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 Bubulle ▬ « For I am uncaught and still swimming alone in the lake »

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Coincé depuis le : 03/08/2014



DOSSIER
Nombre de décès  :
Circonstances des décès  :
Métier  : Agent d'entretien des lacs et étangs.

MessageSujet: Bubulle ▬ « For I am uncaught and still swimming alone in the lake »    Dim 03 Aoû 2014, 01:53


You are calm and reposed,
Let your beauty unfold ;
Pale white, like the skin
Stretched over your bones.
Spring keeps you ever close,
You are second-hand smoke.
You are so fragile and thin,
Standing trial for your sins,
Holding on to yourself
The best you can.
Prénom : Bubulle.
Surnom : Bulle.
Sexe : Masculin.
Âge apparent : 18/20 ans.
Âge effectif : 34 ans.
Orientation sexuelle : Pansexuel.
Groupe : Daemon.
Langues parlées : Aucune.
Métier actuel : Agent d'entretien des lacs et étangs.
Casier Judiciaire


▬ Péché capital principal :
▬ Péché capital secondaire :


Physique


Bubulle est, comme son nom infantile l'indique, un Daemon au physique très nettement marin. Il est fait pour vivre sous l'eau ; ça crève littéralement les yeux. Et si par malheur vous n'auriez jamais vu de mer, d'étang ou de films relatant les aventures d'un certain dauphin ou autres orques en herbe à l'avenir incertain, n'ayez pas d'inquiétude : il se fera une joie de vous rappeler qu'il est un Daemon aquatique en trempant dans l'eau dès qu'elle se présente à lui en quantité suffisante. Le jeune homme, en effet, est nettement plus à l'aise dans les milieux marins que sur terre. Peut-être y a t-il eu un défaut de fabrication ? Ou peut-être, plus simplement, que l'on ne peut pas tout à fait avoir le meilleur de deux mondes. Dans son cas, donc, inutile de s'inquiéter s'il saute avec joie dans les flaques et plonge dans le plus petit étang se présentant à lui. C'est normal. Habituel, même. Il n'est pas comme ces monstres cornus ou fluorescents qui marchent sans peine et gravissent les plus hauts des obstacles sans se coincer la queue quelque part ; ce n'est pas si simple de vivre en ville quand on préférerait être relégué à une baignoire.
Plutôt grand du haut de son mètre soixante-dix-huit, notre jeune ami est aussi fin qu'il est possible de l'être sans paraître maigre pour autant. Tant qu'il est habillé – et il le sera la plupart du temps, n'ayez crainte – cela n'est pas particulièrement flagrant ; mais dès qu'il tombe la chemise ou même simplement la veste, sa minceur devient nettement plus apparente. C'est quelqu'un de tout en finesse, aux muscles secs et modérés. Incapable de soulever des charges trop lourdes, il a en revanche suffisamment de force dans les jambes et dans les bras pour être considéré dangereux par certains : croyez le ou non, mais lui ne voit absolument pas pourquoi. Il est vrai qu'il a les membres endurcis par des heures régulières de nage, mais de là à dire qu'il s'en servirait pour démettre la nuque de quelqu'un... Allons bon. Il y a de la marge. De plus, monsieur n'est pas très sport en dehors de cela ; s'il est relativement fort, c'est uniquement parce qu'il aime gambader sous l'eau. Inutile d'essayer de lui faire faire quoi que ce soit d'autre – d'autant plus si ça implique de courir sur la terre ferme. Car en effet, s'il est dangereusement rapide dans son élément, il est presque lent une fois à la surface.
Pour cela, sans doute faut-il blâmer les particularités de son physique. Bubulle a, en effet, quelques aspects de sa personne ayant tendance à choquer les humains ou du moins à retenir leur regard ; pas sans raison, on l'imagine bien. Pour commencer, sa peau est aussi blanche qu'une feuille de papier ou que les premières neiges d'hiver. Aucune couleur sur son épiderme lisse et dénué d'impuretés. Sa colonne vertébrale, de plus, ne se termine pas comme la notre. Elle se poursuit au bas de son dos sous la forme d'une queue faisant nettement penser à celle d'un dauphin ou d'un requin, équipée d'une nageoire caudale blanche et épaisse, et est très – très – lourde à porter lorsqu'il a les deux pieds sur terre. Ce n'est pas bien difficile à imaginer : elle le fait vaguement pencher vers l'arrière, et le simple geste de devoir rééquilibrer son corps sans cesse le fatigue plus que n'importe quoi d'autre. Il déteste ça. Il ne faudra donc pas s'étonner de le voir marcher un peu penché, l'air de penser que le monde est injuste en agitant sa queue derrière lui en signe de désespoir. C'est une attitude courante chez lui dont, une fois sous l'eau, on ne voit plus trace. Parce que bien entendu, si cette queue l'entrave lorsqu'il doit marcher à l'air libre, elle lui est d'une utilité colossale pour nager et se diriger une fois plongé dans un lac.
Méfiez vous également de trop en approcher votre visage ; que ce soit pour l'observer de plus près ou non, il a le coup de queue facile. Or soyez en certain, se prendre ce truc à pleine vitesse dans la figure ferait un mal de chien.
En haut de sa tête, au milieu d'une chevelure blanche comme neige savamment désordonnée, se dresse un aileron ne passant que difficilement inaperçu. Il ne cherche pas à le cacher mais y fait particulièrement attention : parce qu'il a tendance à se prendre dans les portes ou les choses trop basses, de un, et de deux parce que c'est une partie de son corps relativement sensible au toucher. Il est donc déconseillé de le caresser ou d'y passer les mains avec trop d'insistance, sous peine de quoi il risquerait de prendre cela – à raison ou à tort, il s'en fiche – pour une invitation de votre part. La curiosité n'excuse pas tout, eh. On ne touche pas à son aileron sans raison. Pas plus méchant qu'un autre cependant, monsieur vous offrira peut-être un sourire pour s'excuser si son attitude vous a semblé trop insistante ; de toutes ses jolies dents pointues. Comme celles d'un requin, il en possède plusieurs rangées cachées à l'intérieur de sa bouche et pour faire court, mettre votre doigt à l'intérieur de cette dernière reviendrait à lui donner le droit de le couper net si l'envie lui en prend.
Du reste, si l'on omet ce qui est généralement caché sous ses vêtements – ses branchies, entre autres – Bubulle a tout d'un humain ordinaire. Pas de doigts palmés, étonnamment ; juste un nez droit et un menton discret, un visage fin et deux jolis yeux rouges comme le rubis aux pupilles plus dilatées que la norme. Si on le regarde dans son ensemble, habillé de vêtements on ne peut plus commun ou d'un simple maillot pour pouvoir nager tranquillement, on pourrait même dire que le jeune homme ressemble à s'y méprendre à l'allure que l'on pourrait donner au mélange hypothétique entre un requin – ou un dauphin – et un être humain.

Mais ça, évitez de le lui dire.

Parce qu'il n'a rien d'humain, Bubulle. Oh que non.


Caractère


Initialement, Bubulle est le garçon le plus gentil qui soit. Influençable, extrêmement malléable, il brillait plus par sa capacité à tout gober et suivre ses amis en toutes circonstances que par son intelligence ou ses capacités de survie ; on n'aurait pas donné cher de sa peau et, il faut l'avouer, ç'aurait été assez risqué de le laisser au milieu d'un groupe d'humains tenant à en découdre. Il n'aurait pas même osé se défendre, le pauvre.
Seulement voilà. Bubulle n'a pas un an ; il en a une trentaine. Et c'est fou ce qu'il peut s'en passer, des choses, en trente ans.
A présent qu'il a vécu suffisamment d’événements jugés traumatisants pour pouvoir se qualifier comme étant fort et indépendant, le jeune homme n'a plus rien d'un enfant de cœur. Égoïste, il déteste partager et veut tout garder pour lui : s'il apprécie quelqu'un, par exemple, il haïra le voir passer trop de temps avec une autre personne. Il agit sur bien des aspects comme un petit garçon capricieux qui ne comprend pas toujours les enjeux des choses. Il n'a que très peu de maturité sur beaucoup de points et ne saura pas, par exemple, différencier quelque chose d'important d'une matière futile. Il range les choses suivant le ressenti qu'il en a. Si une broutille l'énerve plus qu'une question de vie ou de mort, alors c'est sur la broutille qu'il préférera porter son attention. Difficilement cérébral, le jeune homme a en effet quelques difficultés à faire parler sa tête avant son cœur : il ne faut donc pas s'étonner s'il s'énerve plus vite que son ombre ou se met à rire alors que la situation ne s'y prêtait pas. Racontez lui une blague à un enterrement, vous verrez ; sa spontanéité prend instantanément le dessus et il se trouve incapable d'analyser la situation pour agir en conséquence.
Ayant très, très, très peu de confiance en lui, le jeune homme apprécie beaucoup les compliments, dont il est friand. Il aime qu'on lui porte de l'attention et qu'on fasse de lui le centre du monde ; toute autre attitude ou presque sera jugée comme hostile et vous serez aussitôt catalogué comme ennemi à sa personne. Pour se protéger, avec les ans, il s'est créé un bouclier infranchissable. Inutile de chercher l'adorable garçon qu'il fut un jour derrière ces palissades ; il a disparu, un point c'est tout. Il reste malgré tout quelqu'un avec beaucoup d'insécurités, qu'il ne laisserait entrapercevoir pour rien au monde à qui que ce soit. Il juge que ça ne regarde que lui et que personne n'a à savoir quoi que ce soit. De toute façon, qu'il soit violent à tort ou à raison, qui s'en préoccupe une fois mis en danger ?
Personne. Exactement.
Souvent dans la lune, assez constamment triste, il a appris à en rire plutôt qu'à en pleurer. Tout seul. Comme un grand. Son attitude horripilante de je-sais-tout je-m’en-foutiste au sourire constamment affiché a de quoi en énerver plus d'un ; croyez le ou non, c'est son but exact. Il aspire à casser les pieds de quiconque lui parle, de mettre en danger la première personne qui oserait abuser de sa confiance. Il est instable, imprévisible. On ne peut pas savoir quand il va s'attacher à quelqu'un et quand il va se sentir trahi. Quand il va vouloir votre peau et quand il essayera tant bien que mal de vous signifier qu'il vous apprécie. Il est extrêmement gourd avec ses sentiments et émotions, tant et si bien qu'il est pratiquement impossible de comprendre précisément ce qu'il essaie de convier.
Mais quelle importance, hein. Au fond, il est aussi bien tout seul.
Il se l'est tant et tant répété que, vrai ou faux, il a fini par s'en convaincre. Il n'apprécie que sa seule compagnie, à de très rares exceptions près. Régulièrement à proie à ses démons intérieur, il n'est pas non plus rare de le voir chercher la mort ou se mutiler sans raison apparente ; ce n'est pas qu'il est masochiste. Il cherche juste à retrouver un semblant d'équilibre dans sa vie, cherche à comprendre. A savoir. A croire. Il aimerait remonter la pente sans avoir à se rendre compte qu'il est tombé au fond du gouffre – et ne veut surtout, surtout pas se souvenir pourquoi. Il est un peu fou, un peu malsain. En bonne figure infantile, il refait sur les autres ce qu'on lui a appris en espérant que ça lui permette de mettre les points sur les i, les barres sur les t. De comprendre pourquoi, comment, pourquoi. Alors si vous voyez que d'une façon ou d'une autre il devient trop insistant, un peu bizarre, il faut s'en aller sur le champ.
Parce qu'il n'est pas du genre à donner de secondes chances, Bulle. Qu'il n'a rien d'humain. Pas grand chose d'un Daemon non plus.
Un tout petit peu perdu.


Histoire


« Tu vas faire ça longtemps ? »

Le corps adolescent, dans un bruit écœurant, vint s'écraser sur la surface irrégulière au bord du lac. Pas la moindre trace de sang ni de masse cérébrale éclatée ; rien que cette personne qu'il aimait tant, la nuque tordue dans un angle improbable, les jambes écorchées et le regard éteint.
Ce n'était pas si grave, au fond. Il n'avait même pas besoin de nettoyer. Ces choses-là s'en allaient d'elles-mêmes.

« ...C'est fatiguant. »

Et c'était bien ça, le problème.
N'est-ce pas ?

And it breaks my heart to love you...


« Todd ! Todd ! »

Le souffle coupé par sa course, haletante, Ea lança ses quatre bras en avant pour se saisir de la taille fine et élancée de la personne après qui elle avait couru tout ce temps. Sa silhouette, plus petite encore que celle de son ami, se heurta à la sienne sans un bruit ; joue contre son dos rêche, elle inspira profondément. Ça allait bien faire une heure qu'elle courait en tous sens à la recherche du garçon et, sans savoir pourquoi, elle n'avait pensé à retourner vérifier le lac qu'à la toute fin. Mauvais calcul. Le jeune homme à la peau bleuâtre, semblait-il, avait décidé de se rendre de l'autre côté pendant son absence forcée ; rendant ainsi sa course poursuite bien vaine et, finalement, oh combien truquée.
Elle ne risquait pas de le trouver si elle pensait avoir déjà cherché là où il s'était rendu.

« Quoi, encore ? »

La demoiselle, de nouveau debout sur ses deux pieds, secoua la tête et dégourdit ses ailes translucides.

« J'ai trouvé quelqu'un. Viens, viens ! »

A peine le jeune homme eut-il le temps de protester qu'il était enlacé par deux paires de bras solides, couvé du regard par les quatre yeux entièrement noirs de sa jeune amie. Tout allait par deux, chez elle, semblait-il. Le jeune homme avait déjà vu plus étrange et ne s'était, quand il l'avait rencontrée, pas offusqué de grand chose la concernant ; ni de sa taille menue, ni de ses membres surnuméraires, ni de sa voix aiguë et haut perchée qui donnait parfois l'impression de ne pas être capable de former des mots corrects sans hurler. Elle avait de plus une force insoupçonnée dans les bras qui permettait, comme elle le faisait en ce moment, de traverser de longues distances sans avoir à lever le petit doigt.
Pour un Daemon marin tel que Todd, entravé sur terre par ses doigts palmés et la légèreté de son corps, c'était toujours pratique d'avoir quelqu'un comme Ea sous la main.

« Là ! »

Dans un vrombissement caractéristique, le vol de la demoiselle accéléra pour mieux décroître puis, doucement, s'arrêter près d'une forme endormie à même le sol.
Endormie ou autre chose, d'ailleurs. Quelle forme d'importance cela pouvait-il avoir ?

En plus d'un siècle d'existence, il n'avait jamais fait la différence.

Accroupi près du garçon à la peau si blanche qu'elle ne pouvait même plus être qualifiée de pâle, Todd sentit un sourire étirer ses lèvres. Ça faisait longtemps, tiens.

« Her. Reste là, bouge pas. Je vais le rafraîchir un peu. »

Ea acquiesça, sage et soumise à son mentor.
Satisfait de voir qu'elle ne l’ennuierait pas, il se pencha en avant. Ses bras, alors, vinrent se caler sous les aisselles de l'endormi, le tirant doucement mais sûrement vers le lac près duquel ils se trouvaient. Lorsque ses pieds palmés furent enfin trempés dans l'onde claire, il sentit comme un vent de fraîcheur envahir son être ; l'instant d'après, lui et le nouvel arrivant avaient tout deux disparus au fond des eaux d'Asphodèle.

Alors c'est ça, lorsqu'il ouvrit les yeux, qu'il vit pour la toute première fois. Son premier aperçu d'un monde nouveau, auquel il ne connaissait rien ni personne ; pas même lui. Son premier coup d’œil, sa première bouffée d'un oxygène vicié par le doute et le ressentiment d'un million d'âmes toutes bloquées au même endroit.

Deux grands yeux bleus, et une bouche fine sur laquelle se dessinait le plus beau des sourires.

« Bienvenue chez toi. »



Assis devant la frontière séparant la zone autorisée des hors-limites, le jeune homme regarda son ami se faire faucher. Une fois ; deux fois ; trois fois – jusqu'à ce que le garde, agacé de devoir revenir là, ne finisse par le laisser à moitié mort plutôt que tout à fait détruit. Ce n'était pas très propre. Ce n'était pas, de fait et dans l'absolu, l'attitude qu'aurait dû avoir une personne de son rang ; mais que voulez-vous. Quand on en peut plus, on en peut plus. Certains n'étaient pas connus pour leur façon propre et nette de faire les choses.

Les deux mains appuyées sur sa gorge ouverte, le blessé tenta de bouger ses jambes cassées. Peine perdue.

« Je ne viendrais pas t'aider, tu sais ? »

Bien sûr, que je sais.

Bien sûr.
It breaks my heart to love you.


« Bubulle !

-... Bubulle ?

-Bubulle. C'est mignon, non ?

-C'est surtout ridicule.

-Tu m'as appellé Ea, toi, alors hein. » D'un geste de la main, elle lui fit signe qu'il était hors-jeu.  « J'ai entendu un humain dire ça près du lac, et c'est mi-gnon !

-Bubulle... »

Le concerné, regard rivé vers ses mains blanches, tenta de mettre un sens sur ces quelques syllabes. Elles glissaient sur sa langue sans qu'il parvienne à les attacher à sa personne ; c'était étrange. Désagréable. Il ne savait pas qui il était, ni ce qu'il faisait là – encore moins si la moindre de ses questions trouverait une réponse convenable un jour. Rien n'était moins sûr. Pourtant, quand il avait été accompagné à l'administration et s'était vu remettre un numéro à accrocher sur ses vêtements, il avait naïvement pensé que c'était ça, lui. Qu'il était ces nombres et ces lettres, qu'elles correspondaient à chaque parcelle de son être – qu'elles sauraient, finalement, le définir mieux que n'importe quel mot pourrait le faire.
Pourtant, il semblait que non.
Depuis qu'il s'était réveillé, les deux jeunes gens qui l'accompagnaient presque partout se refusaient à le laisser voguer plus longtemps dans l'oubli. Il lui fallait un nom.

« Bubulle... Bubulle.

-Tu vois, il aime bien ! Hein, tu aimes bien ? »

Inquiété par la soudaine proximité entre lui et la petite demoiselle aux quatre grands yeux noirs, le jeune homme se sentit reculer instinctivement. Il ne s'était jamais vu dans un miroir mais avait une conscience très aiguë de son corps ; il savait, par exemple, qu'il n'avait que deux yeux – un nez et une bouche, également, et une queue faite pour la nage au bas de son dos. Celle-ci trempait actuellement dans le lac près duquel ils étaient installés, ondulant agréablement dans l'onde fraîche au rythme de ses battements de cœur effréné.
Il n'aimait pas cette fille. Elle ne lui ressemblait pas assez ; n'avait rien en commun avec lui, si ce n'était l'apparence globalement humaine.

Et même là, à ses yeux, ça n'avait pas grand sens.

« Tu lui fais peur. »

D'un geste tranquille du bras, Todd éloigna sa petite compagne du garçon. Et s'il s'approcha à son tour tout près – beaucoup trop près – le jeune homme ne ressentit cette fois aucun besoin de s'éloigner. Il y avait dans la gestuelle et la voix du garçon à la peau bleuâtre une complexité incroyable qui le fascinait terriblement ; dangereusement, même. Sa présence ne le gênait pas. Au contraire, même. Il aurait aimé le serrer contre lui. L'enlacer fort, si fort qu'il en aurait senti quelque chose se briser entre ses bras. C'était la première personne qu'il ait vue ; celui qui l'avait plongé dans l'eau pour mieux le réveiller, Belle aux Bois Dormant improvisée.
C'était son accroche, son ancre. La seule chose en laquelle il ait spontanément, innocemment, instinctivement confiance. Presque comme un parent.

« Eh. »

Doucement, les lèvres du jeune homme se posèrent contre les siennes. Une seconde, pas plus. Sans insistance. Sans rien. Juste une vague pression et, bouche contre bouche, un sourire dessiné à la va vite entre leurs souffles éteints. Bulle ne bougea pas ; n'esquissa pas le moindre mouvement de recul ou de rapprochement, plus intrigué qu'offusqué par ce geste. Ce n'était pas bien différent à ses yeux d'un câlin ou d'une pression des lèvres contre la joue, le cou, la main. Il ne voyait aucune nuance dans la signification de ces choses-là, si ce n'était que toutes voulaient plus ou moins dire « je t'aime » et qu'aimer, c'était une chose agréable. C'était vouloir protéger, enlacer, donner de son temps, rire, ne jamais oublier. Aimer.

Yeux grands ouverts, il jeta un coup d’œil discret à Ea. Accroupie, occupée à arracher des brins d'herbe en chantonnant, elle semblait aussi passionnée par ce qui se passait à côté d'elle que par le bruit de l'eau stagnante. A priori, la scène ne sortait pas de l'ordinaire.
Sur le moment, ça le rassura. C'était normal.

Alors qu'en fait –



« Eh. Fais gaffe à tes dents, tu veux ? »

Crispé de bas en haut, le jeune homme sentit les larmes rouler le long de ses joues. Ça faisait mal. C'était désagréable. Insupportable. Atroce. Douloureux. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas, il ne pouvait pas –

« Hnnnn... »

Ses ongles griffèrent la peau claire du garçon près de lui. D'infimes entailles suivirent les sillons que ses doigts creusaient dans la chaire ; accroché à sa taille comme si sa vie en avait dépendu, il ferma violemment les yeux par crainte de représailles.
Il commençait à connaître la chanson. Et... Comment c'était, déjà ?

Ah, oui.

Je t'aime ; aime moi.

I'll sew you up, this one last time.


Assis pieds et mollets dans l'eau, Bubulle poussa un profond soupir. Il faisait beau, aujourd'hui ; sûrement. Il ne pleuvait pas, en tout cas, et c'était plutôt une bonne nouvelle – car si le jeune homme aimait la pluie et qu'elle n'avait vraisemblablement aucun effet néfaste sur sa personne pour des raisons X ou Y, le bruit qu'elle produisait contre la surface de l'eau lorsqu'il nageait en dessous avait encore tendance à l'effrayer. Ce n'était pas habituel. Pas encore. Pas suffisamment.
C'était toujours un monde étrange, à ses yeux. Sa maison ne lui était pas familière. Le décor le laissait de marbre, voire presque effrayé. Il n'aimait pas ça. Il voulait juste rester là, au bord de ce lac, quitte à nager à toute allure dès qu'une ombre de deux fois sa taille faisait son apparition sous lui. Il n'avait aucune idée véritable de ce qui pouvait nager en profondeur. Faisait attention, généralement, à ne pas s'aventurer trop loin. Il n'était même jamais allé sur l'île, sur conseil de Todd – puisqu’apparemment, ce n'était pas un lieu très prisé ni très sympathique. Il lui faisait confiance sur ce point.
Comme, finalement, sur tout le reste.

Quels défaut peut bien avoir Todd, dis moi ?

Incapable de s'allonger en arrière à cause de sa queue, il soulagea son dos endolori d'être resté trop longtemps assis en se penchant vers l'avant.
Dans sa toute nouvelle vie, il y avait quelques règles à respecter. Il semblait qu'Ea s'y pliait sans broncher depuis des années et jusque là, il ne lui était jamais rien arrivé de fâcheux ; et puis quoi qu'il en soit, Bulle faisait bien trop confiance à son ami aquatique pour oser le contredire ou lui dire « non ». S'il lui disait de respecter un cycle éveil/sommeil régulier en allant se coucher quand il faisait noir, il n'y voyait aucun problème. S'il lui avait trouvé un travail et s'appliquait à ce qu'il utilise son argent dans des vêtements adaptés et de la nourriture qu'il fallait manger trois fois par jour pour ne pas tomber malade – c'est à dire avoir très mal, comme lorsqu'il se coinçait la queue dans la porte mais en mille fois pire –  alors soit ; pourquoi pas ? Il s'y connaissait mieux que lui, après tout. N'ayant aucune autre source d'information, aucun appui secondaire pour se diriger avec plus d’habileté, le jeune homme se retrouvait pendu aux paroles de Todd comme à celles d'un Dieu unique en lequel croire quoi qu'il arrive. C'était un peu son père. Un peu son professeur.
Un peu... Tout et n'importe quoi, en fait.
Mais ça, il ne pouvait pas s'en rendre compte.

Comment comparer sa relation avec une autre, plus saine et définie, quand il n'avait jamais parlé à qui que ce soit plus de cinq minutes en dehors de ses deux camarades du début ?

Là encore, pourtant, ça ne l'inquiétait pas.
Personne ne se souciait de l'inquiéter non plus.

« Bouhhh ~ »

D'un geste aussi élégant que fluide, Todd battit des pieds pour se hisser hors de l'eau. Calé entre les jambes de Bulle, bras accrochés à sa taille, il vint déposer un léger baiser sur sa joue.
Sourire aux lèvres, le requin lui rendit la pareille.

« Aloooors ~ Comment ça va ? Tu t'ennuies ? »

Hochement de tête. A vrai dire il était plutôt occupé à penser ; l'absence d'envie de contredire – ou plutôt la crainte de désobéir – le poussa cependant à ne pas mentionner cela. Si on lui suggérait qu'il s'ennuyait, il s'ennuyait probablement. Todd était très doué pour observer les gens. Il ne se trompait jamais.
Malléable comme de la pâte à modeler.
Pire qu'un pion sur l'échiquier.

« Bha. Faut t'occuper, si tu t'ennuies ! T'as pas vu Ea, au fait ?

-Euh... Non. Je l'ai croisée ce matin, mais pas depuis. »

Un grognement fut étouffé contre son épaule tandis que son ami faisait glisser ses bras autour de son cou. Il n'y avait rien de plus léger et agréable que son corps contre le sien ; les dix centimètres les séparant, tout comme leur différence de poids évidente, lui avait toujours fait penser que ce serait à lui de protéger le jeune homme et non le contraire. Pourtant, rien à faire. Il ne parvenait pas à prendre d'initiatives, à agir par lui-même. Il courait après le garçon comme un animal après son maître. Ça ne rimait à rien et il ne pourrait pas vivre éternellement ainsi mais, pour l'instant, ça lui convenait parfaitement.
L'idée qu'on puisse se jouer de lui, même un tout petit peu, ne lui passa jamais par la tête.

Parce que... Parce que Todd, tout simplement. Todd.

Une paire de lèvres bleuté vinrent frôler les siennes.

« Je peux t'occuper, si tu veux. »

Le rouge sur ses joues se voyait d'autant plus que sa peau était blanche comme du papier. La gêne était née tout naturellement, sans qu'il cherche à comprendre le pourquoi du comment. Un jour elle était juste apparue ; bête comme tout, en réaction à ce que son ami s'amusait à lui dire ou lui faire.
Et ça lui paraissait tellement, tellement naturel, pourtant.

Ne me lâche plus, ne me lâche pas. Ne me lâche pas.

Sans toi, je me noie.



« … Tsk. »

Une main aussi douce que ferme vint caresser ses cheveux en bataille ; glissant jusqu'à son front, ses paupières fragiles.
De l'index, il commença à appuyer sur son œil droit.
Voyant qu'il commençait à s'agiter, il lâcha finalement sa langue pour mieux poser un doigt impérieux sur ses lèvres.

« Shhhhhhh. Laisse toi faire. »

Appuie pas, je t'en supplie.
Appuie pas.
Je t'en prie.
Appuie pas, appuie pas, appuie pas, appuie pas, arrête, arrête, arrête, je t'en prie, arrête –

« ToOOoOOdDD arRRÊte arrÊTE A– »

Feel my needle, stop our goodbyes.


« Tu sais, parfois, des Quieti disparaissent.

-Hmmm... ? »

A demi endormi, habitué à ses cycles réguliers de sommeil, Bubulle tapa doucement son front contre le dos de son ami pour lui signifier qu'il écoutait. Sa queue l'empêchait de s'allonger autrement que sur le côté ; heureusement que Todd ne prenait vraiment pas beaucoup de place et se collait instinctivement à lui, sinon ils n'auraient jamais pu tenir à deux sur le lit.
C'était, en dehors du lac, la seule autre pièce dans laquelle il se sentait à l'aise. Sa chambre. Son lit. Son endroit à lui.
Et à Todd, quand ce dernier décidait de s'y inviter. Ce qui arrivait...

De plus en plus fréquemment, en fait.

« J'aimerais comprendre... En quoi on est différents d'eux. »

S'il n'avait pas été face à son dos, le jeune homme se serait probablement rendu compte de la lueur noirâtre qui faisait briller les grands yeux bleus de son ami ; et peut-être s'en serait-il inquiété, pour la première fois de sa vie. Peut-être aurait-il senti le vent tourner. La marée arriver, destructrice et violente.
Dehors, la tempête faisait rage et hurlait aux fenêtres.

« Ils ont juste... Ils viennent d'ailleurs, c'est tout. Et nous, on vient d'où ? »

Doucement, toujours aussi doux et précautionneux dans ses gestes, le garçon pivota pour se retrouver face à Bulle. Ce dernier, occupé à lutter contre l'impression de sommeil qui avait fini par s'instaurer avec l'habitude, le laissa frotter son nez contre le sien en souriant.

« J'ai besoin de comprendre. Comment on est faits. Ce qui est différent. »

De ses yeux à demi-clos, il le sentit plus qu'il ne le vit mordre sa lèvre inférieure ; ni choqué ni ennuyé, il laissa s'échapper un des sifflements satisfaits dont il avait le secret. Ça devait avoir quelque chose à voir avec sa partie aquatique. Il n'y avait jamais songé, à vrai dire – pour lui, contrairement à beaucoup, il n'était pas « mi homme mi poisson » mais tout simplement lui-même. Il n'y avait aucune scission à faire. Aucune question à se poser.
Il s'était bien rendu compte, avec le temps, que Todd portait une attention exagérée à chaque partie de son corps. C'était un peu comme se sentir être le sujet d'étude de son petit-ami : il trouvait ça mignon, en un sens, et le laissait généralement mettre ses mains où il le désirait pourvu que ça lui apporte un peu de réconfort sur sa propre situation. La jalousie fait des ravages. Todd, lui, était extrêmement jaloux. Des humains ; des autres. De tout le monde. De cet endroit où on ne leur expliquait rien, de ces personnes derrière leur bureaux qui refusaient de leur dire quoi que ce soit de plus que ce pour quoi ils avaient reçus une autorisation.
Todd voulait comprendre. Comprendre. Comprendre.
Bulle voulait l'aimer. L'aimer. L'aimer.
Qu'il l'aime, aussi. Juste un peu.

« Tu m'aiderais, dis ? »

Dans ce qu'il prit pour un faux mouvement, les dents de son compagnon coupèrent net sa lèvre inférieure. Il passa un doigt sur la plaie sèche et piquante, vaguement ennuyé mais pas plus énervé que ça.
C'était Todd. Après tout...

« … Si tu veux, bien sûr. N'importe quoi. »

… Que pourrait-il advenir de pire, hein ?



… Fiouuu.

Le bruit du vent contre son visage fut ce qui le réveilla en premier. Allongé dos contre le sol rude de la ville, probablement perdu dans un coin un peu reculé, il redressa sa colonne et décoinça machinalement sa queue de sous ses jambes.
Encore sonné, il leva ses mains devant ses yeux. Il avait encore toutes ses phalanges ; sentait sa langue dans sa bouche ; clignait des yeux sans ressentir un vide douloureux où que ce soit. Il était entier. Parfaitement entier. Tout allait bien. Il n'avait rien. Ce n'était qu'un mauvais moment à passer, hein – c'était bien ce qu'il avait dit, oui ? Quelque chose comme ça. Perturbé, au bord de la crise de nerfs, Bulle se mit à trembler de tout son corps. Ça n'allait pas. Quelque chose n'allait pas.
Ce n'était pas correct. Cette sensation de disparaître. La douleur. La dislocation de l'être et de l'identité.
Ça n'allait pas.

Mais Todd avait bien besoin de quelqu'un pour tester ses théories, non ?

Pour avancer. Faire de grandes choses. Se passer les nerfs. Avancer, avancer. C'était quelqu'un d'intelligent. Un monstre. Un Daemon centenaire aux idées très – pas – très – enfin...
C'était...
C'était Todd.

« Va-t-en. Dégage. Fuis. Pars. Va à l'autre bout de la ville. Cache toi. Trouve toi d'autres amis. Qu'ils te protègent, qu'ils l'arrêtent. »

criait son cerveau

« Mais je l'aime »

et c'était tellement bête parce que

Todd, je n'ai même pas de cœur, hein ?

... Il connaissait le chemin.

Please don't go to sleep, I need your eyes


Todd en avait assez de l'entendre pleurer.
Todd lui avait donc gentiment demandé de se tirer de là, loin de lui. Quelque part où, présumément, il n'aurait plus à subir ses hoquets plus ou moins silencieux et la cacophonie muette de ses larmes.
Todd ne l'aimait plus.

S'il avait un jour aimé, ce dont – très honnêtement – il commençait à douter.

Aimer ; verbe. Ressentir de l'amour, être amoureux.
Amoureux ; adjectif. Se dit d'une personne assez stupide pour subir tout et n'importe quoi au nom de l'amour.
Amour ; nom. Principe inusité en lequel personne ne croit sinon les humains.

Or, jusqu'à preuve du contraire, tu n'es pas humain.

N'est-ce pas, Bubulle ?

Assis sur son lit, jambes pliées et visage engouffré dans le creux de ses bras noués, le jeune homme pleurait de plus belle. Ea, installée à même le sol près de la tête de lit, l'observait sans savoir quoi dire. Quoi faire. Elle savait parfaitement ce qui se tramait quand elle n'était pas là. Savait que leur relation était allée loin – bien plus loin que celle qu'elle avait toujours entretenue avec Todd. Pas parce qu'il préférait Bulle, non. Parce qu'il l'aimait moins elle. Tout simplement. Trop sauvage, trop vive, trop indépendante. Elle réussissait à lui dire non et si elle acceptait encore de se soumettre à son stupide rituel de dormir et manger comme un gentil humain lambda, c'était uniquement parce qu'elle n'avait pas su refuser au début. Elle était incapable de changer ses habitudes. Son corps lui aurait donné l'impression d'avoir faim. De manquer de sommeil.
Il avait réussi son coup, en un sens.
Quel gâchis.

« Bubulle...

-Laisse moi ! »

Yeux clos, elle se mordit les lèvres de frustration. Elle se sentait coupable. Ce n'était pas de sa faute, sans doute, mais qu'est-ce que ça pouvait changer ?
Elle les avait présentés. Elle les avait laissés seul.
Elle savait, pourtant. Oh que oui, elle savait.

Comme Todd pouvait être méchant, méchant, méchant.

« Tu sais, c'est pas de ta faute si –

-Si quoi ? Il me déteste ! »

C'était à en pleurer. Vraiment.

« Mais tu t'en fiches, de ça – il te fait du mal, tu peux pas rester ! Faut que tu t'en ailles ! »

Leurs regards, enfin, se croisèrent.
Noir sur rouge ; une vraie vision de l'Enfer.
S'il avait seulement su ce que c'était, il aurait souhaité y être emmené sur le champ. Loin de ces humains qui volaient la bonne humeur de Todd, loin de ces Daemon qui lui pourrissaient l'existence –
Loin de tout, loin de tout le monde. Loin de l'existence elle-même.
Il voulait juste...

Mourir. Disparaître. Cesser d'exister. S'engouffrer dans le néant.

« … Pourquoi je disparais pas... »

Regard rivé sur ses mains, il laissa filtrer un rire tremblant d'entre ses lèvres blanches.

« Pourquoi moi, hein ?! Pourquoi pas toi ?! »

Le corps parcourut de spasmes et de tremblements incontrôlés, Bulle se redressa. Ses jambes semblaient à peine vouloir le porter ; et il en avait, de la force, pourtant. Lorsqu'il s'empara de son oreiller, d'abord, pour mieux le jeter au visage de celle qui osait se qualifier d'amie – la table de chevet, ensuite.
Affolée, la petite insecte agita ses ailes et grimpa d'un bond sur la fenêtre.

« Bu –

-LA FERME, LA FERME, TAIS TOI ! JE TE DETESTE, VA-T-EN ! »

Le projectile suivant la heurta en plein front. Déséquilibrée, à demi assommée, elle chuta lourdement contre le sol pavé.
Mains enserrées autour de sa tête, le jeune homme donna de violents coups de pieds dans son lit. Un, deux, trois, dix, vingt, et encore et encore et encore – jusqu'à ce que son pied ne saigne, que ses ongles ne s'arrachent.

Je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir mourir –



« T'en as pas marre, à la fin ? »

D'un simple signe de tête, fermement accroché aux bras d'Ea, il signifia que non. De là-haut, le monde en bas paraissait si petit ; il entendait à peine la voix de Todd, qui pourtant portait si bien.
Mais quelle importance.

« … Fais comme chez toi, hein. »

Un, deux, trois.

Allez, lâche moi.

They help me think that what I do is right.


Depuis qu'il avait entreprit sa « campagne de disparition », aidé d'une Ea aussi attristée que résolue, Bubulle n'était pas retourné voir Todd. Il avait pris soin de mourir bien devant lui chaque fois qu'il l'avait pu, reparaissant pour mieux le retrouver et lui faire subir de nouveau sa mort, mais ne lui avait pas directement reparlé. Lui qui avait cru devenir fou d'avoir trop souffert s'infligeait à présent ce qu'on lui avait fait subir avant ; n'y voyait rien d'anormal, rien d'ironique. C'était sa solution. Contre l'ennui, le désespoir, l'absence. Il voulait disparaître et y mettait tout son cœur ; ne s'arrêtant que pour mieux reprendre, persuadé qu'il était – à juste titre, d'après son ami – qu'il finirait par ne pas revenir s'il continuait ainsi. C'était ce qu'il voulait, après tout.
Du moins en était-il persuadé.
Jusqu'à ce que, de nouveau, il n'en puisse plus.

Debout sous la pluie, près du lac, il jeta un gros livre dans les bras de Todd.

« … Mais encore ?

-C'est la Bible. Un humain m'a dit que c'était le meilleur livre de tous les temps. »

Visiblement peu intéressé, le jeune homme à la peau bleue jeta l'ouvrage dans l'eau.
L'impression de se faire rejeter pour la énième fois fit trembler Bulle de froid.

« C'est un ramassis d'idioties tout juste bon à nourrir les poissons. Dieu n'existe pas.

-Toi. »

Intrigué, Todd releva la tête pour croiser le regard de son ami.

« Tu es Dieu, pour moi. »

Il y eut un moment de flottement durant lequel ni l'un ni l'autre ne sut quoi dire ; ou peut-être n'en éprouvèrent-ils pas le besoin. Allez savoir. Lui ne savait pas, en tout cas. Il se tenait là, les bras ballants, incapable du moindre geste à l'égard de celui qu'il avait tant aimé. Aimait encore, en un sens. La sensation d'appartenance était si forte qu'elle le suivrait probablement toute sa vie. Il n'existait que pour lui. C'était bien pour ça qu'il l'avait laissé lui faire ce que bon lui semblait comme l'on utiliserait un jouet – et ce que ce soit agréable ou non. Il s'était dépossédé de lui-même et le jour où il s'en était rendu compte, c'était tout son monde qui s'était écroulé.
Il y a tant de belles choses dehors, Bulle.
C'est ça, Ea. Ce qu'on s'amuse.

Son monde se résumait à Todd et il ne savait pas comment changer ça. Comment retourner la situation. Le faire lui appartenir plutôt que le contraire.
A genoux, il posa ses deux mains sur les épaules de son ami. Il avait froid, froid, froid. Tellement froid.

« Je t'aime, moi.

-Évidemment. »

La question ne se posait pas.

« Alors pourquoi tu t'es mis à me fuir pour mieux jouer au saut de l'ange, au juste ? C'est pas ce que j'appelle aimer. »

Et moi, ce que j'appelle aimer, ce n'est pas découper quelqu'un pour voir jusqu'où je peux aller.
Il n'osa même pas ouvrir la bouche.

« Je ne t'en veux pas, tu sais. »

Il avait mal jusqu'au point de non retour.

« On peut recom – »

D'une brusque poussée, Bulle allongea son ami au sol. C'était facile. Différence de taille. Différence de poids. Il n'avait jamais pensé à ça dans ce sens-là, mais – s'il pouvait vouloir le défendre à cause de ça, c'était qu'il avait très nettement l'avantage sur lui. Il était plus fort, plus apte aux travaux manuels que ce garçon frêle qui frissonnait sous ses doigts.
Il pouvait lui faire absolument ce qu'il voulait.

Mais moi je t'aimais pour de vrai.

« … Je suis pas un jouet. »

Je voulais que tu m'aimes aussi.

« Tu peux pas me faire ce que tu veux comme ça. »

Juste ça. Rien d'autre. Rien.

« Tu sais quoi ? »

Un sourire amusé se dessina sur les lèvres du garçon.

« Personne t'aimera jamais, Bulle. Y'aura que moi. Juste moi. »

Yeux écarquillés, il laissa les larmes rouler comme les gouttes de pluie contre son visage.

Je sais.



I'll fill you up
With scars from the sky.
I'll strap you down
And pray you come alive.
And when you try to run you will see
The only one that loves you is me.


« Euh... Comment on fait pour aller au milieu ?

-Aucune idée. Y'a p't'être des barques nan ?

-Oh, mais j'ai beaucoup mieux. »

Sortant la tête de l'eau comme si c'était la chose la plus normale au monde, Bubulle tendit une main blanche aux jeunes humains qui s'étaient aventurés près du lac. Aujourd'hui n'était pas jour de travail ; quelle chance. Il avait tout le temps de faire ce que bon lui semblait – et cela impliquait, entre autres détails, de s'amuser à ennuyer les Commoti ou Quieti venant regarder d'un peu trop près la petite île ou ses alentours.
Bras toujours tendu, il leur adressa un grand sourire.

« Je peux vous emmener de l'autre côté. Si vous voulez, bien sûr. »

A chaque fois qu'il avait l'idée de prononcer ce genre de phrases, il y en aurait toujours pour faire fi du danger et laisser leurs visages s'illuminer de bonheur. Quelle bonne idée, chéri ! Tu crois qu'on peut y aller tous les deux ?
Et au jeune homme de leur répondre que oui, il les guiderait tranquillement jusqu'à la berge et rien ne leur arriverait.
Il faut dire qu'il a l'air si gentil, quand il se montre serviable. Un vrai trésor. Qui penserait qu'il compte faire du mal à qui que ce soit, hein ?

Quiconque le connaît. Aussi simple que ça.

Parce qu'il déteste tout le monde, tout le monde, tout le monde. Des nouveaux aux anciens, des humains aux Daemon. Pas une seule personne ne trouve grâce à ses yeux.
Tout ce qu'il veut, au fond, c'est tuer le temps avant que le temps ne le tue.

Et mon Dieu, ce que c'est long.


     
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Every picture you paint, I will paint myself out.
It's cold as a tomb, and it's dark in your room,
When I sneak to your bed to pour salt in your wounds.
So call it quits, or get a grip ;
You say you wanted a solution?
You just wanted to be missed. »

I've got some hell to scream :
 

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MessageSujet: Re: Bubulle ▬ « For I am uncaught and still swimming alone in the lake »    Jeu 07 Aoû 2014, 15:23

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