- Parce que tu l'as trouvée heureuse, la dernière fois que nous sommes allés lui rendre visite ? »

Elle battit en retraite, touchée en plein cœur. Elle repoussa les gestes d'affection de son mari, plus furieuse que jamais.

« Nous n'avons plus le choix. C'est ça, ou bien nous choisissons de la regarder dépérir lentement.

- C'est injuste, tellement injuste. »

Il ne répondit rien car ils avaient le même avis sur ce point : c'était injuste et Elinor ne méritait pas ça. Elliot se souvenait de la petite jeune fille polie et timide qu'il avait rencontrée des années de ça.
Et Hermine avait trop de mal à laisser partir sa sœur. C'était elle qui avait choisi de la placer dans cette institution, et elle prenait toutes les régressions et les erreurs pour elle. Il avait beau lui répéter qu'elle aurait fini par se tuer ou faire pire si elle était restée parmi eux, elle refusait de l'écouter.

Hermine aimait sa sœur, et la culpabilité allait l'étouffer s'ils ne faisaient rien.

« Ça ira, Hermine. John est parti la voir.

- Il est allé la voir ? »

Elle ne se sentit pas longtemps vexée qu'on ne lui ait rien dit.

« J'espère qu'il pourra la soulager, ne serait-ce qu'un peu.

- J'espère aussi », murmura Elliot en enlaçant sa femme, qui lui rendit son étreinte.



Personne n'avait prévenu Elinor ; l'opération, programmée pour la semaine d'après, était tout ce dont elle se préoccupait depuis un mois et demi. Lorsqu'il posa ses mains sur ses yeux, elle faillit hurler.

« Que...

- Tu ne me reconnais pas ? »

Son cœur aurait pu s'arrêter de battre de joie. Elle se défit des doigts qui l'aveuglaient et se jeta sur son assaillant, lequel faillit atterrir dans un fauteuil à quelques pas de lui.

« Oh, doucement !

- John ! Mais qu'est-ce que tu fais là, on ne m'a pas prévenue, on...

- Je me suis échappé, plaisanta son frère en lui adressant un clin d’œil complice, j'ai volé la voiture de notre père et il n'a rien vu.

- Menteur ! » S'exclama-t-elle en lui frappant gentiment le bras, le plus grand sourire qu'elle ait eu depuis des mois aux lèvres.

Sous l’œil vigilant d'une des surveillantes, ils passèrent dans la véranda et s’assirent sur les chaises de bois blanc qui y étaient disposées. Ils parlèrent de tout et de rien un long moment durant, de sa femme, de ses enfants, de la vie à Londres, avant que John n'ose aborder le cœur du problème.

« Noore, tu comptes vraiment faire ça ? »

Elle lut la réprobation dans sa voix et fit la grimace.

« Oui. Je n'ai pas d'autre choix. Si je ne le fais pas, je vais continuer à aller mal, et on ne voudra pas me laisser sortir... J'ai besoin de vous, je ne veux pas rester ici.

- Tu sais que ça peut être dangereux.

- Je prends le risque. J'ai tout essayé, rien ne marche. Et les médicaments m'assomment tellement... A quoi pourrais-je servir, allongée toute la journée ? John, je t'en prie, ne dis pas que tu ne veux pas que je le fasse. »

Il savait que s'il lui disait non, elle le ferait la mort à l'âme. Elle l'admirait trop pour ne pas prendre son opinion en compte. Parce qu'il ne voulait pas lui causer plus de tourments, John lui assura qu'il ne la dissuaderait pas.

« Je voulais juste être certain que tu connaisses les conséquences avant de le faire. »

Elle le remercia, le rassura, et ils parlèrent encore deux heures de plus avant qu'il ne doive se retirer. Le chemin jusqu'à Londres était long, et il voulait arriver chez lui avant la nuit.

« Embrasse bien Imogen et les enfants pour moi. Tu sais que je les aime.

- Et nous t'aimons aussi. Ne l'oublie pas. »

Elle s'accouda à la rambarde pour le voir partir. Elle pouvait sentir un vent froid lui embrasser la nuque, mais elle ne se retourna pas, se contentant de serrer son collier contre son cœur en pensant à son frère aîné. Si elle trébuchait, ce n'était pas grave, elle savait qu'elle aurait toujours quelqu'un pour la redresser.

Toujours.



Le baiser mortel de la longue aiguille lui laissa une cicatrice à l’œil. Pendant des jours, Elinor ne vit rien, ne sentit rien, n'eut pas la force de se lever. Au bout d'une semaine, les voix et les visions disparurent, et avec elles l'anxiété et la tristesse.

Elles emportèrent tout le reste.



▬ 17 Avril 1949, clinique Bennett, Angleterre.

« Je vous préviens, elle ne veut voir personne... »

Cavan fit taire l'infirmière d'un geste autoritaire de la main ; le docteur Bennett lui-même les avait conviés à venir.

« C'est ma fille », lui dit-il comme si cette simple phrase pouvait miraculeusement tout changer. Gênée et un peu triste, l'infirmière s'écarta pour les laissa passer dans le grand couloir menant aux chambres individuelles. Personne ne les autorisa à entrer lorsqu'ils tapèrent à la porte. Inquiète, Pandora demanda à son mari d'ouvrir sans attendre une réponse.
Elinor était assise sur son lit, coiffée et habillée, mais l'air ailleurs. En les voyant entrer, elle ramena ses jambes contre sa poitrine et ferma les yeux.

Ils attendirent qu'elle leur demande de partir. Elle n'en fit rien.

« Elie, ma chérie... »

Sa mère s'approcha tout doucement d'elle et s'assit au bord du lit, passant une main dans ses longs cheveux. Ce geste de tendresse ne lui arracha qu'un recul sans sourire.

« C'est maman, Elie. Papa est là aussi. »

Elle ressemblait à une statue et en avait la chaleur ; le docteur était arrivé entre temps et parlait à voix basse avec Cavan. Pandora se tourna vers eux et lui demanda :

« Elle est glacée. Est-ce que c'est normal ?

- Elle refuse de sortir, lui répondit-il en éludant la question, elle ne veut voir personne, pas même les femmes dont elle était proche. Certes, elle n'a guère plus de symptômes, mais...

- Pas de réactions non plus. »

Ils baissèrent tous trois la tête. Les murs étaient recouverts de tableaux colorés. Parfois, Elinor prenait un crayon pour dessiner, mais n'allait jamais plus loin que quelques croquis sans formes.
Le cœur brisé, Pandora serra sa fille contre son gilet de soie.

« Ça va aller, ma chérie...

- Que peut-on faire ?

- Attendre, l'opération est assez récente... Attendre et espérer. »

Et parce qu'ils ne pouvaient qu'espérer, Cavan et Pandora partirent sans leur fille.
Des mois passèrent sans changements notables. Milton eut dix ans en Mai – sans elle.

Puis vint l'hiver.











▬ 26 Février 1950, Londres, Angleterre.

Toc toc.

« Oui ? Je peux vous aider ? »

La femme qui avait ouvert la porte de la petite maison étroite semblait prendre toute la largeur du couloir ; elle soutenait son ventre de huit ou neuf mois d'une main, l'autre posée sur la clenche en métal.

« Excusez-moi de vous déranger, mais je cherche Jasper Pearson. On m'a dit qu'il habitait ici. »

Surprise, elle regarda l'inconnue de bas en haut, pensant sans aucun doute que ses vêtements noirs mais coûteux juraient avec le trottoir cabossé sur lequel elle se tenait. Elle se plia néanmoins sont mauvaise volonté à sa demande et appela d'une voix aiguë :

« Jasper, quelqu'un te demande ! »

Elle disparut dans une pièce attenante pour laisser la place à un homme de trente-quatre ans aux larges épaules et aux yeux anthracites.
Hermine ne put empêcher son nez de se plisser de mépris, mais elle lui tendit malgré tout les cartons, qu'il prit avec mille précautions, les sourcils arqués. Il avait reconnu la sœur d'Elinor, qui lui ressemblait tant.

Elle avait relevé le voile qu'elle avait passé sur son visage pour mieux le distinguer. Ses yeux rougis ne le lâchèrent pas du regard, pas même une brève seconde.

« Elle est morte la semaine dernière, lâcha-t-elle sans se soucier d'être délicate, je sais que c'est sans doute cruel, mais je n'ai pas envie d'être la seule à pleurer. Et puis, elle vous les avait adressés. »

Plus aucun mot ne sortit de ses lèvres pincées, et elle se retira aussi brusquement qu'elle était arrivée. Jasper cligna des yeux, baissa la tête vers les tableaux qu'elle lui avait remis. Le premier représentait un homme assis dans l'herbe sous un grand soleil, et il se reconnut à la casquette qu'il portait dans sa jeunesse.
Une tête brune passa entre son bras et la chambranle de la porte, curieuse.

« C'était qui ?

- Personne, Beckie, retourne à l'intérieur.

- C'est toi qui as dessiné ça ? »

Le « Rebecca » dramatique de sa mère la fit reculer pour de bon, non sans un gros soupir.

You're my sunshine.



« Virginia, ça ça va ? »

La jeune fille se prit dans le nez le bouquet de fleurs des champs que son cadet lui tendait avec hâte, les yeux brillants. Elle le lui prit des mains non sans le gronder et posa les fleurs sur la plaque tombale.

Augustus Oscar Bellamy
18 Avril 1910 – 30 Juin 1912

« Oui, c'est parfait. »

Harlan se laissa tomber à côté d'elle, ravi d'avoir accompli sa besogne avec succès, et poussa une feuille qui s'était accrochée à la tombe du bout du doigt. Un silence respectueux régnait toujours dans cette partie du parc, brisé de temps à autre par les cris des oiseaux et ceux des enfants, qui n'arrivaient jamais à ne pas se disputer. La volonté ne manquait pas, pourtant.
Virginia rétorquait à sa tante que Harlan était tout simplement infernal et intenable, ce à quoi le concernait répondait par de grands cris outrés.

« Où est Milton ? Demanda celui-ci en se retournant, à la recherche de la tignasse blonde de son frère à travers les feuillages. Virginia haussa les épaules, jetant à son tour un vague coup d’œil aux bois.

- Il ne devrait pas tarder. Il m'a dit qu'il faisait un gros bouquet. »

A ce moment précis, une voix s'éleva de derrière le large tronc d'un arbre.

« Quand on parle du loup... »

Sortit des bosquets Milton et son énorme bouquet de fleurs, lequel faillit atterrir sur Virginia lorsque le petit garçon freina un peu trop brusquement à hauteur du mémorial. Elle s'exclama vivement qu'on aurait dû la payer pour s'occuper de deux maladroits pareils, rassurant Milton qui se sentait coupable et réitérant sa menace à Harlan avant de poser les fleurs sur la tombe voisine.

Ils s'assirent tous, mains jointes pour une courte prière. Les plaques de marbre reflétaient le ciel bleu de Juillet et l'herbe, sèche, prenait tout autour d'eux une teinte brune et dorée.

« Tu crois qu'elle est heureuse ? Demanda Harlan en ouvrant un œil, surpris que sa sœur ne le gronde pas pour avoir interrompu leur moment de recueillement.

- Sûrement. Vu qu'on est heureux, elle doit l'être aussi, elle nous aimait tellement. »

Harlan, qui ne se souvenait plus de sa mère, choisit de la croire sur parole.

Elinor Rebecca Tenley, née Bellamy
16 Février 1915 – 18 Février 1950

___________________________________________________


My walls are getting wider and my eyes are drawn astray,
I see you now a vague deception of a dying day.
Oh why ?
I fall into the water and once more I turn to you,
and the crowds were standing staring faceless cutting off my view to you.
They start to limply flail their bodies in a twisted mime,
And I'm lost inside this tangled web in which I'm lain entwined.

They start to limply flail their bodies in a twisted mime:
 


Dernière édition par Elinor Tenley le Dim 31 Jan 2016, 22:21, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »   Mer 20 Jan 2016, 21:12

Fiche terminée ehehehfnggjg

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MessageSujet: Re: Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »   Jeu 21 Jan 2016, 02:01

Félicitation
Vous êtes officiellement validée

hihiHIh IHI ELINO R *la fout à la port/PLEURE/
Avant que j'oublie : "avec guerre de poitrine, de hanches ou de cuisse" ce serait plutôt guère ? Je. Pense. Voire cuisses mais je n'ai plus trop foi en mes capacités en orthographe donc je te laisse juge. cvc ♥
Bon sinon j'ai vu genre deux/trois autres fautes mais j'ai oublié entre temps et je te hais CORDIALEMENT.
POUR TOUJOURS.
JE REFUSE DE LA VALIDE R RENVOIE LA CHEZ ELLE WF/TF/PLEURE/
JE T'INTERDIS
TU ME FAIS PLEURER J’ESPÈRE QUE TU ES CONTENTE OK
Non sérieusement ça me fait pleurer je pleure.
JE SOUFFRE GRAVE tout le monde était trop ??? gentil et cool et personne ne mériTAIT QUOI QUE CE SOIT DE CE QUE TU LEUR A FAIT SUBI R FDSXN?KGFDC



C'est pas une validation hyper cohérente mais j'ai aimé cette histoire au cas où tu n'aurais pas compris.
Mais je te hais quand même.
Enfin APPAREMMENT je ne peux pas te recaler pour excès de tristesse donc je te valide quand même. Admire ma générosité. ._.

Tu peux dès à présent recenser ton avatar, ton métier et demander une chambre pour t'en faire un petit nid douillet. Tu peux également poster une demande de RP ou créer ton sujet de liens. Ton numéro va t'être attribué sous peu (hihi) et tu vas être intégrée à ton groupe dans l'instant. Tu es arrivée dans la pièce Est.

Go sunshine.
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Elinor Tenley ▬ « I may have made it rain. »

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