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 Attention, chutes de pianos. | Elisée

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MessageSujet: Attention, chutes de pianos. | Elisée   Lun 26 Juin 2017, 00:39

02|04|27


Le Grand Théâtre d'Asphodèle se dressait, pareil à une pierre tombale géante grisâtre, au milieu du centre-ville tout aussi grisâtre. Un détail différait cependant de l'ordinaire : le grand échafaudage bancal, brun pâle tranchant sur son support en noir et blanc, qui semblait s'agripper à la facade de toute la force de ses multiples bras filiformes. Une seule silhouette, solitaire, semblait avoir été dépêchée pour faire des acrobaties là-haut. Et perché comme il l'était, à plusieurs mètres de hauteur, Delhan était plutôt satisfait à ce moment-là de ne pas être sujet au vertige.
Le jeune homme était équipé de solides bottes à semelle épaisse, de gants noirs de protection et d'un simple polo blanc maculé de peinture grise. Il avait noué sa veste d'uniforme autour de sa taille environ une heure plus tôt, parce que même sans soleil pour lui taper sur la nuque, il avait quand même fini par avoir chaud à force de s'agiter sur son perchoir. A ses pieds, plusieurs carcasses de pots de peinture grise jonchaient la plate-forme précaire de l'échafaudage, et d'autres, pleins, supportaient des pinceaux et rouleaux rudimentaires en tout genre.
C'est qu'il n'était pas monté là-haut pour le plaisir, hein.

Quelqu'un avait en effet trouvé amusant de dessiner sur le mur, dans la nuit, de grands pictogrammes plus ou moins explicite (selon l'heure de la soirée, sans doute) qui juraient apparemment affreusement avec la sobriété extérieure du théâtre.
Pour ce qu'il savait des comédiens, Delhan ne trouvait pas forcément que les phallus qu'il recouvrait à l'heure actuelle d'une généreuse couche de peinture grise soient si hors-sujet que ça.
Mais bon, fallait avouer que ça faisait désordre.

Le jeune homme s'apprêtait à faire une pause pour soulager la tension dans ses épaules lorsque le la chance le lâcha. Il laissa retomber son pinceau, s'étira, recula d'un pas, et sa botte alla directement heurter le pot de peinture ouvert dans lequel il puisait une minute plus tôt. Pot en l'occurrence dangereusement proche du bord.
Ca aurait pu être pire ; solide comme il avait l'air de l'être - c'est-à-dire, selon les références de l'âge de pierre - l'échafaud aurait pu s'écrouler sous lui. Ou il aurait pu perdre l'équilibre et tomber. Ou un mec qu'il supportait pas aurait pu passer dans le coin - bref, un tas de choses super chiantes auraient pu se produire, bien pires qu'un pauvre pot de peinture qui se casse la gueule.
Mais ça aurait aussi pu être mieux, parce qu'il y avait quand même pas mal de gens qui passaient sous cet échafaud.

Delhan se retourna dans la foulée et, une fois n'est pas coutume, une exclamation lui échappa :

« Wow. Attentio- »

Comme au ralenti, le pot de peinture hésita un instant au bord du gouffre, d'un air d'héroïne tragique prenant son élan, puis tomba proprement dans le vide. L'instant suivant, Delhan entendit un "CLONG" métallique sonore attestant que le malheureux avait fait connaissance avec le sol pavé. Puis une exclamation verbale qui n'avait manifestement pas été produite par un quelconque cylindre en ferraille.
Oups.
La main gantée du jeune homme alla saisir l'une des rembardes qui l'entourait, et un regard vers le bas l'informa que feu son pot de peinture avait bien failli défoncer le crâne d'une jeune femme innocente qui passait par là.
Bon, innocente, c'était vite dit. Personne n'était innocent sur Terre, d'abord. Et à fortiori dans le coin.
A côté de ça, l'innocente-pas-innocente avait peut-être échappé à la commotion cérébrale expresse, mais pas à la vague de peinture libérée par un pot de peinture décidément bien trop enthousiasme face à son dernier saut.

« Ahhhh... »

Certaines personnes ont le bon goût d'avoir l'air contrit ou, au moins, gêné, quand elles font tomber un pot de peinture sur quelqu'un. Même si c'est le genre d'incident qui n'arrive pas tous les jours. Il est plus rare de voir le fautif afficher une expression sur laquelle on ne saurait se décider entre ennui agacé, amusement, ou totale indifférence. Disons qu'il y a plus poli, comme réaction.
Or, c'est exactement de ce genre d'air - et du ton qui va avec - que Lhan ponctua son "Ahhh" contemplatif.
La suite ne fut pas plus conventionnelle :

« Belle journée, non ? » Enchaîna le jeune homme en s'accoudant à son échafaudage, souriant à la nouvelle venue comme si de rien n'était.

Les sourires de Delhan n'avaient jamais l'air très chaleureux. Quand ses lèvres souriaient, ses yeux, légèrement étrécis, fixaient son interlocuteur sous ses paupières dont le plissement semblait parfois ironique, parfois moqueur ; mais généralement, l'intention réelle était difficilement identifiable avant qu'il ne passe à la raillerie ouverte. Il avait l'air d'attendre qu'un détail le décide sur la sauce à laquelle il allait manger son interlocuteur.
Ou interlocutrice, en l'occurrence.

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MessageSujet: Re: Attention, chutes de pianos. | Elisée   Sam 05 Aoû 2017, 21:28

Élisée fixa un long moment sa peau et ses vêtements souillés de peinture ; le silence lui sembla durer une éternité, éberluée qu’elle était qu’il pleuve des pots de peinture à Asphodèle. Une voix partit du ciel pour dissiper ses doutes, et elle n’appartenait pas à Dieu.
La journée n’avait pourtant pas si mal commencé.

Se réveiller seule et déjeuner seule était dans ses habitudes – morte ou vive, son quotidien n’avait guère changé et ce qui la mettait le plus mal dans toute cette histoire, c’était la laideur de sa « maison » et des vêtements qu’elle devait porter sous peine de se faire embarquer fissa par un énième satyre en uniforme. Élisée s’était naïvement dit, suite à l’empoignade animée qu’elle avait eu avec le grossier personnage du début, qu’elle n’en verrait pas de plus horribles. Elle s’était lourdement fourvoyée. Cet endroit ressemblait à un cirque, avec une marée de gens en uniformes et d’autres pires encore, qui affichaient des difformités qu’un être humain aurait été bien en mal de s’imaginer de son vivant. Il lui avait fallu du temps pour intégrer qu’il ne s’agissait pas de déguisements, et autant pour cesser de faire la grimace à chaque corne ou membre surnuméraire. Elle aurait aimé que quelqu’un soit là pour l’applaudir ; elle ne lésinait pas en sacrifices depuis qu’on l’avait parquée dans ce quartier résidentiel sans charme aucun.

Hélas, personne ne mesurait ses efforts à leur juste valeur. Elle était seule dans sa maison, quoique l’employé du début lui avait fait comprendre que ce ne serait pas toujours le cas. Soit ! Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu de désagréable compagnie à dîner. Depuis qu’elle n’avait plus à manger en face de Bernadette, à vrai dire.
Élisée savait que quiconque l’aurait targuée de pessimisme, voire de méchanceté gratuite, mais elle préférait le terme « réaliste ». Elle était anxieuse malgré elle et cela ne l’aidait pas à voir les choses sous un meilleur angle.

La peinture grise, laide et fade ne l’aida pas plus. Ses lèvres bloquées sur une ligne droite, les yeux levés vers un singe perché sur un drôle d’échafaudage, elle se maudit de ne pas les avoir levés plus tôt. Son esprit raffiné était attiré par le beau ; le théâtre lui avait semblé être la destination la moins absurde sur le moment. Un endroit où ses goûts exigeants pourraient être comblés. Pas une zone de tir à ciel ouvert, où le but était d’arroser le plus de passants possibles.

Et qu’essayait-il d’effacer, d’ailleurs ?

« Belle journée, non ? » Lui envoya le jeune homme avec un culot qui lui donnait le droit de prendre la hache et de le faire descendre aussi sec ; Élisée connaissait le manuel des bonnes manières sur le bout des doigts, elle savait qu’elle en avait le droit.
Du reste, la politesse ne semblait étouffer ni l’un, ni l’autre.

Avec une morgue parfaite, elle croisa les bras sous sa poitrine. Elle claqua son talon haut contre le pavé pour manifester son mécontentement.

« Belle journée, en effet. Beau travail, ajouta-t-elle en lui adressant un joli sourire de carnivore prêt à passer à l’attaque, descendez-donc que je vous félicite comme il se doit. »

Elle jeta une œillade menaçante aux restes du pot de peinture.
Quand s’était-elle entraînée au lancer pour la dernière fois ?

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Fly away, meadowlark.
Fly away in the silver morning.
If I stay, I'll grow to curse the dark,
So it's off where the days won't bind me.
I know I leave wounds behind me,
But I won't let tomorrow find me
Back this way.

Before my past once again can blind me,
Fly away.

And we won't wait to say goodbye,
My beautiful young man and I.

Mourir d'un amour qui ose éviter les roses:
 
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