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 Mattis Janow-Kielan ▬ « Lights will guide you home »

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- C 00 082034 21 06 D* -
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DOSSIER
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Circonstances des décès  :
Métier  :

MessageSujet: Mattis Janow-Kielan ▬ « Lights will guide you home »   Jeu 31 Juil 2014, 22:35


When you try your best,
but you don't succeed
When you get what you want,
but not what you need
When you feel so tired,
but you can't sleep

Stuck in reverse

And the tears come streaming down your face
When you lose something
you can't replace
When you love someone,
but it goes to waste
Could it be worse ?
Nom : Janow-Kielan.
Prénom : Mattis.
Surnom : Matt' ; Matti.
Sexe : Masculin.
Âge effectif : 19 ans.
Âge apparent : 19 ans.
Date de naissance : 05/04/2015.
Date de mort : 25/08/2034.
Arrivé depuis : Vient d'arriver.
Orientation sexuelle : Hétéro.
Groupe : Commotus.
Nationalité : Polonais.
Langues parlées : Polonais, Anglais, Allemand.
Ancien métier : Il allait entrer en Médecine.
Métier actuel : Office Boy dans les bureaux administratifs.
Il s'amuse à faire du rangement, vous servir du café si vous le souhaitez, faire des courses pour vous, ce genre de choses ...
Sinon, il est aussi devenu l'assistant d'un photographe.
Il l'aide à ranger, prendre des rendez-vous, développer les pellicules. En contrepartie, il lui passe du matériel quand il en a besoin.
Casier Judiciaire


▬ Crimes commis :
▬ Circonstances du décès :
▬ Péché capital principal :
▬ Péché capital secondaire :
▬ Rapport à l'alcool :
▬ Rapport aux drogues :
▬ Addictions :
▬ Mauvaises attitudes récurrentes :
▬ A été victime :


Physique


Son allure générale peut être résumée en un seul mot : ordinaire. Pour commencer, grâce à son mètre soixante-dix-sept, Mattis est relativement grand. Ou, en tout cas, il n’a jamais eu à se plaindre de sa taille. Celle-ci est d’autant plus mise en valeur qu’il n’est pas bien costaud ; ne s’étant jamais senti le besoin de faire du sport en dehors de l’école … Il n’a de ce fait pas eu l’occasion de s’occuper de ses muscles. De toute façon, il est beaucoup plus du genre cérébral. Après, sa corpulence reste malgré tout dans les normes et faire de l’exercice ne le gêne pas outre mesure. Sa force n’égale peut-être pas celle d’un bœuf, mais n’a rien à voir avec celle de la crevette.
Il ne se tient pas particulièrement droit, mais pas particulièrement recourbé non plus. Comme tous les jeunes de son époque, il avait tendance à rentrer les épaules en marchant et à enfoncer les mains dans ses poches.

Au niveau de son visage, celui de Mattis est à mi-chemin entre la fin de l’adolescence et l’âge adulte. Il a gardé dans ses traits quelques rondeurs de l’enfance, bien que l’on ne puisse pas non plus se permettre de mettre en doute son âge réel.
Sinon, beaucoup de gens aiment le bleu de ses yeux, héritage de son père et partagé par toute la fratrie Janow-Kielan. Il les aime bien, mais sans plus. Il parait qu’ils vont à merveille avec sa peau claire et ses cheveux bruns foncés, quasiment noirs. Ceux-ci sont d’ailleurs coupés courts et quelques mèches de sa frange effilée lui arrivent au niveau des sourcils.

Vous ne le surprendrez pas souvent à rêver, mais il y a bien une chose qui ne le quitte quasiment jamais : son appareil photo. Un appareil numérique bridge qui reste constamment accrochée à son cou. Il a une valeur pratique, mais surtout sentimentale. Pratique dans le sens qu’il lui permet de photographier tous les éléments de sa vie et, ainsi, lui garantir de ne pas les oublier. C’est son obsession.
Arrivé à Asphodèle, cet appareil l’aura suivi ainsi que tout ce qu’il contient en mémoire. Les paramètres sont devenus fous, ne pouvant plus donner des données horaires exactes ; mais la batterie a perdu la faculté de se décharger.


Caractère


Quand on rencontre Mattis pour la première fois, l’on fait face à un garçon qui semble des plus sympathiques, polis et sages. Selon les points de vue : un garçon normal, quoi … Un modèle à suivre, peut-être ? Il serait content de le savoir. En même temps, c’est ce qu’il veut, en quelque sorte. Que les gens soient fiers de lui, l’admirent et le prennent comme exemple pour rendre leur vie meilleure. Après tout, il le mérite bien, non ? C’est un bon fils, un bon frère, un bon ami … Il en est certain, n’en doute pas, et fait tout pour. Ouvert, gentil, efficace, sérieux, travailleur, réfléchi …
En gros, on ne dira pas de lui qu’il manque d’estime de soi. Si Mattis fait quelque chose, c’est que ça ne doit être que pour le mieux … Et si vous n’êtes pas de son avis, c’est simplement que vous ne comprenez pas. Que vous n’êtes pas prêt pour comprendre. Mais, Mattis, il n’est pas non plus là pour imposer ses idées aux autres. Il rumine, fait tout en secret. Il boude et garde pour lui. Il va cacher, continuer, jusqu’au jour où, lorsqu’il aura réussi, pourra revenir vers vous et vous montrer qu’il avait raison. Mais d’ici là, il faudra attendre des preuves solides car ce serait terrible qu’il se rate.
Cependant, il ne faut pas croire que Mattis méprise l’avis des autres. Au contraire, il a besoin d’eux pour avancer. Il est tout à fait conscient qu’il est ce qu’il est grâce à son entourage. De plus, il aime justement beaucoup discuter de théories et de plans avec ses pairs. C’est par rapport à ça qu’il avance, va se nourrir des nouvelles idées et ainsi se créer sa propre opinion. On peut dire qu’il a un esprit scientifique.

Depuis son plus jeune âge et par l’éducation de ses parents, Mattis a très vite enregistré le fait qu’une maison en ordre est toujours plus agréable. Du coup, il n’est pas de ceux qui laissent traîner leurs affaires par terre par plaisir ou à attendre qu’il n’y ait plus de vaisselle disponible pour commencer à penser à la faire. C’est un jeune homme précautionneux, méthodique et soigné. Il adore ranger, faire du tri, que tout soit clair et bien net autant dans sa tête que sur le papier.
On note aussi chez lui une tendance à ne pas supporter que l’on touche à ses affaires. Il interdisait à quiconque d’entrer dans sa chambre et même ses plus proches amis n’y avaient jamais été invités. Et ce même avant qu’il ne commence à cacher sa boîte à souvenirs sous son lit.

Justement, autre chose que l’on ne peut pas manquer chez Mattis : son obsession de la mémoire. De son vivant, il rêvait de devenir neurologue et de s’engager à faire avancer la recherche sur ce domaine. Son leitmotiv était de ne jamais oublier, inspiré par sa grand-mère atteinte d’Alzheimer.
Et donc, pour commencer, il s’est mis en tête de mettre en note et de photographier le plus de choses possible … Cependant, les photos ne lui ont pas suffi pour se rappeler des gens. Il a du coup inventé un système où il prend un objet auquel il associera à son propriétaire … Que cette personne le sache ou non.
Oui, en d’autres mots il lui arrive de voler. Mais, pour lui, ce n’est pas vraiment du vol, car il ne va pas non plus vous prendre votre téléphone portable ou votre voiture … C’est beaucoup plus fin que ça. Malheureusement, il a fini par comprendre que les gens ne comprendraient pas son point de vue sur la question. Alors, ça aussi, il le cache.

Au final, il peut vraiment donner l’impression d’être encore un enfant immature, malgré son âge et ce qu’il pourrait bien dire. Mattis n’est pas hypocrite non plus, s’il y a quelque chose qui le dérange il n’hésitera pas à le dire … bien que le plus souvent par la manifestation de sa mauvaise humeur.
Mais il veut bien faire. Vraiment.


Histoire



• • • 2020
« Nie wchodzić !!! »

Tels étaient les mots que l’on pouvait lire en crayon gras sur la feuille scotchée à la porte de la chambre. Des petites têtes de morts avaient été dessinées tout autour des lettres, témoignant ainsi de tous les risques que prenaient Szymon à ne serait-ce que regarder la poignée dorée. Cependant, courageux comme il était du haut de ses onze ans, il pénétra sans plus attendre dans l’antre de son petit frère.

Si l’on ne faisait pas attention à la note de l’entrée, personne n’aurait imaginé que la pièce aurait pu actuellement appartenir à un garçon de troisième année de maternelle. Tout était bien rangé : les peluches et jouets alignés tels des soldats de l’armée ; le lit si carré que l’aîné était certain de pouvoir y faire ricocher une pièce de monnaie, comme dans les films ; les murs bleus aussi nus que le premier jour … Chaque chose avait sa place, absolument rien ne traînait.
Il était comme ça, Mattis.

Szymon le connaissait tellement par cœur. Ce pourquoi il se dirigea automatiquement au pied du lit, s’allongea par terre et rampa sous le sommier pour ainsi rejoindre le fugitif.
Le gamin se recroquevilla encore plus sur lui-même, enfouissant bien sa tête dans ses bras … Malheureusement, son camouflage ne sembla pas aussi efficace qu’il se l’était imaginé. Il sentit l’index traître de son aîné se planter entre ses côtes, le faisant frémir avec une telle violence que, dans un mouvement trop brusque, sa tête alla se cogner contre le bois du lit. Un gémissement s’échappa de ses lèvres et des larmes embuèrent ses yeux pendant qu’une main tendre lui frottait doucement le crâne, estompant la douleur. Szymon, c’était vraiment un magicien.

« Shh shh shh. »

Daignant tourner la tête, les yeux bleus se croisèrent dans l’ombre.

« Je veux pas y aller …
- Tu veux jamais y aller. Ça va aller, Mattis. On arrive, on dit bonjour, elle nous fait un bisou sur la joue et on ira nourrir les canards, si tu veux. Papa a emmené du pain, cette fois. Ils auront de la vraie nourriture, pas que des mouchoirs en papier. »

Ils étaient un peu bêtes, les canards de la maison de retraite. Ils se bagarraient même pour des petits bouts blancs, les prenant pour de la mie. Mais même si ça avait été drôle le temps de l’expérience, la mère des deux frangins les avait grondés, comme quoi ce n’était pas très gentil, avant de les menacer de préparer la soupe du déjeuner à base de balles de ping-pong. « Ça ressemble bien à des petites pommes de terre, non ? »

En tout cas, contrairement aux canards, Mattis se pensait loin d’être bête. Il était conscient que ce qu’il faisait n’était pas bien, on le lui avait dit suffisamment de fois. Mais il n’arrivait tout simplement pas à passer outre ses ressentis … La peur le prenait au ventre et il n’y avait bien que les dessous de son lit pour le rassurer.
Ensuite, Szymon arrivait, lui prenait la main et l’emmenait à la voiture.

Chaque mois, c’était la même chose.


• • • 2022
Mattis fit un dernier signe de la main à son père et son frère alors que la voiture redémarrait ; direction le collège, cette fois-ci. Comme après chaque premier dimanche du mois, le petit garçon se sentait des plus penauds … Et ce ne fut pas les mains lui secouant les épaules qui y changèrent quelque chose.

« Bonjouuuuur ~ »

Lança joyeusement Tekla, un grand sourire aux lèvres. Sans même laisser au brun le temps de répondre, elle le tira par le bras jusqu’à leur salle de classe.
Leurs parents étant des amis de longue date, les deux enfants se connaissaient depuis le berceau. Ils s’étaient suivis de là jusqu’au primaire en passant par la maternelle … De ce fait, Tekla était habituée aux baisses de régime de Mattis, et même bien au courant de leur origine. Contrairement aux nouveaux camarades qu’ils s’étaient faits en ce début d’année.

Le fils Janow-Kielan, lamentablement affalé à sa place, ne bougea pas d’un cheveux lorsque des petits doigts boudinés apparurent sournoisement sur les bords du bureau et qu’une tête châtain clair surgit brusquement d’en dessous tel un diable en boîte.

« COUCOU ! »

Peu satisfaite de ce manque de réaction, Fryderyka gonfla ses joues et fronça des sourcils. Qu'il ne croive pas qu'elle allait abandonner pour si peu. Doucement, elle retourna se tapir derrière le pupitre et recommença son manège encore et encore sous les yeux d’une Tekla qui ne savait pas tellement quoi faire … et s’amusait de la scène, de toute façon.
Le trio fut vite rejoint par Sulisław, mais le garçon ne s’avéra pas d’un meilleur secours non plus ; s'improvisant à son tour spectateur silencieux. Heureusement qu’il y eut Deisy pour faire avancer les choses :

« Vous faîtes quoi ? »

Trois paires d’yeux se retournèrent vers la blonde. Ceux verts de Fryde' qui pétillaient pourtant de bonne humeur quelques secondes plus tôt, s’embuèrent instantanément et allèrent chercher du réconfort dans la robe de la nouvelle arrivante. Pleurnichant :

« Mattis est malaaaaade. »

Deisy regarda son amie faire en clignant des yeux puis releva la tête, cherchant des réponses auprès des deux autres. Se décidant enfin à s’exprimer, Tekla secoua sa main pour faire comprendre qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter avant de rajouter :

« Naaaa, c’est juste qu’il est allé voir sa grand-mère, hier. Il est toujours comme ça, après.
- Pourquoi ? »

La fillette tourna la tête vers son ami d’enfance et, voyant qu’il ne réagissait pas plus, revint vers le petit groupe … Elle ne savait pas si c’était un secret ou non, mais décida tout de même de cracher le morceau étant donné qu’elle aimait bien Suli’, Fryde’ et Deisy. Elle ne les connaissait pas depuis bien longtemps, vu qu’ils étaient entré en primaire il y avait à peine quelques semaines ; cependant les cinq enfants avaient vite fait de bien s’entendre.
Plaçant ses mains autour de sa bouche, Tekla chuchota très fort :

« Sa grand-mère a … l’Ail-zaimeur. »

Deisy fronça des sourcils à l'annonce pendant que Fryderyka se redressait illico, essuyant ses larmes imaginaires d'un revers de manche.

« C’est quoi l’Ail-zaimeur ?
- Moi ! Moi ! Moi, je sais ! »

Entonna la fillette ayant retrouvé sa bonne humeur, tenant au dessus de sa tête son bras gauche, toute sautillante. Elle n’attendit cependant pas qu’on lui accorde la parole pour continuer :

« Ben c’est quand tu es vieux et que tu te souviens plus des choses. Tout le monde il est Ail-zaimeuré un jour ! »

La blonde n’était pas convaincue de cette définition. Et Tekla non plus.

« N’importe quoi ! Mon papi à moi, il est pas daizameuré.
- Ben ça va pas tarder, hein ! On l’a pas en même temps non plus, ce serait débile.
- Euh …
- J’ai un poisson rouge, à la maison. Il s’appelle Rybby. »

Toutes les têtes se tournèrent vers Suli’ et sa réplique sortie de nulle part. Même Mattis qui, jusqu’alors, avait été aussi immobile qu’une plante en pot.

« Ben, mon papa il m’a dit que Rybby il se souvient de rien non plus. Genre, il tourne dans son bocal et pouf, il a oublié qu’il a tourné dans le bocal. »

Sulisław connaissait beaucoup de choses, avait vu beaucoup de choses … Et il adorait partager ce savoir à ses amis. Cependant, ceux-ci avait du mal à démêler le vrai du faux, le garçon gardant un éternel petit sourire en coin sur son visage.

« Les poissons aussi peuvent avoir l’Ail-zaimeur ?
- Eh bah … tu t’es jamais demandé ce qu’on faisait aux petits vieux ?
- Hein ? Ben, on les met dans des boîtes qu’on met dans la terre.
- C’est ce que les grands veulent te faire croire … Mais en fait, moi je pense que … »

A son tour, imitant Tekla, Sulis’ prit le petit groupe à part et chuchota, les mains autour de sa bouche :

« Quand ils sont bien daizeumeurés, on les met dans des bocals et ils deviennent des poissons rouges … »

Une grande inspiration de surprise vint animer l’auditoire. Tous le fixèrent avec des yeux ronds, peinant à savoir comment ils devaient réagir face à une telle révélation …

« Heeeeeein ! Mais ! Mais !
- Rybby est arrivé après que la grand-mère de mon cousin soit partie … C’est pour ça que je dis ça, j’invente rien, hein !
- Aaaaah, je veux pas devenir un poisson !
- Bah ! Tu auras tout oublié, c’est pas grave.
- C’est n’importe quoi. »

Les claquements de main du professeur, Monsieur Tarnowski, mirent heureusement fin au débat.

« Les enfants, à vos places. »

Avec nonchalance, Sulisław alla rejoindre sa place, suivi de Fryderyka qui s’imaginait déjà pleine d’écailles. Deisy qui n’était toujours pas vraiment certaine d’avoir compris quoi que ce soit à la situation fit de même, ainsi que Tekla totalement insensible à la théorie de son ami.
Mattis, lui, releva la tête vers le tableau. Réfléchissant.


Dès que la sonnerie d’intercours retentit, Mattis se leva, bouillonnant d’excitation. Tel une torpille à tête chercheuse, le garçonnet se dirigea à grands pas jusqu’au bureau de son amie d’enfance.

« Il faut un plan. »

Annonça-t-il alors, frappant brusquement la table avec la paume de ses mains et surprenant Tekla par la même occasion. Elle ne l’avait jamais vu aussi énergique un premier lundi du mois.

« Hein ?
- Si on veut pas devenir des poissons, faut pas avoir Alzheimer, donc faut pas oublier. Faut un plan pour pas oublier.
- Mattis, eh … »

Ne voyant pas pourquoi la fillette ne le suivrait pas, Mattis l’entraîna avec lui dans le couloir où se trouvaient les trois autres. Ils ne seraient pas trop de cinq pour réfléchir ! Vif et tout frétillant de bonne humeur, il leur expliqua à leur tour les tenants et aboutissants du fameux plan qu’il voulait mettre en place.

« Aaaah ! Bah oui, c’est logique. »

Le sourire du garçon s’élargit alors que ses amis réfléchissaient avec lui sans se poser plus de questions.
Assis sur son siège, dans la classe, Mattis avait longtemps ruminé cette histoire d’oubli. Il avait fini par se dire que toujours avoir peur ne servait à rien, qu’il devait agir. Il se devait de devenir un homme, comme Szymon.

« Déjà, prendre des photos ça fait se souvenir. Mon papa et ma maman des fois, ils me montrent des photos et c’est comme si ils étaient le jour de la photo !
- Oui, c’est vrai. On a plein d’albums photos à la maison et quand on les ouvre, mon papa sait exactement tout ce qui s’est passé.
- Pour son anniversaire, on a acheté un journal intime à ma grande sœur. Pour qu’elle écrive pleins de trucs dedans, ce qu’elle a fait dans la journée et tout …
- Oh, ouais, c’est bien ça !
- Mais c’est un truc de fille.
- Nooon, y’a pleins d’aventuriers qui tiennent des journals.
- Ta sœur est un aventurier ?
- Oui !
- Eh ! Eh ! Eh ! On est là pour parler du plan, hein ! »

Le petit garçon notait toutes les idées, enthousiaste, et continua d’en chercher d’autres avec le groupe … Un mélange de tout ça, et ils auraient la meilleure mémoire de tous les temps !
Il y eut un silence pendant que les enfants réfléchissaient à l’unisson … Quand Tekla, qui avait semblé être la moins convaincue du lot pourtant, finit par proposer :

« Sinon, tu peux demander à Monsieur Tarnowski. Il connaît pleins de choses.
- Oh ouais ! Merci Tekla ! Allons-y alors ! »

Mattis ouvrit donc le pas, retournant dans la classe, pendant que les quatre autres le suivaient de près. A l’intérieur de la salle, l'adulte alors assis sur son bureau à relire quelques notes fut surpris d’entendre leurs petits pas … Un coup d’œil à sa montre lui garantit que la pause n’était toujours pas terminée, pourtant.

« Eh bien, les enfants, vous êtes si pressés de reprendre le cours, haha ?
- Monsieur, en fait on se demandait, est-ce que vous savez comment on fait pour pas oublier ?
- Pas oublier ? Comment ça ? Avec des pense-bêtes ?
- Pour avoir une supeeeer mémoire et ne pas avoir Aïe-zalmeur !
- … Alzheimer ? »

Tarnowski n’était pas sûr de saisir à cent pour cent où voulaient en venir les enfants … Les jeunes avaient tendance à penser que les adultes réfléchissaient aussi vite qu’eux ; ce qui était vraiment trop optimiste de leur part. Heureusement, devant ces nombreux yeux curieux rivés sur lui, l’homme se ressaisit et arrangea ses idées avant de reprendre :

« Eh bien … Hm, comment dire … Quand tu associes quelque chose à autre chose, ça peut t’aider à te souvenir. Par exemple, une odeur qui vous rappelle le parfum de votre mère … Ou un gâteau, ou n’importe quel objet, en quelque sorte. Connaissez-vous la synesthésie ? »

Son jeune public secoua la tête en chœur.
Jamais le professeur n’aurait pensé un jour avoir à expliquer tout cela à des enfants de première année de primaire. Il n’était lui-même pas un véritable expert en la matière, mais tout de même.
Incertain qu’ils retiendraient les trois quart de ce qu’il allait déblatérer, Tarnowski se sentait cependant heureux de simplement le faire. Autant que Mattis qui enregistrait ses paroles, imaginant déjà ce qu’il ferait en rentrant chez lui …


« Mattis, dis-moi ce qu'est-ce que c'est que ça. »

Entre les doigts de la femme brune brillait une broche en argent loin de lui être inconnue. Elle l’avait surprise dans la poche du pantalon de son fils alors qu’ils étaient rentrés ensemble des courses.
Au son de sa voix un peu trop calme, celui-ci voyait déjà l'orage gronder au-dessus de sa tête, ou quelque chose comme ça …

« Ben, c’est le bijou de Madame Filipowska.
- Et qu’est-ce qu’il faisait avec toi ? C’est elle qui te l’a donné ? »

Secouage de tête négatif.

« Donc, tu l’as pris et elle ne le sait pas ? »

Hochement de tête positif.

« Tu sais que c’est du vol ? »

Hochement de tête positif.

« Pourquoi tu as fait ça, alors ? »

Les yeux gris de sa mère ne lui avaient jamais paru aussi ardents. Mattis sentait les larmes lui venir aux yeux et sa gorge se nouer à mesure qu’il cherchait ses mots. Ewa Janow-Kielan avait des pouvoirs étranges. Même si, au fond, il ne pensait pas avoir quoi que ce soit à se reprocher, il ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable.

« C’était pour faire de la synesthémie … Pour pas oublier … »

La trentenaire battit des cils, ne comprenant goutte. Déjà, que de trouver la broche entre les mains du garçon l’avait plus que surprise … Elle voyait d’ordinaire Mattis comme un adorable bambin, obéissant et respectueux de ses affaires, pourtant. Enfin, Ewa ne comptait pas mettre la charrue avant les bœufs. Il n’avait que sept ans après tout, ça arrivait de faire des erreurs à cet âge. Après Szymon, la mère de famille était rodée après tout.

« … Comment ça ? »

Les sanglots ne tardèrent pas à s’imposer, faisant hoqueter Mattis ; ce qui l'inquiéta encore plus.

« B-ben … Je veux pas avoir l’Alzheimer et … et … faut pas oublier et ... ben, si je prends un truc aux gens, je les oublierai pas … »

Ewa retint son souffle, ne s’étant pas attendue à ça. Doucement, elle s’accroupit afin d’être à la même hauteur que son fils et l’étreignit tendrement.

« Oh, Mattis … »

Elle savait très bien que la situation de sa mère angoissait son benjamin. Cependant, elle et son mari avaient fini par penser que c’était normal pour son âge et que ça finirait par lui passer … Pour le coup, elle n’était plus sûre de grand-chose. Déjà, qui lui avait mis dans la tête cette idée de prendre des objets aux gens ? Enfin, bon …

« Bon, je comprends. Mais ça ne change en rien le fait que, voler, c’est mal. Tu aimerais que l’on prenne tes jouets, toi ?
- Mais …
- Mattis. »

Ewa desserra son étreinte et regarda son fils droit dans les yeux, l’aidant du dos de sa main à essuyer les traces humides sur ses joues. Et tant qu'elle y était ... Peut-être serait-il bon d'en demander un peu plus.

« Est-ce que tu as volé d’autres choses ? »

Mattis baissa les yeux et resta muet. Consciente qu’il ne répondrait pas cette fois, elle se leva brusquement et se dirigea à grand pas vers l’étage.

« NON ! MAMAN ! ARRÊTE ! MAMAN ! »

Elle ne fit pas attention aux cris qui accompagnèrent le claquement de ses talons, encore moins à la silhouette de son aîné réfugié derrière les barreaux de l’escalier et encore moins au message d’avertissement collé à la porte qu’elle n’hésita pas à ouvrir.
Szymon attrapa son petit frère avant qu’il ne rentre dans sa chambre, là où sa mère fouillait ses affaires. Il détestait ça plus que tout, que l’on fouille dans ses affaires.
Pleurant toutes les larmes de son corps, Mattis chiffonna et trempa le t-shirt de son grand-frère qui n’était pas près de le lâcher.

Finalement, Ewa ressortit de la chambre, une boîte en carton incroyablement remplie d’objets en tout genre sous le bras. Elle s’approcha alors de son fils, épuisé à force de s’être débattu, et lui souleva le menton afin qu’il la regarde bien dans les yeux.

« Mattis, il faut que tu comprennes. Ce n’est pas contre toi. On ne peut pas voler, ça ne se fait pas. On va rendre tout ça à leur propriétaire et tu vas me promettre de ne plus jamais le faire, d’accord ? »

Le désigné coupable renifla une dernière fois sa colère, regardant à tour de rôle son coffre à souvenirs, puis sa mère. Il ne pourrait rien faire. Il le savait.

« … D’accord. »


• • • 2025
Dès que la porte d’entrée fut franchie, un éclair brun fusa jusqu’au premier et se laissa joyeusement glisser sur le plancher rutilant de sa chambre à coucher.
Tout excité par cette rentrée des classes rondement menée, un sourire éclatant n'avait plus quitté son visage depuis la sortie des cours. Arriver en quatrième année de primaire était synonyme de pas mal de changements … Et les changements, ça impliquait de nouvelles têtes à ajouter à son album.
Faisant bien attention au polaroid perpétuellement attaché autour de son cou, Mattis récupéra une boîte de sous son lit et en sortit un gros livre avec une couverture en plastique blanc ainsi qu’un marqueur noir. D’un geste habitué, il l’ouvrit et y rangea les têtes souriantes de ses nouveaux professeurs et camarades de classe avant d’y noter leurs noms – préalablement inscrits au dos des photographies – ainsi que la date du jour, juste en dessous. Satisfait, le garçon admira son œuvre et espéra au fond de son cœur que cette année se passe aussi bien que les précédentes. Il était triste de ne plus revoir les mêmes personnes à chaque montée de classe … Mais il ne les oublierait pas, au moins. Ils avaient tous leur place dans son album. Ils auraient tous leur place.

Dans un moment de nostalgie, Mattis tourna les pages de son gros recueil de visages … La boulangère, le garçon bizarre du septième rang, le concierge, Monsieur Tarnowski, un touriste allemand, le pêcheur fou du port, les employés du cinéma, du restaurant de son père, de l’agence immobilière de sa mère, sa mère, son père, Szymon, sa grand-mère maternelle, Tekla, Deisy, Sulis’, Fryde’ et bien entendu leurs parents, leurs frères, leurs sœurs, poisson rouge, chinchilla, chien  …

« Allez Mattis ! Si tu ne descends pas vite, on va manger tous les gâteaux ! »

L’interpellé tourna la tête en direction de la voix de son père venant de la cuisine au rez-de-chaussée. Whoops. Ses obligations passant avant tout, il en avait presque oublié que c’était l’heure du goûter et que les deux autres hommes de la famille l’attendaient.

« J’arriiiiiiive ! »

Tout aussi vif que méthodique, Mattis rangea son album sous son lit bien comme il le fallait avant de sortir descendre quatre à quatre les escaliers.

Sa vie continuait, il grandissait … Tout allait bien.

• • • 2026 – Août
Nez contre la vitre, à regarder l’avion décoller …

« Il revient quand, Szymon ? »

Une main vint lui ébouriffer les cheveux, taquine et habituée à attendre la même question tourner en boucle depuis l’annonce du départ de l’aîné. Mattis était inquiet, il n'y avait pas lieu d'en douter. Jamais la petite famille n’avait été séparée par autant de kilomètres … C’est que c’est loin, la Suisse.

« Il reviendra pour les vacances de Noël. »

Le petit garçon releva la tête, croisant les yeux bleus de son père, arborant un sourire qui se voulait sans doute rassurant.

« Oui, mais quand ? »

Ziemovit eut un regard pour sa femme avant de retourner à son fils, riant :

« On ne sait pas encore. Tu verras bien mon chéri. »

Mécontent de la réponse, le front de Mattis alla retrouver le contact froid du plexiglas. Il s’en remettrait, il était grand après tout … Mais quand même …

« Allez, ne t’en fais pas. »


– 23 Décembre
« Oh oui, vas-y, continue …
- Mais qu’est-ce que vous faîtes … »

Apportant un plateau de cookies dans le salon, Deisy retroussa son petit nez d’incompréhension face au spectacle d’un Sulisław, la partie inférieure de son corps sous le canapé, se faisant piétiner le dos par les pieds rondouillards de Fryderyka, alors assise sur le dit meuble. Celle-ci semblait d’ailleurs des plus ravie, n’arrivant plus à s’arrêter de glousser.

« C’est un peu comme un massage thaïlandais, tu connais ?
- Non, mais t’es obligé de crier des trucs bizarres ?
- Ben, c’est ça qu’ils disent dans les films quand on leur fait un massage … Bah, Fryde’, t’arrêtes pas !
- Compris, patron ! »

Et la demoiselle piétina de plus belle, prenant très au sérieux son métier improvisé de masseuse asiatique. La blonde préféra ne pas plus poser de questions, habituée aux comportements étranges de ses amis … Ou était-ce juste elle qui était trop étrange, justement ? Bon, elle alla plutôt déposer les biscuits au chocolat sur la petite table, en face de la télévision où se jouait un dessin animé avec des vaisseaux spatiaux dans une jungle, du peu qu’elle en comprenait.
Dans la pièce ne tardèrent pas à arriver Mattis portant des verres en plastique et Tekla un gros pichet de jus d’orange entre ses bras fins.

« Mattis, tu veux essayer ? C’est trop bon …
- Fryde’ va en faire du crumble, pas tout le monde a un dos comme le tien, Sław.
- Tant pis ~ »

Posant son front contre ses bras, le fils Swiatkowiak se laissa aller à la détente, son dos battu par des coups de talons enjoués. A onze ans, le garçon était déjà large et assez imposant, une force de la nature à en devenir au contraire de ses autres amis que l’on comparait plus aisément à des crevettes. Tekla étant la pire dans le genre, la plus petite et menue de la bande ne faisait définitivement pas son âge. Mais il valait mieux éviter de ne pas la prendre au sérieux … Surtout que, là, ils étaient chez elle.

Depuis leur première rencontre, les membres du petit groupe ne s’étaient plus quittés. Ils avaient vécu pas mal de choses, joué à de nombreux jeux et se voyaient souvent même en dehors des cours. Au jour d’aujourd’hui, ils s’imaginaient très mal être séparés d’une quelconque manière.

Mattis prit en photo la table garnie pendant que Tekla, aidée de Deisy pour tenir le broc, remplissait les verres de jus de fruit ; puis ce fut au tour de Sulis’ et Fryde’.
Comme toujours depuis quelques années, le petit garçon était constamment armé de son fidèle polaroid offert par ses parents. Il ne le quittait bien que lorsqu’il allait nager, se baigner ou dormir … D’après lui, il valait mieux être préparé à toute éventualité. Et pourtant, contrairement à ce que sa passion de la photo laisserait envisager, Mattis ne rêvait pas de devenir reporter. Il n’y avait pas encore pensé, en fait. Parmi les cinq, seuls Fryderyka et Sulisław avaient une idée plus ou moins précise de leur avenir. L’une voulait être une star et l’autre suivre la voie de son père dans « la piraterie ». Enfin, la pêche, quoi., rajoutait-il en haussant des épaules devant les yeux médusés de ceux qui lui avaient posé la question.

Alors que les enfants mangeaient en suivant la télévision, le goûter fut soudainement interrompu par la sonnerie du téléphone. Montée sur ressort, Tekla accouru et décrocha l’appareil, habituée à toujours répondre telle la parfaite secrétaire préférée de ses parents.

« Allô, maison Firlej, bonjour … Oui ? Oh, bonjour ! MATTIS, C’EST TA MA-… Ah ? D’accord … PAPA, C’EST POUR TOI. »

Main sur le combiné jusqu’à ce que son père n’apparaisse, la petite le lui tendit avant de rejoindre les autres … qui n’avaient pas tardé à se cacher derrière le mur, tels les petits curieux qu’ils étaient. C’était inhabituel que ce soit la mère de Mattis qui téléphone, d’ordinaire occupée à son travail justement. En plus, qu’elle veuille parler au père de Tekla plutôt qu’à lui …

« Ewa ? Tu ne travailles p-… Qu’est-ce que … Hey, calme toi, mon portable est déchargé … Hein ? … »

De là où ils étaient postés, les enfants ne pouvaient voir que le dos de Monsieur Firlej qui avait, d’ailleurs, baissé la voix. Cependant, ils avaient bien compris que quelque chose clochait, se regardant à tour de rôle d’un air interloqué au cas où l’un d’eux entendrait quoi que ce soit qui pourrait éclaircir la situation …

« C’est compris, j’arrive. »

Avant que le téléphone ne se voit raccroché, les espions en herbe retournèrent à leur place comme si de rien n’était … Mais Adrian Firlej semblait bien trop préoccupé par le précédent échange pour remarquer tout comportement suspect.

« Tekla, je sors. Maman va pas tarder alors vous êtes sages le temps qu’elle arrive, c’est compris ?
- Oui, papa ! A tout à l’heure !
- Elle voulait quoi ma maman ? »

Adrian sursauta et, sans se retourner, répondit d’un ton évasif :

« Euh … Pas grand-chose, ne t’en fais pas Mattis. Allez, j’y vais ! »

Claquement de porte. Regards croisés.
L’imagination n’attendit pas plus longtemps pour fuser. Discuter, lancer des théories ou des plans était parmi l’une des activités préférées du petit groupe. Malheureusement, rien de concluant sorti de leurs hypothèses parfois folkloriques … Au final, aucune réponse précise ne leur vint mais, au moins, les tensions inquiètes s’étaient apaisées.
Les adultes avaient tellement de choses à cacher aux yeux des enfants … En attendant, l’après-midi continua de se dérouler tranquillement. La mère de Tekla arriva, n’expliqua pas plus que ça où était passé son mari. Chacun finit par rentrer chez lui. Sauf Mattis.
Comme ses parents et ceux de son amie se connaissaient, leurs pères travaillant même ensemble, lorsqu’il était chez elle la suite des opérations n’était jamais certaine. Soit il mangeait là, soit ils allaient au restaurant, soit sa mère venait le chercher … Enfin, Mattis ne se posait pas de questions de ce côté-là, pour l’instant.
Comme tout enfant de son âge, tant qu’il pouvait jouer, il était content.


(SUITE AU MESSAGE SUIVANT)


     
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MessageSujet: Re: Mattis Janow-Kielan ▬ « Lights will guide you home »   Jeu 07 Aoû 2014, 02:11


Histoire




Il y avait de la neige à la télé. Pourtant, dans la pénombre du salon, la vision de ces millions de petites lucioles se marchant dessus étaient dans l'incapacité d'envoyer Mattis au le Royaume de Morphée. Contrairement à Tekla sur ses genoux dont il s’amusait à tresser les cheveux pour passer le temps.

Tic tac. Tic tac. Clic. Clac.

Mattis se glissa doucement sur le côté, laissant la demoiselle à la coiffure incertaine, et alla vers la porte d’entrée d’où était venu le bruit. Là, sa mère et Monsieur Firlej.

« Maman ? »

La femme leva la tête de surprise, ne s’étant visiblement pas attendu à trouver son fils encore debout à cette heure.

« Mattis … »

Doucement, Adrian lui tapota l’épaule et les laissa seuls, sans doute pour récupérer sa fille.
Sans un mot, Ewa s’accroupit et ouvrit grands ses bras, invitant son fils à s’y blottir ; ce qu’il fit. Il passa ses mains sur le dos de sa mère … Elle tremblait.

« Maman, qu’est-ce qu’il y a ? »

Ses longs doigts passèrent tendrement entre les mèches sombres de Mattis. Comment dire ? Elle avait vécu une après-midi épouvantable. Son estomac était vide tout comme sa tête et son cœur.
Il avait remarqué que ses yeux n’étaient plus maquillés …

« Il y a eu un accident, mon chéri … Ton … Ton frère est à l’hôpital … Mais ton père … Il … »

Ne pleure pas. Ne pleure pas. Ne pleure plus.


– 30 Décembre
« Aujourd’hui, à Gdynia, c’est un nouveau jour qui s’est levé. La mer était d’un beau bleu, n’est-ce pas ? Pourtant, ces derniers temps ont été très durs pour nous tous. Je me permets de me faire porte-parole et de vous remercier du fond du cœur pour le soutien dont vous avez fait preuve.
Votre présence nous fait chaud au cœur et sans doute que, là où il se trouve, Ziemovit est bien. Il n’y a donc pas lieux de s’inquiéter et, justement, en son honneur, nous nous devons de continuer notre vie le plus normalement possible. Oui, oui, je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire …
J’aimais beaucoup Ziemovit. Il était mon meilleur ami. Sans lui, jamais nous n’aurions pu mettre le « Bracia » sur les rails. Ce restaurant, c’était notre rêve de gamins à lui, Adrian et moi. Notre bébé. Un bébé qui a bien grandit, d’ailleurs … Mais ça ne s’est pas fait par magie. Il y a eu des hauts, des bas, des gens se sont rajoutés à notre équipe, d’autres en sont partis … Mais, lui, il a toujours été là.
Ce fut sans nul doute un bon ami, un bon fils, un bon mari, un bon père … Jamais il ne quittera nos cœurs. Repose en paix, mon ami.
»

Des applaudissements saluèrent le modeste discours de Bratumił.

Mattis leva son polaroid, mais la main de sa mère le retint. Pourtant …

Il faisait beau à Gdynia et les fleurs sentaient bon.


• • • 2027 – Mars
Szymon regardait rêveusement par la fenêtre. De là, il voyait le port, les mâts des bateaux et les oiseaux volant paresseusement. Le ciel était d'un bleu magnifique. Un temps parfait pour sortir.
Malheureusement, dans ce lit d’hôpital, il était totalement coincé. Impuissant et perdu.

Sans conviction, il tourna la tête vers le radioréveil sur sa table de chevet et fixa un long moment les chiffres inscrits … Finalement, un soupire s’échappa d’entre ses lèvres.
Un cognement timide à la porte tira néanmoins l’adolescent de sa rêverie et il fut heureux de reconnaître le petit garçon posté à l’entrée de sa chambre, une étrange boîte sous le bras.

« Oh, Mattis ! Qu’est-ce que tu fais ici tout seul ? »

Le visiteur regarda subrepticement derrière son épaule, vérifiant qu’il était bel et bien seul, avant de se retourner tout sourire vers son aîné.

« Hrmm … Maman est là aussi, mais t’inquiète. J’ai emmené un truc pour toi. »

Sans prendre la peine de cacher son excitation, Mattis s’approcha et grimpa sur le lit. Szymon se poussa légèrement afin de laisser de la place à son petit frère qui ouvrit sa boîte et la lui présenta :

« Tadaaaah ! »

Fronçant des sourcils, Szymon regarda ce qu’il y avait à l’intérieur … Un poil désorienté.

« …C’est quoi tous ces trucs ? »

Mattis leva son index et commença à fouiller dans les divers objets que contenait sa boîte. Finalement, il en sortit une petite perle blanche et un crayon en bois noir.

« Ça, c’est la boulangère. Son collier de perle s’est cassé un jour, je l’ai aidé à le ramasser et j’en ai pris une, du coup. Ça, c’est mon prof de primaire, tu sais, Monsieur Tarnowski ? »

Szymon cligna des yeux, tentant de comprendre … Cependant, à mesure que Mattis continuait de sortir de nouveaux objets et de les associer à des gens de son entourage, une explication qui ne l’enchantait guère s’imposa à lui.

« … Mattis.
- Oui ? »

Stoppé dans ses présentations, Mattis releva la tête, ne perdant néanmoins pas son sourire.

« Tu as continué à voler ? »

… Jusque-là. Mais le garçonnet se ressaisit, reprenant de sa superbe et tentant de s’expliquer, enthousiaste :

« Ce n’est pas du vol, Szymon ! Ils n’en ont rien à faire de tout ça, ça ne changera rien à leur vie que je les ai pris ou non. Tu vois, cette chaussette ? C’est le père de Tekla, il l’avait oublié dans la machine à laver ! Bon, t’as peut-être pas compris la démarche ? Je te montre tout ça parce que tu en as besoin, Szymon. Tout ça, c’est des morceaux de souvenirs que j’ai emmagasiné pour ne jamais oublier. Et comme je suis ton petit frère, je veux t’aider, donc je te montre mon secret. »

Malheureusement, son beau discours ne semblait pas avoir convaincu celui à qui il voulait tant le vendre. C’était pour son bien, pourtant. Tout ça, il le faisait pour lui. Szymon, son grand frère.

« …Mattis … Tu … Tu ne te souviens pas de ce que Maman t’a dit ? C’est mal de voler. »

Le sourire du garçonnet fut définitivement perdu.

« Bien sûr que je m’en souviens, je l’ai noté dans mon journal … »

Ne rien oublier.

« Alors, pourquoi tu-… »

Pas de distinction.

« Parce que Maman ne comprend pas ! Personne ne comprend ! Et … et je pensais que tu serais différent des autres, moi … »

C’était son grand frère, après tout.

« Je suis désolé Mattis … Mais vraiment, tu n’as vraiment pas besoin de ça … Là, tu penses que ce que tu voles n’a aucun impact mais un vol reste un vol. Arrête ça, tu entends ? Je ne dirais rien à Maman, alors arrête. »

Oh non, tu ne diras rien.

« …C’est bon. »

D’un geste visiblement agacé, Mattis rangea ses trésors le plus soigneusement possible dans leur coffret avant d’en refermer le couvercle. Ses yeux bleus foudroyèrent ceux désolés de son aîné qui se frottait la nuque, peu fier d’avoir eu à gronder son frère alors qu’il venait lui rendre visite. Il était incapable de dire à quand datait la dernière fois qu’il avait vu une tête connue et là …
Sans demander son reste, c’est ainsi que Mattis s’en alla, serrant très fort sa boîte à souvenirs.


– Novembre
La vie avait, petit à petit, retrouvé un rythme normal.
Avec les nouvelles qui leur étaient tombées dessus en fin de l’année passée, les espoirs pour que la famille Janow-Kielan s’en sortent étaient restés minces. Mais néanmoins existants. L’entourage des membres restants y crurent très forts et s’avérèrent d’un soutien non négligeable, assurant par ailleurs l’équilibre mental d’Ewa. La mère de famille fut en proie à de nombreuses incertitudes pendant de longs mois, prête au pire … mais n’abandonna jamais.

On se serre les coudes, avec maman. Elle devait rester forte. Tout comme Mattis. Le pré-adolescent se sentait l’âme d’un grand, à présent. Capable de soulever le poids des responsabilités qu’incombait leur nouveau quotidien …

Déposé comme à l’accoutumé par le père de Tekla, Mattis passa la porte d’entrée … mais ne fut pas accueilli par de jolis sourire ou ne serait-ce que le silence froid du vide. Malheureusement.
Inquiet à cause de l'odeur de brûlé venu lui assaillir le nez, le jeune garçon lâcha son sac dans le couloir et courut vers la cuisine … découvrant alors une casserole sur le feu d’où se dégageait une épaisse fumée noire.
Ne perdant pas son calme pour autant, Mattis éteignit le gaz, attrapa l’ustensile armé de torchons et le mit vite fait à tremper sous l’eau chaude. Pendant que le liquide coulait, il agita ses bouts de tissus afin de libérer la pièce de la fumée, la faisant fuir par la fenêtre. La catastrophe ainsi évitée, Mattis lâcha un long soupir tout en regardant l’eau claire déborder du fait-tout.
Plus de peur que de mal. Seule la chose noire qui aurait dû servir de dîner ainsi que la casserole ont été les victimes dans cette histoire.
Refermant le robinet, Mattis leva le nez en direction du plafond :

« SZYMON ! »

Le bruit qui suivit son appel lui indiqua que son frère venait de tomber du lit. Littéralement. Il entendit ensuite ses pas pressés descendre les escaliers le plus rapidement possible … Arrivant alors au pied de la porte, Szymon se stoppa net à la vue de son cadet :

« Matt-… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

L’intéressé fit un pas sur le côté et, les sourcils bien froncés pour montrer sa colère, désigna l’évier et le cadavre noirci du dîner :

« Tu as cramé le repas ! Mais qu’est-ce que tu faisais ? »

Szymon eut un mouvement de recul, perturbé.

« Heu … Je ne sais plus … »

Bah, bien sûr. Devant cette excuse toute trouvée, Mattis leva les bras au ciel avant de les relâcher violement, l’air presque désespéré.

« Quand on te dit de prendre des notes, tu n’écoutes pas … »

C’était le meilleur moyen pour lui permettre de vivre plus ou moins normalement, pourtant. Prescription du médecin. Mais non, monsieur n’en faisait qu’à sa tête …
Totalement hermétique aux conseils des autres, hein ?

« Tu sais, je ne suis pas débile … C’était juste un moment d’inattention, et ...
- Un moment d’inattention qui aurait pu faire péter la cuisine ! »

Szymon qui s’était fait petit et hésitant jusqu’alors n’apprécia vraiment pas le haussement de ton de son cadet. Un peu plus sûr de lui, les mains sur les hanches, il gronda :

« Ne me parle pas sur ce ton, Mattis. Tu te prends pour qui ? Papa ? »

Le garçon fut sidéré par la réplique, ne voyant pas dans l'insant à quel point elle pouvait être vraie.
Non, il ne se prenait pas pour Papa. Juste pour …

« Et puis je ne suis pas handicapé, hein ! »

Juste pour …

« Pas handicapé ? Szymon. Tu es handicapé. Tu as même oublié que tu avais un petit frère ! Alors que tu le vois tous les jours ! »

Là, Szymon recommença à douter. Ses épaules s’affaissèrent, ses yeux perdus tentaient de comprendre son frère. Il était bien au courant de sa condition, mais ...

« … Qu-qu’est-ce que tu racontes, Mattis … Je ne t’ai pas oublié … »

Il y eut quelques secondes de silence durant lesquelles les deux bruns se regardèrent. Finalement, la phrase vola telle une assiette.

« Je ne te parle pas de moi … »

Sa colère était perceptible à travers ses gestes alors qu’il récupérait une photo sur le réfrigérateur pour ensuite la mettre juste sous le nez de Szymon. Les paroles irréfléchies reprirent, acides :

« Lui, là, tu vois ? Bogdan Ziemovit Janow-Kielan. Notre petit frère qui est né y’a quelques mois. Ah, et que papa soit mort, tu t’en souviens de ça ? »

L’adolescent fixa sa mère, tenant dans ses bras un nourrisson endormi. Autour d’elle se tenaient de nombreux visages connus, dont le sien … ça ne lui disait rien. Rien du tout.
Tremblant, il attrapa entre ses doigts la photo et, à pas lent, la posa sur la table avant de se diriger vers l’évier.

« … Je vais nettoyer ça. »

Face à l'air penaud de son aîné, Mattis commença à ressentir des remords. Tout agacement avait quitté ses traits alors qu’il suivait ses gestes, réfléchissant à tous ce qu’il venait de lui cracher à la figure. Et c’était comme ça qu’il voulait l’aider ?
Coupable, sa colère ainsi retournée contre lui-même, le garçon fonça vers le grand brun occupé avec la vaisselle et l’étreignit, enfouissant sa tête dans son t-shirt. La mâchoire serrée, empêchant à toute larme de sortir, il souffla :

« Pardon … »

Pour toute réponse, Szymon prit son cadet par les épaules et se retourna afin de lui faire face. Il lui rendit son étreinte d’une main, l’autre lui caressant le haut du crâne.

« … Qu’est-ce que tu as fait ? »

Mattis ne leva pas la tête. Il ne se sentait pas capable de soutenir ce regard interloqué.


• • • 2028

« Un, deux, trois … »

D’une voix claire, yeux fermés face à l’arbre, Fryderyka comptait, laissant le temps aux autres garnements de courir. Le repas du midi englouti et se sentant beaucoup trop grands pour la sieste, les enfants avec encore de l’énergie à revendre décidèrent de jouer à cache-cache en attendant la reprise des cours.

« … Quatre, cinq, six … »

Mattis regarda à droite, puis à gauche, cherchant des yeux les têtes connues. Il remarqua en premier lieu que, comme d’habitude, et ce malgré sa carrure, Sulisław s’était tout bonnement volatilisé.
Tekla aussi était très bonne à cache-cache, réussissant telle une petite souris à se faufiler n’importe où. C’est ainsi qu’il la regarda disparaître comme par magie dans le creux d’un arbre, un peu plus loin. Du groupe, il ne restait que lui et Deisy, toujours incertaine de la direction qu’il était bon pour elle de prendre … La demoiselle aux boucles dorées, l’air inquiet, se retourna donc vers son ami qui semblait attendre qu’elle bouge.
Réfléchissant, Mattis se gratta la tête avant de faire quelques signes de la main à la jeune fille. Silencieusement, les deux enfants discutèrent à grand coups de codes et de gestes, jusqu’à ce qu’enfin un grand sourire n’illumine le visage de Deisy et qu’elle ne s’envole vers son destin.
Assuré que chacun était bien caché, Mattis pouvait à présent mettre à exécution son plan. Surtout que …

« … Quinze, Seize, Dix-sept … »

Il ne lui restait plus beaucoup de temps.

Ayant déjà tout prévu, le petit garçon se dirigea sans hésitation jusqu’à l’arrière du bâtiment, où personne ne pouvait le voir, et avisa la fenêtre de la salle des professeurs. Là, trônait vaillamment un pot de violettes qu’il savait appartenir à Madame Srzenska, professeur d’Anglais. C’était leur dernière année dans cette école, et il ne manquait bien qu’elle à sa collection … Vérifiant bien entendu que la salle était vide, ses petites mains baladeuses ne tardèrent pas à s’avancer vers les fleurs.

« Matt’ ? »

L’interpellé sursauta, pris la main dans le sac. Bien heureusement, ses réflexes lui permirent de sauver in extremis le pot.
Son cœur battant encore la chamade, Mattis se retourna vers Sulisław qui avait définitivement le chic pour être au mauvais endroit, au mauvais moment. Il reprit cependant son calme, levant son index au niveau de sa bouche, sommant alors son ami à la discrétion.

« Shh … »

Debout, les bras croisés, le grand garçon aux cheveux mi-longs châtain foncé observa le brun dans son opération. D’un geste expert, quand il eut dérobé un spécimen de la plantation, Mattis sortit de sa poche un petit carnet où il le rangea. Ni vu, ni connu.
Sulisław ne comptait pas. Il ne dirait rien. Trop … lui-même pour ça. Déphasé, un peu je-m’en-foutiste. A ce jour, il était le seul au courant que Mattis avait continué ses petites activités … Les autres ne comprendraient pas, il en était certain. Tout comme sa mère. Tout comme son frère. En fait, sans doute que Sulis' non plus ne devait pas comprendre.

« TROUVES ! Wah, vous étiez trop mal cachéééés ! Hahaha !
- Eh ! Tu comptes trop vite, Fryde !
- Tatatata, soit pas mauvais joueur. Allez, venez avec moi ! »

Tirant sur leurs bras, trop joyeuse que la pêche ait été si bonne si rapidement, Fryderyka ne remarqua pas Mattis ranger quelque chose dans sa poche.

La vie semblait presque redevenue normale.


– Avril
Concentration. Concentration. Concentration.
Sous les yeux ébahis de Bratumił, n’arrivant même plus à boire son café tellement sa fascination était grande, Szymon mélangeait la pâte à choux dans la casserole. Il attendait qu’elle s’assèche, surveillé de près par Mattis, gardien des ingrédients et ustensiles.
Avant son accident, l’aîné Janow-Kielan avait commencé des études de boulanger-pâtissier auxquelles il s’était avéré très doué. Aujourd’hui, il était tout à fait capable de faire quelques recettes les yeux fermés … Ou dépourvu de mémoire de travail. Non sans un peu aide, bien entendu. Et, surtout, beaucoup de concentration.

« C’est … fascinant.
- N’est-ce pas ? »

Ewa aimait beaucoup ces moments de complicité familiaux. Un grand sourire aux lèvres, berçant son bébé, elle se sentait réellement comme une femme comblée.

« Tu n’as jamais pensé à reprendre tes études, Szymon ?
- Shhhhhh ! Ne le déconcentre pas. Les éclairs !
- Oh, pardon pardon. »

Mattis défronça les sourcils et reprit son rôle très sérieux de commis. Son frère transvasa la pâte de la casserole à un bol, à laquelle il rajouta les œufs battus qu’on lui tendit. Encore une fois, il travailla les ingrédients, habitué, jusqu’à ce que la consistance lui plaise.
Les opérations s’enchaînèrent, méthodiques, jusqu’à ce que la première fournée d’éclairs ne finisse dans le four. Ce fut Mattis qui activa le minuteur et, en attendant, ils purent se poser sur leurs chaises, en face des deux adultes et du nourrisson. Szymon lança un regard vers lui, mais ne posa pas plus de questions, interrompu de toute façon par Bratumił :

« Alors, tu n’as jamais pensé à reprendre tes études ?
- Hm, non, pas vraiment … Vu ma condition, ça risque d’être compliqué.
- Mais non, tu t’en es sorti comme un chef avec les éclairs ! »

Szymon leva un sourcil, puis tourna la tête vers le four où cuisaient les pâtisseries. Il revint alors vers le grand brun, gêné :

« Parce que j’étais déjà entraîné …
- Hey ! Mais c’est vrai, Szymon. Avec de l’entraînement, tu peux encore apprendre des choses. Tu ne t’en souviendras pas toi, mais ton corps si. C’est ce qu’avait expliqué le neurologue. Dans ton amnésie, il n’y a que la mémoire déclarative qui est touchée, pas la mémoire procédurale. »

Mattis avait bien retenu sa leçon, lui, et avait pris plaisir à longuement parler avec le neurologue de son frère. Malheureusement, son savoir ne semblait pas toucher les gens de son entourage, le regardant d’un drôle d’air lui et ses mots techniques. Il n’allait pas non plus tout expliquer d’un coup … Déjà que, là, Szymon faisait semblant de ne pas patauger pendant qu’il se tournait les pouces.

« … Tu m’as pas écouté.
- Hm ?
- En gros, si tu veux reprendre tes études, tu peux. Ce sera pas facile, mais c’est faisable.
- Mais oui, en plus tu es loin d’être bête, Szymon. Tes professeurs m’ont tous dit que tu étais un très bon élément qui apprenait très vite.
- Szymon, tu te souviens pourquoi tu voulais devenir pâtissier ?
- Pour travailler au Bracia.
- Tu aimerais toujours ?
- Bien sûr. »

Ce n’était pas tant la perspective de recevoir un nouvel employé compétant qui importait à l’ami de la famille. Ça lui faisait tout simplement plaisir d’aider les enfants de son meilleur ami, ainsi que sa femme. Que Szymon finisse sa vie à la maison, même si le temps ne voulait plus rien dire pour lui, serait du gâchis.

« Tu en penses quoi, Ewa ?
- Mh ? Eh bien, s’il en a envie, pourquoi pas ? Ça ne pourra que lui faire du bien, je pense.
- Exact. Alors, Szymon, tu serais d’accord ?
- De ?
- Reprendre tes études de boulanger-pâtissier.
- Mai-…
- Sans penser que cela soit impossible.
- Euh, eh bien, pourquoi pas … »

Content de la progression de la discussion, Bratumił claqua dans ses mains, un sourire ravi sur ses lèvres.

« Parfait. Je vais en parler à mes contacts … Mais je pense qu’Ulrich sera ravi de te retrouver en Suisse.
- Oh, Bratumił, ce serait-…
- Hein ? Il peut pas repartir en Suisse !
- Bah, Ulrich est un ami à moi, il a déjà travaillé avec Szymon et il a beaucoup d’apprenti, il est habitué. Quel est le problème ?
- Mais … Mais … La Suisse c’est loin ! Si on part, Maman sera toute seule pour s’occuper de Bogdan.
- "On" ?
- Mattis, si Szymon s’en va, tu n’iras pas avec lui.
- Hein ? Mais ! Il peut faire des trucs, mais pas tout ! Il a besoin de moi. »

Ewa et Bratumił eurent un bref échange de regards. Mattis était un gentil garçon, et ils ne doutaient pas de ses facultés de compréhension … Cependant, il allait falloir agir tout en finesse pour ne pas trop le brusquer. D’un ton rassurant, l’homme reprit :

« Comme je l’ai dit, Ulrich a beaucoup d’apprentis. Tu t’étais fait des amis, en Suisse, non, Szymon ?
- Euh, si, oui.
- Voilà ! Bon, après rien n’est encore décidé. Je dois encore lui demander, haha. Mais ça ne devrait pas poser problème.
- Mais …
- Mattis, allons … »

Le garçon baissa la tête, boudeur. Il était conscient qu’il ne pourrait pas aller contre cette décision. De toute façon, il était pour, lui-aussi, que son aîné reprenne sa formation.

Mais … la Suisse, hein ? C’est en revenant de là-bas que …
Et puis, c’est si loin …
Et puis …



Comme à son habitude, après une journée à l’école, Mattis retranscrivait tout ce qu’il avait vécu dans son journal et y rajoutait les photos prises. On ne pouvait définitivement pas lui reprocher un manque d’organisation. Comme d’habitude, sa chambre était impeccable. Chaque objet avait sa place, chaque cahier était rangé dans un ordre précis … C’était lui-même qui s’occupait quotidiennement du rangement de ses affaires, ne supportant pas qu’une autre personne n’y touche. Même sa mère. Mais elle lui faisait suffisamment confiance pour ne pas se douter qu’il aurait pu lui cacher quoi que ce soit.

Mattis fut tellement concentré dans sa besogne qu’il n’entendit ni le téléphone, ni les pas dans l’escalier … Seuls les coups sur sa porte l’alertèrent.
Tranquillement, il quitta donc son bureau et ouvrit à sa mère.

« Mattis, je t’en parle d’abord, avant ton frère. Bratumił m’a appelé, son ami Ulrich est d’accord de reprendre Szymon comme apprenti. »

Le garçon cligna des yeux, la main sur la poignée de sa porte.
Ce fut rapide …

« Il semble que deux jeunes apprenties qui le connaissent sont prêtes à l’aider. Elles vont sans doute passer nous voir le mois prochain, car elles ont quelque chose à faire en Pologne. Comme ça on pourra les rencontrer, tu vois ? Et tu verras qu’il n’y aura pas de problèmes à laisser Szymon y aller. »

Il n’allait pas dire être mécontent de ce fait. Comme ça il pourrait évaluer leurs compétences … Mais si, au final, il ne les sentait pas capables de s’occuper de son frère …
Ewa esquissa un sourire, caressant la joue de son fils qui, même s’il était resté silencieux, avait fait l’effort de ne pas avoir l’air trop boudeur et de refuser vindicativement la venue des Suissesses.

« Tu es un bon garçon, tu sais, ça ? Il ne faut pas trop t’inquiéter pour ton frère, d’accord mon chéri ? »

Elle lui pinça alors la joue, taquine.

« Allez, tu seras gentil avec ces demoiselles, hein ?
- Oui, Mamaaaan … »

Allons, bon …


– Mai
Mattis se balançait, un peu nerveux. Il avait tenu à venir avec sa mère chercher les deux Suisses à la gare de Gdynia. Les yeux plissés pour mieux cerner les passants … Bien qu’il ne savait absolument pas à quoi pouvaient bien ressembler les étrangères. Cependant, mystèrieusement, à la vue de ces deux jeunes femmes brunes s’approchant dangereusement …
Sa mère sembla elle aussi sentir les mêmes ondes que lui, et leur fit un grand geste du bras avant de s’approcher, chaleureuse :

« Bonjour ! Chloé et Karen, c’est ça ?
- Bonjour, bonjour ! Karen, c’est moi, oui. Et Chloé, c’est ma sœur ! »

Ce fut la plus grande qui prit la parole, non sans un drôle d’accent germanique, l’autre se contentant de sourire timidement et d’hocher la tête en guise de salutation. La première, Karen, présentait une dégaine assez atypique qui, à bien y réfléchir, aurait sans doute inspiré Fryderyka. Elle était affublée de lunettes de soleil ainsi que de dreadlocks coiffés en chignon. Ses vêtements, eux, étaient plus communs, un peu vieillots comme s’ils avaient vu passer bien des choses. L’autre, Chloé, semblait plus simple avec ses cheveux coupés à la garçonne.
Comme convenu, pour plus de commodités vis-à-vis de ses invitées tout droit venues de la Suisse Alémanique, Ewa passa du polonais à l’allemand qu’elle maîtrisait bien. Mattis, lui, avait quelques bases et comprenait grosso modo.

« Je suis enchantée d’enfin vous rencontrer. Je m’appelle Ewa, et voilà mon fils, Mattis.
- Bonjour … Je peux vous prendre en photo ?
- Hohohoho ! Bien sûr ! »

Pour l’instant, il ne savait pas trop quoi penser d’elles, restant sur ses gardes. Dans tous les cas, malheureusement, il ne pouvait pas laisser passer l’occasion de leur tirer le portrait avec son polaroid.
Mattis secoua les feuilles afin d’en observer le résultat et les montra aux yeux curieux avant de les ranger dans un carnet prévu à cet effet.

« C’est pour faire quoi, au juste, un avis de recherche ?
- Haha, non, mon fils aime prendre des photos des gens qu’il rencontre.
- Oh, c’est cool ! Tu veux devenir journaliste, ou quelque chose comme ça ?
- Non. »

Claquement de portière.
Mattis était retourné à l’avant de la voiture. Il fallait bien que quelqu’un se bouge, non ? Sinon, ils seraient restés là toute la nuit, encore. Et elles avaient leur train de retour à prendre, n’est-ce pas ?

« Excusez-le … »

Fit Ewa, gênée, avant d’à son tour entrer dans la voiture, laissant les filles s’installer à l’arrière. Karen haussa les sourcils ainsi que les épaules en cœur avec son aînée avant de prendre place.
Le véhicule démarra et ce fut ainsi qu’ils se mirent en route.

« Alors, vous avez fait bon voyage ?
- Oui oui, merci de nous accueillir chez vous, Madame.
- Vous étiez déjà venues en Pologne ?
- Non, mais nos parents, si ! C’était des genres de hippies voyageurs dans leur folle jeunesse, hinhin. »

Chloé tapota la tête de sa sœur.

« Ben, là on est venues pour accompagner notre jeune frère. Il a une compétition de danse avec son partenaire, à Varsovie. Ben, du coup on a profité pour venir rencontrer le reste de la famille Janow-Kielan !
- Oh, c’est intéressant !
- Trop. Ça passera à la télé, d’ailleurs. On vous dira quelle chaîne regarder, ils sont trop cools.
- Je n’en doute pas ! »

Mattis écouta d’une oreille discrète la suite de la conversation … En tout cas, Karen et sa mère avaient l’air de bien s’entendre, vu les rires qui s’étaient émanés du véhicule tout le long du voyage. Il n’avait pas l’impression d’avoir entendu l’autre une seule fois … Mais ne s’en inquiéta pas plus. De toute façon, celle aux dreads faisait très bien la conversation pour trois.

Après un moment, Ewa gara la voiture sur un trottoir, en face de chez une amie à elle.

« Je vais chercher mon petit dernier, et j’arrive ! Je fais vite.
- Pas de soucis, madame ! »

Karen qui crut que ce moment serait silencieux, allait commencer à s’amuser à enfoncer son doigt dans la joue de sa sœur … Mais fut interrompu par Mattis, détachant sa ceinture et se contorsionnant pour leur faire face, l’air sévère et les sourcils bien froncés pour témoigner de son sérieux.

« Hey. Alors, comme ça, vous pensez être capables de vous occuper de mon frère ? »

Interloquées, les Suisses échangèrent un regard circonspect avant que Karen ne finisse par répondre :

« Hm ? Eh bien, oui ? »

Mattis plissa un peu plus les yeux tout en serrant ses lèvres.

« Je compte bien vous surveiller. Si j’apprends qu’il est arrivé un truc à Szymon … »

Alors même qu’il prononçait sa phrase, les yeux des deux jeunes filles s’éclairèrent d’une lueur nouvelle, comprenant mieux soudainement. Chloé mit une main devant sa bouche pour s’empêcher de rire, ce que, au contraire, Karen ne se gêna pas de faire :

« Hinhinhin, t’inquiète frangin. Nous aussi on sait c’est quoi la famille, hein, Chloé ? »

La brune hocha vigoureusement la tête, souriante.

« Tu sais ... Notre petit frère a le même âge que Szymon. Au-dessus de nous, on a trois grandes sœurs. Ça ne veut peut-être rien dire et je n’ai pas de preuves dans ma poche, mais on s’en sort plutôt bien comme ça. »

La Suisse détacha aussi sa ceinture et se pencha vers l’adolescent :

« Allez. Si tu veux. On fait un pacte, okay ? »

Il eut un geste instinctif de recul, ne s’étant pas vraiment attendu à ce genre de retournement de situation. D’un côté, ça devenait intéressant …

« Un pacte … ? »

Un sourire en coin se dessina sur le visage de Karen.

« On va bien s’occuper de ton frérot, promis juré. Et on te donnera des nouvelles en personne. On sera des genres de ninja de nous-même, tu saisis ? Et toi, tu auras juste à nous faire confiance. »

Le garçon ne nota pas la comparaison assez étrange. En fait, il n’était même pas certain de l’avoir vraiment comprise dans le sens qu’il fallait. Cependant, l’idée qu’elles lui rendent un rapport était quelque chose qui le plaisait vraiment.
Tendant le bras entre les sièges, il se décida à accepter.

« … D’accord. Je veux un compte-rendu toutes les deux semaines. A toujours rendre sans faute. »

Karen lâcha un rire franc avant d’attraper le bras et de le secouer avec force.

« T’es dur en affaire, hein. Okay. Chloé, t’as tout noté j’espère ? »

L’interpellée hocha de nouveau la tête et rajouta sa main sur la poignée déjà en cours.

« Marché conclu, alors. »


« Ah, c’est leur tour !
- … Euh. Elles ont pas dit que c’était leur frère et son ami qui dansaient ?
- C’est lui, leur frère, en robe.
- … Hein. »


Tchiki tchiki tchiki.
Le hochet lama-pirate dansa à gauche, dansa à droite.
Le dernier né de la famille Janow-Kielan le suivait des yeux, intéressé, bougeant ses lèvres dans un geste de succion. De temps à autres, il secouait vivement ses petites mains, comme pour imiter son grand frère, avant de tout de suite retomber dans une fixation contemplative.

« Bogdan, Bogdan, Bogdan … Il faut être fort. Nous sommes les derniers hommes de la maison, frérot. Enfin … »

Mattis cessa de faire dandiner le jouet, se prenant un temps pour observer le bébé au regard brillant de vide, la bave au menton et la morve au nez, tentant de faire entrer son poing dans sa bouche.

« T’es pas encore vraiment un homme, mais bon … Toi non plus tu ne te souviens de rien. C’est incroyable, la mémoire, pas vrai ? Jusqu’à tes trois ans, tu ne retiendras quasiment rien de ce que tu as vécu … Et pourtant, c’est pendant cette période que tu apprends le plus de choses. »

Le cerveau était une chose vraiment mystérieuse.
Pour toute réponse, Bogdan gazouilla quelques sons sans sens. A chaque fois qu’il faisait ça, une bonne majorité des gens aux alentours fondaient comme de la guimauve sur du pain grillé. Les bébés aussi étaient des choses mystérieuses …

« Aga, aga … Oui, tout à fait. »

Mattis prit la main de son cadet et y plaça le lama-pirate avant d’ébouriffer les quelques mèches brunes sur son crâne.

« Tu sais, je veux juste être un bon frère. Je ferai tout pour toi, d’accord ? Je ne t’abandonnerai pas et, surtout, je me souviendrai de toi. Je me souviendrai de tout. C’est pas grave si tu oublies, toi. Je ne t’en voudrais pas, ce n’est pas ta faute … Moi, je … »

Le garçon croisa les bras, réfléchissant le nez vers le plafond, alors que son interlocuteur mordillait avec passion le chapeau de l’animal corsaire.
Lui, quoi ? Il voulait devenir neurologue, faire de la recherche, trouver un moyen efficace et sans danger d’optimiser la mémoire … Peut-être soigner les amnésiques, ou les malades d’Alzheimer. Oui, il s’en sentait capable. Il le devait, de toute façon.
Mattis baissa de nouveau la tête et ôta le hochet de la bouche de Bogdan, toussotant, pour lui éviter qu’il ne s’étouffe. Une idée lui vint, en passant. Sa mère étant absente pour le moment, il devait profiter de ce moment de complicité fraternelle …

« Tu voudrais voir ma boîte à souvenirs ? Tu baves pas dessus, hein, promis ? Ce sera peut-être la seule fois que je te la montrerai … »

Parce que, plus tard, comme les autres, il ne comprendrait pas … Là, au moins, Bogdan et ses yeux d’enfant pourraient s’émerveiller devant ses possessions ; comme lui-même le faisait chaque fois qu’il ouvrait son coffre.
Mattis détacha son frère de son siège et le prit tendrement dans ses bras.

« Allez, on y va, hop-là. »


• • • 2029 – 25 Décembre
On préférait oublier le Noël 2027 qui ne fut pas des plus joyeux. Personne n’en parlait, ou bien très peu.
Mattis avait tout noté, lui. Les larmes, les visages déconfits, le sapin rangé, les câlins chauds, la même rengaine qui avait remplacé les chants de Noël … Mes condoléances.

Mais tout fut différent l’année suivante. Comme si le chagrin avait fondu avec la neige de l’hiver dernier. Et tant mieux. Zamknijże znużone płaczem powieczki, utulże zemdlone łkaniem usteczki.

Mattis faisait bien attention, marchant à pas de loup dans le but d’éviter tout grincement du plancher ; veillant par-là au sommeil de sa mère. Quelle idée d’avoir sa chambre à l’étage. Il aurait dû dormir directement dans le canapé dès le retour du réveillon organisé au Bracia.
Enfin arrivé en toute discrétion dans le salon, un grand sourire illumina le visage de l’adolescent à la vue des paquets au pied du sapin. Cependant, un seul l’intéressait particulièrement pour le moment … Celui qui ressemblait à un colis, avec des timbres suisses collés dessus.

Précautionneusement, Mattis prit le paquet et le mit sur la table avant de le prendre en photo avec son polaroid.
Ceci fait, il alla chercher les ciseaux et s’occupa d’ouvrir le carton tout en évitant de trop l’abimer … Ses doigts se firent tous fébriles à la vue du présent inattendu que refermait le paquet.
Un appareil photo numérique.

Son polaroid lui avait toujours été fidèle et il resterait à jamais gravé dans son cœur ; malheureusement, il allait sans dire que l’appareil commençait à se faire vieux et que Mattis était dans l’incapacité de prendre toutes les photos qu’il voulait avec lui.

Doucement, Mattis retira son polaroid de son cou, remplacé par son cadeau. C’était un appareil bridge. Pas trop gros, ni lourd. Pas un outil de professionnel, mais il n’avait pas non plus besoin de ça. Des boutons aux significations claires, une prise en main agréable …
Le garçon s’accorda ainsi un bon moment pour l’admirer mais, surtout, réaliser ce qu’il avait entre les mains.
Son doigt pressa le bouton de marche qui, dans un clic sonore, alluma l’engin et ouvrit le viseur. Après un bref coup d’œil, il remarqua que les paramètres étaient déjà bien réglés et, surtout, qu’il avait déjà été utilisé. Un fichier solitaire se trouvait dans le dossier des vidéos. Étonné, Mattis l’ouvrit, faisant apparaître à l'écran la pimpante Karen Jung :

« Frohe Weinachten, frangin ! Comment ça va ? J’espère que t’as passé un super réveillon. Nous, à l’heure qu’il est, on doit être morts de fatigue. Trop de travail en perspective, pffuuh. Bon, ce cadeau, c’est une idée de ton frère ! Et d’ailleurs, il a quelque chose à te dire. Donc, je monopolise pas plus, hein ! A plus ~ »

La jeune fille laissa alors la place à Szymon, une feuille dans les mains et un sourire sur les lèvres. Il fit un timide mouvement de main vers la caméra avant de se plonger dans la lecture de son papier :

« Hey, salut Mattis. Joyeux Noël ! J’espère que ton cadeau te plaît … Bon, comme tu t’en doutes, je suis en train de lire, là … Karen et Chloé m’ont aidé à écrire cette lettre, mais tout vient de moi. Comme tu le vois, tout va bien pour moi. Ou, en tout cas, je me sens bien ici. On s’occupe bien de moi, je n’ai pas encore trouvé de traces bizarres sur mon corps ou quoi … Je sais que ça doit être difficile pour tout le monde de me fréquenter au quotidien … Ce n’est pas facile pour moi non plus. On m’a dit que tu avais quatorze ans, maintenant … Ouah, presqu’un homme, déjà ! Et je ne peux pas te voir grandir, juste te redécouvrir chaque jour plus grand …
Je te dois des excuses et des remerciements. Tu n’as pas peur de moi, pas vrai ? J’ai dû te décevoir … Cependant, je reste ton grand frère. Si jamais tu as besoin de moi, je serai toujours là pour toi. Aussi, même si je ne le dis pas souvent … Je t’aime, Mattis. … … Eh. Pourquoi je pleure …
»

Lulajże, Jezuniu, lulajże, lulaj, A ty, Go Matulu, w płaczu utulaj.


• • • 2032
« […] Nous nous dirigeons à présent dans les cuisines du Bracia où se réunissent chaque jour la fine équipe de cuisiniers. Nous avons par exemple, ici, Szymon Janow-Kielan. A le voir, comme ça, il semble le plus normal des pâtissiers, attelé à travailler avec patience cette pâte à tarte. Cependant, Szymon n’est pas un jeune homme comme les autres. Ce pâtissier de vingt-trois ans est diagnostiqué avec ce que l’on appelle une amnésie antérograde.
- Cela date d’un accident de voiture, il y a quelques années. Depuis, il est incapable de créer de nouveaux souvenirs. Par exemple, il va oublier que des caméras sont venues le filmer aujourd'hui … Mais, malgré cela, il reste une personne normale, intelligente et travailleuse. C’est juste difficile à porter au quotidien, autant pour lui que pour son entourage … Mais lorsqu’on est habitué, ça passe mieux. Il vaut mieux aussi qu’il soit toujours en présence de quelqu’un. Comme ses assistantes, elles aussi commis au Bracia.
- Cette amnésie antérograde l’empêche donc de créer de nouveaux souvenirs depuis l’incident pendant que des amnésiques rétrogrades ne se seraient pas souvenus de choses passées avant celui-ci. Alors ? Comment Szymon, dans son état, est-il capable de cuisiner normalement ? Écoutons plutôt les explications d’un expert … […] »

Hey, c’est pas ton frère qui est passé à la télé ?


• • • 2034 – 15 Juillet
« A NOUS ! »

Les jus de fruit et les bières trinquèrent en chœur accompagnés des rires du groupe d’amis. Le temps avait passé tellement vite … Les voilà diplômés. Jeunes étudiants sans établissement fixe. Ils avaient réussi à rester ensemble jusqu’au lycée … Malheureusement, et ils en avaient toujours été conscients, ça ne pouvait durer éternellement. Les grandes études étaient synonymes de nouvelles universités d’autres horizons.

« C’est trooop triste de se quitter. Mattis et Deisy qui ont été acceptés à Cracovie, Sulis’ qui reste là et nous qui allons à Varsovie … »

Le fils Janow-Kielan avait absolument tenu à entrer à l’université Jagelonne où il allait étudier la médecine avant de se spécialiser en neurologie … Il avait beaucoup de projets, beaucoup de rêves qu’il voulait bien se réaliser. Ses efforts avaient payé, mais il ne comptait pas se reposer sur ses lauriers. Pas encore.

« Aller à la capitale, c’est hasbeen. »

Fryderyka tira la langue à Sulis’. Lui, il resterait pour continuer de travailler avec son père. En fait, il aurait même pu arrêter les cours dès l’âge obligatoire dépassé, mais continua tout de même jusqu’au diplôme surtout pour ne pas quitter ses amis. Et puis, après réflexion, il se dit que la Maturité en poche pourrait toujours servir, au pire.

« Tu pars quand, toi, Mattis ? »

Finissant sa gorgée de jus d’orange, le garçon répondit à Deisy tout naturellement :

« Euh, ma mère m'a déjà trouvé mon appart’. Mais j’ai pas mal d’affaires à y emmener …
- Hey, je peux t’aider, si tu veux. On y va en voiture et-…
- Oh non non ! Merci, mais non merci, ça va aller, ne t’en fais pas.
- Ehhh ! On pourrait venir aussi, non ? Ce serait cool d’aller à Cracovie ensemble !
- C’est vrai que ce serait sympa …
- C’est à l’autre bout du pays ! Vous n’avez pas votre départ à préparer, vous aussi ? »

L’agitation avait commencé à se sentir chez lui.
Les affaires qu’il comptait emmener n’étaient autre que ses albums et toutes ses documentations qu’il avait engrangés ces dernières années … Dont sa boîte à souvenirs. Il ne pouvait se permettre que d’autres personnes que lui y touchent, car il savait très bien que ces gens ne comprendraient pas, et …

« Mattis. Peut-être qu’il serait temps qu’on te le dise … On sait. »

Le garçon tourna la tête vers Tekla, les sourcils froncés, suspicieux :

« … Vous savez quoi ? »

Et malheureusement, il s’était douté de la réponse.

« A propos de ce que tu as sous ton lit. »

Le cœur de Mattis rebondit dans sa poitrine. A ce stade, il aurait pu craindre l’hémorragie interne, vu les tensions qui se battaient dans le creux de son estomac. Sa tête tourna, brûlante d’incompréhension, vers le fils de marin. Comment … Jamais il n’aurait cru que …

« …Comment ? C’est Sulis’ qui vous a dit ?
- Pas besoin … On le savait depuis le début que tu avais continué. »

Quoi ? Ses yeux revinrent croiser ceux de Tekla.

« Qu-… Et alors ? Si vous le saviez, pourquoi vous … »

… n’avez rien dit ? Il était vraiment perturbé, ne sachant plus que dire ou, même, expliciter ses pensées.

« Mattis … Nous sommes tes amis. On se surveille mutuellement. »

Tous hochèrent la tête l’unisson ; quatre paires d’yeux rivés sur lui.

« Même si nous sommes séparés, on sera toujours ensemble, hein ? Si un jour tu fais des bêtises ou il t’arrive un truc, on arrivera, peu importe comment. Tu ferais pareil. »

Oui, mais …
Mattis baissa les bras, résigné. Stupide, il était tellement stupide …
Une tape dans le dos le fit revenir à la réalité. Sulis’ posa sa main sur son épaule alors que Fryderyka se faufila entre ses bras pour lui faire un câlin. Le garçon les regarda faire, incertain de s’il fallait sourire ou pleurer. Il ne fit donc ni l’un, ni l’autre. Deisy et Tekla rejoignirent l’étreinte collective d’où s’émanait une douce chaleur.
Un peu de baume au cœur après la douche froide des désillusions.


Mattis n’avait jamais vraiment pris le temps de personnaliser sa chambre. Depuis tout jeune, déjà, on lui avait appris à toujours bien la ranger … Le geste était resté. Même que les cartons parsemaient le sol en rangs bien droite, remplis d’albums, de livres et autres boîtes.
Allongé sous le lit qu’il avait vidé de ses trésors, Mattis feuilletait une dernière fois son recueil de visages, se remémorant grâce à lui nombre de souvenirs.

Filipina Janow. C’était à cause … ou grâce à elle, plutôt, que tout avait commencé. Elle qui lui avait fait peur, plus jeune, à cause de sa maladie. Elle qui, ensuite, l’avait inspiré à vouloir se battre contre l’oubli. Il continuait de la voir chaque mois, elle continuait de ne pas s’en souvenir.
Ziemovit Janow-Kielan. Un père qui s’était toujours montré présent … jusqu’à ce qu’une voiture le fasse dériver un peu trop loin du chemin de la maison. Malheureusement.
Ewa Janow-Kielan. Une femme affaiblie par la perte d’êtres chers. Depuis ce jour, il avait toujours été auprès d’elle pour l’épauler.
Szymon Janow-Kielan. Il l’avait toujours admiré, l’avait monté sur le piédestal le plus haut. Des fois, il ne suffisait que d’un seul de ses regards … C’était un magicien. Malheureusement, il a perdu son chapeau. La relève comptait cependant reprendre son flambeau.
Bogdan Ziemovit Janow-Kielan. Cadeau du ciel qui a contribué, à sa façon, au retour à un rythme de vie normal. Celui qu’il a envie d’aider, de voir grandir, tel le grand-frère qu’il était devenu.
Sulisław Swiatkowiak. Le seul autre garçon du groupe … Mais ça ne voulait rien dire. Il lui a toujours semblé impressionnant, telle une montagne que même l’érosion ne pouvait plus atteindre.
Fryderyka Adamcka. La boule d’énergie solaire et pleine de couleurs. Toujours de bonne humeur, toujours un grand sourire sur les lèvres et les bras grands ouverts.
Deisy Liszka. A voir le groupe, de loin, certains avaient du mal à voir comment elle pouvait bien en faire partie. Mais elle y a tout autant sa place que les autres, dans cette petite famille.
Tekla Firlej. Qu’y avait-il de plus à ajouter ? Il aurait aimé pouvoir dire être celui qui veille sur elle … Sur eux tous … Mais …

Mattis referma doucement son recueil et y posa sa tête ; avant de fermer les yeux.


– 28 Août
Les yeux bleus passèrent de son billet à l’énorme écran de la gare, cherchant son train. Aucun retard n’avait l’air d’être prévu.
C’était le grand jour. Un énorme soleil surplombait les têtes de la petite famille. Il n’y avait pas grand monde, juste le fils, la mère et …

« Maaaattis, j’ai soif, s’il te plaît … »

L’interpellé baissa la tête vers cette petite silhouette au grand regard larmoyant accrochée à son jean. Il lui sourit, tapotant sa tête surmontée de cheveux courts, avant de chercher une pièce dans l’une de ses poches, et la lui tendre.

« Tiens, va t’acheter à boire à la machine, là-bas. »

A contre cœur, Bogdan lâcha la jambe de son aîné, prit la pièce et se dirigea vers la direction indiquée, la tête basse. Il était conscient que son frère était obligé de partir, mais il n’arrivait pas encore à cacher sa tristesse. Le dernier né des Janow-Kielan avait encore du mal à s’imaginer sans celui qu’il considérait comme un modèle à suivre … Mais, d’un autre côté, il lui avait aussi promis d’être fort.
Mattis souffla par le nez, le cœur fendu lui aussi de laisser tant de choses derrière lui. Cependant, il ne pouvait pas non plus abandonner ses études. Alors, comme à chaque fois, il surmonterait ses sentiments. C’est ce qu’il y avait de mieux à faire.
Se frottant la nuque, il tourna la tête vers sa mère.

« Mattis … Bon courage. J’ai confiance en toi, je sais que tu ne peux que réussir. »

Ses mots d’encouragement partagés, elle s’approcha de son fils et le prit tendrement dans ses bras. Celui-ci lui rendit alors son étreinte, inspirant une large bouffée de son parfum.

« Merci, Maman … Dis … Une petite photo avant de partir ? »

( … )


Et si je disparais … est-ce que je me souviendrai ?


Dernière édition par Mattis Janow-Kielan le Lun 01 Fév 2016, 22:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Mattis Janow-Kielan ▬ « Lights will guide you home »   Sam 09 Aoû 2014, 23:36

Félicitation
Vous êtes officiellement validé ♥ MATTIS. Je suis si émue de pouvoir le valider. Je vais aller me moucher dans sa chemise pour lui manifester toute mon affection. SINON JE NE SAIS PAS QUOI DIRE D'INTELLIGENT si ce n'est que j'ai trop aimé sa race. Sa fiche était très intéressante, comme d'habitude êvé C'était bububu et awww et gnfdnsjdfd. Ce qui veut dire que c'était bien. Et. Et voilà. C'ETAIT BIEN QAQ Y'avait même des petits suisses en bonus quoi.
Pas d'erreurs ni rien, évidemment, donc je ne te fais pas attendre plus longtemps ♥ Tu as bien travaillé, il mérite de reposer en paix. (ou presque.)

Tu peux dès à présent recenser ton avatar, tes métiers et demander une chambre pour t'en faire un petit nid douillet. Tu peux également poster une demande de RP ou créer ton sujet de liens. Ton numéro va t'être attribué sous peu et tu vas être intégré à ton groupe dans l'instant. Tu arriveras dans la pièce Ouest !

♥ ♥ ♥
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Mattis Janow-Kielan ▬ « Lights will guide you home »

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